Cours — Introduction à l'Étude du Droit (S1)

📖 Introduction à l'Étude du Droit

⚖️ INTRODUCTION À L'ÉTUDE DU DROIT — Cours Complet (S1)

Licence Fondamentale Sciences Économiques et Gestion — Semestre S1 — Système universitaire marocain (LMD) Module fondateur : il fournit le vocabulaire juridique et les raisonnements que tu réutiliseras en Droit des sociétés (S3), en Fiscalité (S5) et en Droit du travail.

💡 Comment lire ce cours ? Chaque chapitre contient : le cours ➜ un exercice (cas pratique ou QCM) ➜ sa correction détaillée. Les références aux textes marocains (Constitution de 2011, DOC de 1913, loi 38-15, Code de la famille) sont données pour t'entraîner à citer tes sources, ce qui rapporte des points en examen.


🗺️ PLAN DU COURS

Chapitre Notions clés
1 La notion de droit et la règle de droit Droit objectif / droits subjectifs, caractères de la règle de droit
2 Les divisions du droit Droit public, droit privé, droits mixtes, branches
3 Les sources du droit marocain Constitution 2011, loi, règlement, jurisprudence, coutume, doctrine, Charia
4 L'application de la règle de droit Publication au BO, non-rétroactivité, abrogation, application dans l'espace
5 L'organisation judiciaire marocaine Loi 38-15, TPI, cours d'appel, Cour de cassation, juridictions spécialisées
6 Les personnes juridiques Personne physique, personne morale, capacité, attributs
7 Les droits subjectifs et leurs sources Patrimoniaux / extrapatrimoniaux, actes et faits juridiques
8 La preuve des droits Charge de la preuve, modes de preuve, hiérarchie (DOC)
Mémo final + Conseils examen Définitions, articles clés, méthode du cas pratique

CHAPITRE 1 — LA NOTION DE DROIT ET LA RÈGLE DE DROIT

1.1 Les deux sens du mot « droit »

Sens Définition Exemple
Droit objectif (le Droit, avec majuscule) Ensemble des règles générales et obligatoires qui régissent la vie en société et dont le respect est assuré par la puissance publique Le Code du travail, le Code de commerce
Droits subjectifs (les droits) Prérogatives individuelles reconnues à une personne par le droit objectif Mon droit de propriété sur ma voiture, mon droit de créance sur un débiteur

📌 Les deux notions sont complémentaires : le droit objectif est la source, les droits subjectifs en sont les produits. La règle « la vente transfère la propriété » (droit objectif) fait naître, au profit de l'acheteur, un droit subjectif de propriété.

1.2 Les caractères de la règle de droit

Caractère Signification
Générale et impersonnelle Elle vise tous ceux qui se trouvent dans la situation qu'elle décrit, jamais une personne nommée
Abstraite Elle pose une hypothèse, pas un cas concret
Permanente Elle s'applique tant qu'elle n'est pas abrogée
Obligatoire Elle s'impose ; nul ne peut y échapper par convention si elle est d'ordre public
Sanctionnée par l'État C'est le critère décisif : la contrainte est étatique (amende, emprisonnement, nullité, dommages-intérêts, exécution forcée)

1.3 Règles impératives et règles supplétives

Type Définition Exemple
Impérative (d'ordre public) On ne peut pas y déroger par contrat Le salaire ne peut être inférieur au SMIG
Supplétive (facultative) Elle ne s'applique qu'à défaut de volonté contraire des parties Le lieu de livraison à défaut de clause dans le contrat

1.4 Droit, morale et religion

Critère Règle de droit Règle morale Règle religieuse
Source L'État (autorité publique) La conscience, la société La révélation
But Ordre social, sécurité juridique Perfectionnement de l'individu Salut du croyant
Sanction Étatique et matérielle Remords, réprobation sociale Spirituelle

⚠️ Au Maroc, ces sphères se recoupent partiellement : la Constitution de 2011 dispose que l'Islam est la religion de l'État, et le Code de la famille (Moudawana) est largement inspiré du droit musulman. Mais la sanction reste étatique : c'est le juge, et non l'autorité religieuse, qui tranche.

1.5 Les finalités du droit

  • La justice : donner à chacun ce qui lui revient (justice commutative et distributive) ;
  • La sécurité juridique : prévisibilité, stabilité des situations ;
  • L'ordre social : organiser la vie collective et résoudre les conflits ;
  • L'efficacité économique : sans contrat exécutable ni propriété garantie, aucune activité économique durable n'est possible.

✏️ EXERCICE 1

Indiquez, pour chaque énoncé, s'il s'agit d'une règle de droit, d'une règle morale ou des deux, en justifiant par le critère de la sanction.

  1. « Il est interdit de conduire en état d'ivresse. »
  2. « Il faut aider une personne âgée à traverser la rue. »
  3. « Toute personne qui cause un dommage à autrui doit le réparer. »
  4. « Il ne faut pas mentir. »
  5. « L'employeur doit déclarer ses salariés à la CNSS. »

Puis, qualifiez la règle suivante d'impérative ou de supplétive, en justifiant : « Sauf clause contraire, les frais de livraison sont à la charge de l'acheteur. »

✅ CORRECTION 1

Énoncé Qualification Justification par la sanction
1. Conduite en état d'ivresse Règle de droit (et morale) Sanction étatique : amende, retrait de permis, emprisonnement (Code de la route)
2. Aider une personne âgée Règle morale seule Aucune sanction étatique ; seulement la réprobation sociale
3. Réparer le dommage causé Règle de droit (et morale) Sanction étatique : condamnation à des dommages-intérêts (responsabilité civile, DOC)
4. Ne pas mentir Règle morale, sauf cas particuliers Le mensonge n'est sanctionné par l'État que s'il devient dol, faux témoignage ou escroquerie
5. Déclaration à la CNSS Règle de droit Sanction étatique : amendes, redressement, poursuites

⚠️ Le piège classique est le n° 4 : une règle morale peut devenir règle de droit lorsque le législateur décide de la sanctionner (le mensonge sous serment = faux témoignage, infraction pénale).

Règle supplétive. La formule « sauf clause contraire » est la marque même du caractère supplétif : la règle ne s'applique qu'à défaut de volonté contraire exprimée par les parties dans leur contrat. Si les parties conviennent que le vendeur supporte les frais, leur clause l'emporte.


CHAPITRE 2 — LES DIVISIONS DU DROIT

2.1 La grande summa divisio : droit public / droit privé

Critère Droit public Droit privé
Personnes concernées L'État et les collectivités publiques Les particuliers (personnes physiques et morales privées)
Rapports Inégalitaires (prérogatives de puissance publique) Égalitaires
But Intérêt général Intérêts particuliers
Juge compétent Juridictions administratives Juridictions de droit commun
Caractère des règles Majoritairement impératives Largement supplétives (liberté contractuelle)

2.2 Les branches du droit public

Branche Objet
Droit constitutionnel Organisation des pouvoirs publics, droits et libertés (Constitution de 2011)
Droit administratif Fonctionnement de l'administration, actes administratifs, contrats publics, fonction publique
Droit des finances publiques / fiscal Budget de l'État (loi de finances), impôts et taxes
Droit international public Relations entre États, traités, organisations internationales

2.3 Les branches du droit privé

Branche Objet Texte marocain de référence
Droit civil Personnes, famille, biens, obligations, contrats DOC (1913), Code de la famille (loi 70-03), Code des droits réels (loi 39-08)
Droit commercial Commerçant, fonds de commerce, actes de commerce, sociétés Code de commerce (loi 15-95), lois 17-95 (SA) et 5-96 (SARL, SNC…)
Droit du travail Relations employeur-salarié Code du travail (loi 65-99)
Droit international privé Relations privées comportant un élément d'extranéité Dahir sur la condition civile des étrangers

2.4 Les droits mixtes

Certaines branches empruntent aux deux : elles sont dites mixtes.

Branche mixte Pourquoi ?
Droit pénal Protège des intérêts privés (la victime) mais par une sanction publique exercée au nom de la société
Droit du travail Contrat privé, mais règles impératives d'ordre public et contrôle de l'inspection du travail
Droit processuel (procédure) Organise l'accès au juge, service public, dans des litiges privés

✏️ EXERCICE 2

Qualifiez chacune des situations suivantes : relève-t-elle du droit public, du droit privé ou d'un droit mixte ? Précisez la branche exacte.

  1. Une société conteste le montant de l'impôt sur les sociétés que lui réclame l'administration fiscale.
  2. Deux associés d'une SARL sont en conflit sur la répartition des bénéfices.
  3. Un salarié est licencié sans motif valable et saisit le tribunal.
  4. Une commune exproprie un terrain pour construire une école.
  5. Un commerçant de Casablanca ne paie pas la marchandise livrée par son fournisseur d'Agadir.
  6. Un individu est poursuivi pour vol.

✅ CORRECTION 2

Situation Qualification Branche
1. Contestation de l'IS Droit public Droit fiscal (contentieux devant le tribunal administratif)
2. Conflit entre associés de SARL Droit privé Droit commercial / droit des sociétés (loi 5-96)
3. Licenciement abusif Droit mixte Droit du travail (loi 65-99) — contrat privé, mais règles d'ordre public
4. Expropriation par une commune Droit public Droit administratif (prérogative de puissance publique, pour cause d'utilité publique et moyennant indemnité)
5. Impayé entre commerçants Droit privé Droit commercial (tribunal de commerce)
6. Poursuite pour vol Droit mixte Droit pénal — l'action publique est exercée par le ministère public au nom de la société, la victime pouvant se constituer partie civile

Le critère décisif à écrire dans la copie : dès qu'une personne publique agit avec des prérogatives de puissance publique, on bascule en droit public. Si l'État agit comme un simple commerçant (achat de fournitures courantes), le rapport peut redevenir un rapport de droit privé.


CHAPITRE 3 — LES SOURCES DU DROIT MAROCAIN

3.1 La hiérarchie des normes (pyramide de Kelsen)

Chaque norme doit être conforme à celle qui lui est supérieure :

Rang Norme Autorité dont elle émane
1 Constitution (2011) Le peuple par référendum
2 Conventions internationales ratifiées et publiées Traités, dans le cadre de la Constitution
3 Lois organiques puis lois ordinaires Parlement (Chambre des représentants + Chambre des conseillers)
4 Règlements : décrets, arrêtés Pouvoir exécutif (Chef du gouvernement, ministres)
5 Arrêtés des collectivités, circulaires Autorités locales et administratives

📌 Le dahir est l'acte du Roi ; historiquement, l'essentiel des codes marocains a été promulgué par dahir (DOC de 1913, Code pénal de 1962…). Aujourd'hui, une loi votée par le Parlement est promulguée par dahir.

3.2 Les sources formelles (directes)

Source Contenu Remarque
La Constitution Loi suprême : organisation des pouvoirs, droits fondamentaux Contrôlée par la Cour constitutionnelle
La loi Texte voté par le Parlement dans les domaines que la Constitution lui réserve Publiée au Bulletin Officiel
Le règlement Texte de l'exécutif : décret, arrêté ministériel Doit respecter la loi
Les conventions internationales Traités ratifiés Priment les lois internes, dans le cadre de la Constitution

3.3 Les sources non formelles (indirectes)

Source Définition Portée au Maroc
La coutume ('urf) Usage ancien, constant, répété, perçu comme obligatoire Admise surtout en droit commercial et dans certains usages locaux ; ne peut contredire une loi impérative
La jurisprudence Ensemble des décisions rendues par les tribunaux N'est pas en principe une source obligatoire, mais les arrêts de la Cour de cassation unifient l'interprétation et s'imposent en fait
La doctrine (fiqh) Opinions des auteurs, professeurs, praticiens Simple autorité intellectuelle : elle influence, elle n'oblige pas
Les principes du droit musulman Sources du fiqh (Coran, Sunna, Ijmaâ, Qiyas) Fondement historique et actuel du Code de la famille et de certaines règles successorales

3.4 Les deux éléments de la coutume

$$\text{Coutume} = \underbrace{\text{Usage répété, ancien, constant, public}}_{\text{élément matériel}} + \underbrace{\text{Conviction de son caractère obligatoire}}_{\text{élément psychologique (opinio juris)}}$$

Rôle de la coutume Effet
Secundum legem (selon la loi) La loi renvoie expressément à l'usage → coutume applicable
Praeter legem (à côté de la loi) La loi est silencieuse → la coutume comble le vide
Contra legem (contre la loi) En principe écartée : elle ne peut vaincre une loi impérative

✏️ EXERCICE 3

Partie A — QCM (une seule bonne réponse) :

  1. Au sommet de la hiérarchie des normes marocaines se trouve : (a) le dahir — (b) la Constitution — (c) la loi de finances — (d) la circulaire ministérielle.
  2. La doctrine est : (a) une source obligatoire — (b) une source d'interprétation non obligatoire — (c) une décision de justice — (d) un règlement.
  3. La publication de la loi se fait : (a) dans la presse nationale — (b) au Bulletin Officiel — (c) par affichage à la commune — (d) sur le site du Parlement.

Partie B — Cas pratique : Un arrêté ministériel impose aux commerçants une formalité que la loi n'a pas prévue et qui restreint la liberté du commerce garantie par la Constitution. Un commerçant conteste.

  1. Quel principe est en cause ?
  2. Quel raisonnement le juge doit-il suivre ?

✅ CORRECTION 3

Partie A : 1 → (b) la Constitution ; 2 → (b) source d'interprétation non obligatoire ; 3 → (b) au Bulletin Officiel.

Partie B : 1) Le principe en cause est celui de la hiérarchie des normes (pyramide de Kelsen) : un acte réglementaire (arrêté ministériel) est une norme inférieure qui doit être conforme à la loi, elle-même conforme à la Constitution.

2) Raisonnement du juge :

  • L'arrêté ajoute une obligation que la loi n'a pas prévue : il excède le pouvoir réglementaire, car le règlement ne peut qu'appliquer la loi, non créer une contrainte nouvelle dans un domaine réservé au législateur.
  • Il porte en outre atteinte à une liberté garantie par la Constitution, ce qui aggrave l'irrégularité.
  • Le commerçant peut donc exercer un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, qui peut prononcer l'annulation de l'arrêté. Le juge peut aussi, dans un litige ordinaire, écarter l'application de l'acte illégal (exception d'illégalité). 📌 Formule à retenir pour la copie : « Une norme inférieure contraire à une norme supérieure est illégale et doit être annulée ou écartée. »

CHAPITRE 4 — L'APPLICATION DE LA RÈGLE DE DROIT

4.1 L'entrée en vigueur

Une loi devient obligatoire après trois étapes :

$$\text{Vote par le Parlement} \rightarrow \text{Promulgation (dahir)} \rightarrow \text{Publication au Bulletin Officiel}$$

📌 « Nul n'est censé ignorer la loi » : la publication au BO rend la loi opposable à tous. Cette fiction est indispensable — sans elle, chacun invoquerait son ignorance pour échapper à la règle.

4.2 L'application dans le temps

Principe Contenu
Non-rétroactivité La loi nouvelle ne s'applique pas aux situations définitivement constituées avant son entrée en vigueur
Effet immédiat Elle s'applique immédiatement aux situations en cours et à venir
Exception : la loi pénale plus douce Elle s'applique rétroactivement au profit du prévenu (rétroactivité in mitius)
Exceptions Lois expressément rétroactives, lois interprétatives, lois de procédure

4.3 L'abrogation

Type Définition
Expresse Le nouveau texte indique explicitement qu'il abroge l'ancien
Tacite (implicite) Le nouveau texte est incompatible avec l'ancien, qui cesse de s'appliquer
Totale / partielle Tout le texte, ou seulement certains articles

⚠️ La désuétude (non-application prolongée) n'abroge pas une loi en droit marocain : un texte non appliqué depuis vingt ans reste en vigueur tant qu'il n'a pas été abrogé.

4.4 L'application dans l'espace

Principe Contenu
Territorialité La loi marocaine s'applique sur tout le territoire national, à tous ceux qui s'y trouvent (marocains et étrangers)
Personnalité Certaines règles suivent la personne : le statut personnel (mariage, divorce, succession) de l'étranger peut relever de sa loi nationale
Limite : l'ordre public Une loi étrangère contraire à l'ordre public marocain est écartée par le juge

✏️ EXERCICE 4

Une loi nouvelle, publiée au Bulletin Officiel le 15 mars 2026, porte le délai de préavis de licenciement de 1 à 2 mois. Examinez les trois situations suivantes :

  1. Un salarié a été licencié le 10 janvier 2026, préavis d'un mois exécuté et indemnités versées.
  2. Un salarié est licencié le 20 mars 2026.
  3. Un contrat conclu en 2024 est toujours en cours au 15 mars 2026 ; l'employeur envisage un licenciement en juin 2026.

Travail à faire :

  1. Quelle loi s'applique à chaque situation ? Justifiez par le principe applicable.
  2. Une loi pénale nouvelle réduit la peine d'une infraction commise en 2025 et jugée en 2027. Quelle loi le juge applique-t-il et pourquoi ?
  3. L'employeur peut-il invoquer qu'il n'avait pas connaissance de la loi du 15 mars ?

✅ CORRECTION 4

1) Application dans le temps :

Situation Loi applicable Principe
1. Licenciement du 10 janvier 2026, entièrement exécuté Loi ancienne (préavis d'1 mois) Non-rétroactivité : la situation est définitivement constituée avant l'entrée en vigueur
2. Licenciement du 20 mars 2026 Loi nouvelle (2 mois) Effet immédiat : le fait générateur se produit après la publication
3. Contrat de 2024 toujours en cours, licenciement en juin 2026 Loi nouvelle Effet immédiat sur les situations en cours : le contrat se poursuit sous l'empire de la loi nouvelle

2) Loi pénale plus douce : le juge applique la loi nouvelle, plus favorable au prévenu. C'est l'exception de la rétroactivité in mitius : si la société estime désormais qu'un comportement mérite une peine moindre, il serait injuste d'appliquer l'ancienne peine plus sévère. (À l'inverse, une loi pénale plus sévère n'est jamais rétroactive.)

3) Non. Depuis la publication au Bulletin Officiel, la loi est opposable à tous : « nul n'est censé ignorer la loi ». L'ignorance du texte n'est pas une cause d'exonération ; admettre le contraire ruinerait l'efficacité de toute règle de droit.


CHAPITRE 5 — L'ORGANISATION JUDICIAIRE MAROCAINE

5.1 Les principes fondamentaux

Principe Contenu
Indépendance de la justice Le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs législatif et exécutif (Constitution de 2011) ; carrière des magistrats gérée par le CSPJ
Égalité devant la justice Même justice pour tous, sans discrimination
Double degré de juridiction Une affaire peut être rejugée en fait et en droit par une cour d'appel
Collégialité Décision rendue par plusieurs juges (avec des exceptions à juge unique)
Publicité des audiences Sauf huis clos justifié
Gratuité relative Le service public de la justice est gratuit, mais il subsiste des frais (taxe judiciaire, avocat, expertise)
Droit de la défense Tout justiciable peut se défendre et être assisté

5.2 Les juridictions de droit commun

L'organisation judiciaire est fixée par la loi 38-15 relative à l'organisation judiciaire.

Degré Juridiction Rôle
1er degré Tribunaux de première instance (TPI) Compétence générale : civil, commercial, social, pénal (avec sections spécialisées, notamment la section de la famille)
2ᵉ degré Cours d'appel Rejugent en fait et en droit les décisions des TPI
Sommet Cour de cassation (Rabat) Ne rejuge pas les faits : contrôle la bonne application du droit et unifie la jurisprudence

📌 La Cour de cassation s'appelait « Cour suprême » avant d'être rebaptisée en 2011. C'est le piège de QCM le plus fréquent du chapitre. Elle n'est pas un troisième degré de juridiction : elle casse ou rejette, elle ne rejuge pas les faits.

5.3 Les juridictions spécialisées

Juridiction Compétence Texte
Tribunaux de commerce et cours d'appel de commerce Litiges entre commerçants, sociétés, fonds de commerce, difficultés d'entreprise Loi 53-95
Tribunaux administratifs et cours d'appel administratives Recours contre l'administration, excès de pouvoir, contentieux fiscal Loi 41-90

5.4 Les juridictions et institutions particulières

Institution Rôle
Cour constitutionnelle Contrôle la conformité des lois et lois organiques à la Constitution ; contentieux électoral
Cour des comptes et Cours régionales Contrôle des finances publiques et de la gestion des organismes publics
Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) Garantit l'indépendance des magistrats (nomination, carrière, discipline)

5.5 Les acteurs du procès

Acteur Fonction
Magistrats du siège Jugent (« assis »), inamovibles
Ministère public (parquet) Requiert au nom de la société (« debout »), déclenche l'action publique
Avocat Assiste et représente les parties
Greffier Authentifie les actes de procédure, tient les registres
Huissier de justice Signifie les actes, exécute les décisions
Adoul / notaire Rédigent et authentifient certains actes
Expert judiciaire Éclaire techniquement le juge

✏️ EXERCICE 5

Déterminez la juridiction compétente pour chacun des litiges suivants, et précisez s'il s'agit d'une juridiction de droit commun ou spécialisée.

  1. Une SARL de Casablanca réclame 400 000 DH à une autre société pour des marchandises livrées et non payées.
  2. Un fonctionnaire conteste la décision de mutation prise par son ministère.
  3. Deux voisins d'un immeuble à Rabat se disputent la propriété d'un mur mitoyen.
  4. Une partie estime que la cour d'appel a mal interprété un article du DOC.
  5. Un couple demande le divorce.

Question complémentaire : un justiciable déçu par la décision de la Cour de cassation peut-il demander à ce qu'elle rejuge les faits de l'affaire ? Justifiez.

✅ CORRECTION 5

Litige Juridiction compétente Nature
1. Impayé entre deux sociétés Tribunal de commerce Spécialisée (loi 53-95)
2. Mutation d'un fonctionnaire Tribunal administratif Spécialisée (loi 41-90)
3. Mur mitoyen entre voisins Tribunal de première instance Droit commun (litige civil / droits réels)
4. Mauvaise interprétation d'un article du DOC Cour de cassation Sommet de la hiérarchie judiciaire
5. Divorce TPI, section de la famille Droit commun, section spécialisée

Question complémentaire : non. La Cour de cassation est un juge du droit, pas un juge du fait. Elle vérifie seulement que les juges du fond ont correctement appliqué et interprété la règle de droit, et que leur décision est suffisamment motivée. Si elle casse l'arrêt, elle renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel (ou la même autrement composée), qui rejugera les faits. Le double degré de juridiction est donc assuré par les TPI et les cours d'appel, pas par la Cour de cassation.


CHAPITRE 6 — LES PERSONNES JURIDIQUES

6.1 La personnalité juridique

La personnalité juridique est l'aptitude à être titulaire de droits et d'obligations. Elle est reconnue aux personnes physiques (les êtres humains) et aux personnes morales (les groupements).

6.2 La personne physique

Question Règle
Début À la naissance, à condition que l'enfant naisse vivant et viable ; l'enfant simplement conçu est réputé né chaque fois qu'il y va de son intérêt
Fin Par le décès (ou le jugement déclaratif de décès pour l'absent)
Preuve Registres de l'état civil (acte de naissance, acte de décès)

Les attributs de la personne physique

Attribut Contenu
Le nom Nom patronymique + prénom ; en principe indisponible et imprescriptible
Le domicile Lieu du principal établissement ; détermine souvent le tribunal compétent
La nationalité Lien juridique et politique avec l'État (Code de la nationalité marocaine)
L'état civil Situation familiale de la personne (marié, célibataire, filiation)
Le patrimoine Ensemble des droits et obligations évaluables en argent

La capacité juridique

Type Définition
Capacité de jouissance Aptitude à être titulaire de droits — elle appartient à toute personne
Capacité d'exercice Aptitude à exercer soi-même ses droits — elle suppose discernement et majorité

Au Maroc, la majorité légale est fixée à 18 années grégoriennes révolues (article 209 du Code de la famille, loi 70-03).

Incapables Régime de protection
Le mineur (moins de 18 ans) Représentation légale : père, mère, tuteur testamentaire ou datif (tutelle, wilaya)
Le dément / l'aliéné Interdiction, représentation par un tuteur
Le prodigue, le faible d'esprit Assistance / interdiction partielle

📌 L'acte accompli par un incapable sans autorisation est en principe nul ou annulable — la nullité protège l'incapable, lui seul (ou son représentant) peut en principe l'invoquer.

6.3 La personne morale

Un groupement auquel la loi reconnaît la personnalité juridique, distincte de celle de ses membres.

Catégorie Exemples
Personnes morales de droit public État, collectivités territoriales, établissements publics (OCP, ONEE, universités)
Personnes morales de droit privé à but lucratif SA, SARL, SNC, SCS, GIE
Personnes morales de droit privé à but non lucratif Associations, fondations, syndicats, coopératives

Les attributs de la personne morale

Attribut Équivalent chez la personne physique
Dénomination sociale Le nom
Siège social Le domicile
Nationalité La nationalité
Patrimoine propre Le patrimoine — c'est l'attribut décisif : les créanciers de la société ne peuvent en principe pas saisir le patrimoine des associés
Capacité juridique La capacité, limitée par le principe de spécialité (l'objet social)

⚠️ Principe de spécialité : une personne morale ne peut accomplir que les actes entrant dans son objet social. Une association sportive ne peut pas exercer une activité bancaire.


✏️ EXERCICE 6

Cas pratique. Yassine, 17 ans et 4 mois, achète seul, avec l'argent d'un petit travail d'été, un ordinateur portable à 9 000 DH chez un revendeur de Rabat. Trois semaines plus tard, son père découvre l'achat et exige l'annulation de la vente. Par ailleurs, la société « TechRabat SARL », chez qui l'achat a été effectué, est en litige avec un fournisseur qui menace de saisir la maison personnelle du gérant.

Travail à faire :

  1. Yassine est-il capable au sens du droit marocain ? Distinguez les deux capacités.
  2. Le père peut-il obtenir l'annulation ? Sur quel fondement ?
  3. Le fournisseur peut-il saisir la maison du gérant de la SARL ? Justifiez par un attribut de la personne morale.
  4. Citez trois attributs de « TechRabat SARL » en tant que personne morale.

✅ CORRECTION 6

1) Capacité de Yassine. Il a la capacité de jouissance : dès sa naissance, il peut être titulaire de droits (être propriétaire, créancier, héritier). En revanche, à 17 ans et 4 mois, il n'a pas la capacité d'exercice : la majorité légale est de 18 années grégoriennes révolues (art. 209 du Code de la famille). Il est donc mineur, représenté par son représentant légal.

2) Annulation. Oui, en principe : l'acte accompli seul par un mineur est annulable, la nullité étant une nullité de protection instituée dans l'intérêt de l'incapable — elle est invoquée par le mineur ou par son représentant légal, jamais par le cocontractant. ⚠️ Nuance à écrire dans la copie : la pratique et la doctrine admettent la validité des actes courants de la vie quotidienne conclus à des conditions normales. Un ordinateur à 9 000 DH n'est cependant pas un acte de faible valeur : l'annulation est très plausible, avec restitution réciproque (l'ordinateur contre le prix).

3) Saisie de la maison du gérant : non. La SARL est une personne morale dotée d'un patrimoine propre, distinct de celui de ses associés et de son gérant. Le fournisseur, créancier de la société, ne peut poursuivre que le patrimoine social. La responsabilité des associés est limitée à leurs apports (loi 5-96). Une saisie sur les biens personnels ne serait possible que dans des cas exceptionnels : caution personnelle donnée par le gérant, ou faute de gestion engageant sa responsabilité personnelle.

4) Trois attributs de TechRabat SARL : la dénomination sociale, le siège social (son domicile), le patrimoine propre — on peut ajouter la nationalité marocaine et la capacité juridique limitée par l'objet social (principe de spécialité).


CHAPITRE 7 — LES DROITS SUBJECTIFS ET LEURS SOURCES

7.1 Classification des droits subjectifs

Catégorie Définition Caractères
Droits patrimoniaux Évaluables en argent, font partie du patrimoine Cessibles, transmissibles, saisissables, prescriptibles
Droits extrapatrimoniaux Non évaluables en argent Incessibles, intransmissibles, insaisissables, imprescriptibles

Les droits patrimoniaux

Type Définition Exemple
Droits réels Pouvoir direct d'une personne sur une chose Propriété (usus, fructus, abusus), usufruit, servitude, hypothèque, gage
Droits personnels (de créance) Pouvoir d'exiger d'une personne une prestation Le vendeur exige le prix ; le salarié exige son salaire
Droits intellectuels Pouvoir sur une création ou une clientèle Droit d'auteur, brevet, marque, fonds de commerce

$$\text{Droit de propriété} = usus\ (\text{user}) + fructus\ (\text{percevoir les fruits}) + abusus\ (\text{disposer})$$

Les droits extrapatrimoniaux

  • Droits de la personnalité : vie, intégrité physique, honneur, vie privée, image, nom ;
  • Droits familiaux : autorité parentale, droits liés au mariage et à la filiation ;
  • Droits politiques et publics : vote, éligibilité, accès aux fonctions publiques.

⚠️ La violation d'un droit extrapatrimonial (atteinte à l'honneur, par exemple) donne droit à une réparation en argent — cela ne rend pas le droit lui-même patrimonial. C'est un piège d'examen classique.

7.2 Les sources des droits subjectifs

Source Définition Exemples
Actes juridiques Manifestations de volonté destinées à produire des effets de droit Contrat de vente, bail, testament, donation, société
Faits juridiques Événements produisant des effets de droit indépendamment de la volonté de créer ces effets Naissance, décès, accident, délit, quasi-contrat

Le Dahir des Obligations et des Contrats (DOC) du 12 août 1913 est le texte fondamental des obligations au Maroc. Il distingue les sources d'obligations suivantes :

Source Contenu
Le contrat Accord de volontés créateur d'obligations
Le quasi-contrat Fait volontaire et licite créant une obligation : gestion d'affaires, paiement de l'indu, enrichissement sans cause
Le délit Fait illicite intentionnel causant un dommage
Le quasi-délit Fait illicite non intentionnel (négligence, imprudence)
La loi L'obligation naît directement du texte (obligation alimentaire, impôt)

7.3 Les conditions de validité du contrat (DOC)

Condition Contenu
Le consentement Il doit exister et être exempt de vices : erreur, dol, violence (et lésion dans certains cas)
La capacité Les parties doivent avoir la capacité d'exercice (chapitre 6)
L'objet Déterminé ou déterminable, possible et licite
La cause Licite et morale (non contraire à l'ordre public et aux bonnes mœurs)

📌 Principe directeur : « le contrat fait la loi des parties » — il est obligatoire entre elles, et doit être exécuté de bonne foi.

7.4 La responsabilité civile

$$\text{Responsabilité} = \underbrace{\text{Fait générateur}}_{\text{faute, chose, fait d'autrui}} + \text{Dommage} + \text{Lien de causalité}$$

Type Origine Effet
Responsabilité contractuelle Inexécution ou mauvaise exécution d'un contrat Dommages-intérêts, résolution, exécution forcée
Responsabilité délictuelle Dommage causé hors de tout contrat Réparation intégrale du préjudice

✏️ EXERCICE 7

Qualifiez chaque situation : acte juridique ou fait juridique ? Puis précisez le droit subjectif en cause et sa catégorie (réel, personnel, intellectuel, extrapatrimonial).

  1. Amine signe un contrat de bail pour un appartement à Fès.
  2. Une voiture endommage la vitrine d'un magasin lors d'une manœuvre imprudente.
  3. Sara hérite d'un terrain agricole au décès de son grand-père.
  4. Un écrivain publie un roman.
  5. Un journal publie une photo d'une personne sans son autorisation.

Question de synthèse : en cas d'accident causé par imprudence (situation 2), sur quels trois éléments la victime doit-elle argumenter pour obtenir réparation ?

✅ CORRECTION 7

Situation Acte ou fait juridique Droit subjectif en cause Catégorie
1. Contrat de bail Acte juridique (accord de volontés) Droit du locataire d'exiger la jouissance du bien ; droit du bailleur au loyer Droit personnel (créance)
2. Vitrine endommagée Fait juridique (quasi-délit : imprudence) Droit à réparation du commerçant Droit personnel né d'un fait juridique
3. Succession au décès Fait juridique (le décès) Droit de propriété sur le terrain Droit réel
4. Publication d'un roman Acte juridique, faisant naître un droit protégé par la loi Droit d'auteur Droit intellectuel (avec un volet moral extrapatrimonial)
5. Photo publiée sans autorisation Fait juridique (délit civil) Droit à l'image et à la vie privée Droit extrapatrimonial (droit de la personnalité)

Question de synthèse — les trois éléments de la responsabilité civile délictuelle :

  1. Le fait générateur : la manœuvre imprudente du conducteur (quasi-délit, faute d'imprudence) ;
  2. Le dommage : la vitrine brisée — préjudice matériel certain, auquel peut s'ajouter la perte d'exploitation pendant la fermeture ;
  3. Le lien de causalité : le dommage est la conséquence directe de la manœuvre. Ces trois éléments sont cumulatifs : l'absence d'un seul fait échouer la demande. ⚠️ C'est le raisonnement le plus rentable en examen — écris toujours les trois, dans l'ordre, chacun appliqué aux faits de l'énoncé.

CHAPITRE 8 — LA PREUVE DES DROITS

8.1 Pourquoi la preuve est décisive

Un droit que l'on ne peut pas prouver équivaut, dans le procès, à un droit qui n'existe pas :

$$\text{« Idem est non esse aut non probari »} \quad \Longrightarrow \quad \text{Ne pas être, ou ne pas être prouvé, c'est tout un}$$

8.2 La charge de la preuve

Règle Contenu
Principe Actori incumbit probatio : la preuve incombe au demandeur — celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver
Renversement Celui qui prétend s'être libéré (avoir payé, avoir été libéré) doit à son tour le prouver
Présomptions légales Elles dispensent de preuve celui au profit duquel elles jouent
Type de présomption Effet
Simple (juris tantum) Peut être combattue par la preuve contraire
Irréfragable (juris et de jure) Ne souffre aucune preuve contraire

8.3 Les modes de preuve (DOC)

Mode Contenu Force probante
L'écrit Acte authentique (dressé par un officier public : notaire, adoul) ou acte sous seing privé (signé par les parties) La plus forte ; l'acte authentique fait foi jusqu'à inscription de faux
Le témoignage Déclaration d'un tiers sur ce qu'il a vu ou entendu Admis largement en matière commerciale, restreint en matière civile au-delà d'un certain montant
L'aveu Reconnaissance par une partie d'un fait qui lui est défavorable Judiciaire (devant le juge) : force très élevée
Le serment Affirmation solennelle Décisoire (déféré par une partie) ou supplétoire (déféré par le juge)
Les présomptions de fait Conséquences que le juge tire d'un fait connu vers un fait inconnu Laissées à l'appréciation du juge

8.4 Les systèmes de preuve

Système Contenu Domaine
Preuve légale La loi impose le mode de preuve et sa hiérarchie Matière civile
Preuve libre Tous les modes sont admis, le juge apprécie Matière commerciale et pénale

📌 La justification de cette différence : le commerce exige rapidité et souplesse — imposer un écrit pour chaque opération paralyserait les affaires. En matière civile, la sécurité juridique prime, d'où l'exigence d'un écrit au-delà d'un certain seuil.

8.5 La preuve électronique

Le droit marocain a admis l'écrit électronique et la signature électronique (loi 53-05 relative à l'échange électronique de données juridiques), qui peuvent avoir la même force probante que l'écrit papier lorsque les conditions d'identification et d'intégrité sont remplies. C'est ce qui rend juridiquement possibles le e-commerce et la facturation dématérialisée.


✏️ EXERCICE 8

Cas pratique. Hakim, particulier, prête 30 000 DH à son voisin Réda sans rédiger d'écrit ; deux amis étaient présents. Réda refuse de rembourser et affirme n'avoir jamais rien reçu. Parallèlement, la société « Atlas Distribution » réclame à un commerçant le paiement de 50 000 DH de marchandises, et ne dispose que de bons de livraison signés et d'échanges de courriels.

Travail à faire :

  1. Sur qui pèse la charge de la preuve dans chaque affaire ? Citez l'adage.
  2. Hakim peut-il prouver le prêt par témoins ? Discutez.
  3. Atlas Distribution peut-elle se contenter de bons de livraison et de courriels ? Justifiez par le système de preuve applicable.
  4. Si Réda reconnaît le prêt devant le juge mais affirme avoir déjà remboursé, qui doit prouver quoi ?

✅ CORRECTION 8

1) Charge de la preuve. Dans les deux affaires, elle pèse sur le demandeur : actori incumbit probatio. Hakim doit prouver l'existence du prêt ; Atlas Distribution doit prouver la livraison et la créance.

2) Preuve par témoins du prêt de 30 000 DH. La matière est civile (prêt entre particuliers) : le système est celui de la preuve légale, qui exige en principe un écrit au-delà d'un certain montant et limite l'admissibilité du témoignage. Hakim est donc en position défavorable. Il peut toutefois tenter :

  • d'invoquer un commencement de preuve par écrit (un SMS, un message, une reconnaissance partielle) qui rend alors le témoignage recevable en complément ;
  • de provoquer un aveu de Réda, ou de lui déférer le serment décisoire ;
  • d'apporter des présomptions de fait concordantes (retrait bancaire du montant exact le jour du prêt, virement, témoignages convergents). ⚠️ La leçon pratique — toujours mentionnée en conclusion de copie : un prêt entre particuliers doit être constaté par écrit.

3) Atlas Distribution. La matière est commerciale (litige entre commerçants pour des actes de commerce) : le système est celui de la preuve libre. Tous les modes sont admis et le juge apprécie souverainement. Les bons de livraison signés et les courriels sont donc recevables — d'autant que la loi 53-05 reconnaît l'écrit électronique. La position d'Atlas Distribution est nettement plus solide que celle de Hakim, alors même que sa créance est plus élevée : c'est exactement ce que la comparaison des deux cas doit faire ressortir.

4) Renversement de la charge de la preuve. Si Réda avoue le prêt, Hakim est dispensé d'en prouver l'existence : l'aveu judiciaire vaut preuve. Mais en affirmant avoir remboursé, Réda invoque un fait libératoire : c'est désormais à lui de prouver le remboursement (quittance, reçu, virement). C'est l'application de la règle : celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement.


🧾 MÉMO FINAL — CE QUI TOMBE LE PLUS

Les distinctions à maîtriser mot à mot

Distinction Clé de différenciation
Droit objectif / droits subjectifs La règle générale / la prérogative individuelle
Droit public / droit privé Présence d'une personne publique avec prérogatives de puissance publique
Règle impérative / supplétive Peut-on y déroger par contrat ?
Capacité de jouissance / d'exercice Être titulaire / pouvoir exercer soi-même
Droits patrimoniaux / extrapatrimoniaux Évaluables en argent ou non
Droits réels / droits personnels Pouvoir sur une chose / pouvoir contre une personne
Acte juridique / fait juridique Volonté de produire l'effet de droit ou non
Preuve légale / preuve libre Matière civile / matière commerciale et pénale
Juge du fond / juge du droit Cours d'appel / Cour de cassation

Les textes marocains à citer

Texte Domaine
Constitution de 2011 Hiérarchie des normes, droits et libertés, indépendance de la justice
DOC du 12 août 1913 Obligations, contrats, responsabilité, preuve
Code de la famille, loi 70-03 Statut personnel ; majorité à 18 ans (art. 209)
Loi 38-15 Organisation judiciaire
Loi 53-95 Tribunaux de commerce
Loi 41-90 Tribunaux administratifs
Loi 15-95 Code de commerce
Lois 17-95 et 5-96 SA / SARL, SNC, SCS
Loi 65-99 Code du travail
Loi 53-05 Échange électronique de données juridiques (preuve électronique)

Les adages latins

Adage Traduction
Nul n'est censé ignorer la loi La publication au BO rend la loi opposable à tous
Actori incumbit probatio La preuve incombe au demandeur
Idem est non esse aut non probari Ne pas être ou ne pas être prouvé, c'est tout un
Specialia generalibus derogant La règle spéciale déroge à la règle générale
Pacta sunt servanda Les conventions doivent être respectées

📝 CONSEILS POUR L'EXAMEN

  1. La méthode du cas pratique rapporte le plus de points. Utilise systématiquement le syllogisme juridique en quatre temps : Faits (résumés en 3 lignes, sans recopier l'énoncé) → Problème de droit (une question, formulée en termes juridiques) → Règle de droit (avec le texte : DOC, art. 209 du Code de la famille…) → Application aux faitsConclusion.
  2. Cite au moins un texte par réponse. Même approximative (« le Code de la famille fixe la majorité à 18 ans »), la référence montre que tu maîtrises les sources. C'est ce qui distingue une copie de 14 d'une copie de 10.
  3. Ne confonds pas les juridictions : tribunal administratif ≠ tribunal de commerce ≠ TPI ; Cour de cassation ≠ troisième degré. Ce sont les erreurs les plus fréquemment sanctionnées.
  4. Attention aux fausses évidences : la désuétude n'abroge pas une loi ; la doctrine n'est pas obligatoire ; la jurisprudence n'est pas, en principe, une source formelle ; une loi pénale plus douce, elle, est rétroactive.
  5. Définis avant d'argumenter. Chaque copie doit commencer par définir les termes du sujet. « Comparez droit public et droit privé » = définir les deux, puis tableau comparatif (critères : personnes, rapports, but, juge), puis nuance sur les droits mixtes.
  6. Soigne la nuance. En droit, la bonne réponse est très souvent « en principe… sauf… ». Écris le principe, puis l'exception : c'est la marque d'un raisonnement juridique maîtrisé.
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