Cours — Mathématiques (S1)

📖 Mathématiques

🔢 MATHÉMATIQUES — Cours Complet (S1)

Licence Fondamentale Sciences Économiques et Gestion — Semestre S1 — Système universitaire marocain (LMD) Le module « Mathématiques » du S1 réunit l'algèbre (logique, ensembles, matrices, systèmes linéaires) et l'analyse (suites, limites, dérivées, optimisation). C'est l'outil de base de la Microéconomie (S1), des Mathématiques financières (S2), des Statistiques (S2) et de l'Économétrie (S5).

💡 Comment lire ce cours ? Chaque chapitre contient : le cours ➜ un exercice ➜ sa correction détaillée pas à pas. Toutes les formules sont en LaTeX.


🗺️ PLAN DU COURS

Chapitre Notions clés
1 Logique et raisonnement mathématique Propositions, connecteurs, quantificateurs, récurrence, absurde
2 Ensembles, relations et applications Opérations, injection, surjection, bijection
3 Les suites numériques Arithmétique, géométrique, monotonie, convergence
4 Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité Limites, formes indéterminées, TVI
5 La dérivation et ses applications économiques Règles de dérivation, coût marginal, élasticité
6 Étude de fonctions et optimisation Variations, convexité, extremums, optimisation du profit
7 Matrices et calcul matriciel Opérations, déterminant, inverse, rang
8 Les systèmes d'équations linéaires Cramer, Gauss, applications en gestion
Formulaire final + Conseils examen Toutes les formules à connaître

CHAPITRE 1 — LOGIQUE ET RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE

1.1 Propositions et connecteurs logiques

Une proposition est un énoncé qui est soit vrai (V), soit faux (F), jamais les deux.

Connecteur Notation Vrai quand…
Négation $\neg P$ $P$ est fausse
Conjonction $P \wedge Q$ $P$ et $Q$ sont vraies
Disjonction $P \vee Q$ $P$ ou $Q$ (ou les deux) est vraie
Implication $P \Rightarrow Q$ Fausse uniquement si $P$ vraie et $Q$ fausse
Équivalence $P \Leftrightarrow Q$ $P$ et $Q$ ont la même valeur de vérité

Table de vérité de l'implication :

$P$ $Q$ $P \Rightarrow Q$
V V V
V F F
F V V
F F V

1.2 Les lois fondamentales

$$\neg(P \wedge Q) \equiv \neg P \vee \neg Q \qquad \neg(P \vee Q) \equiv \neg P \wedge \neg Q \quad \text{(lois de De Morgan)}$$

$$(P \Rightarrow Q) \equiv (\neg Q \Rightarrow \neg P) \quad \text{(contraposée)} \qquad \neg(P \Rightarrow Q) \equiv P \wedge \neg Q$$

⚠️ Contraposée ≠ réciproque. La réciproque de $P \Rightarrow Q$ est $Q \Rightarrow P$ : elle n'a aucune raison d'être vraie. La contraposée, elle, est toujours équivalente à l'implication de départ.

1.3 Les quantificateurs

Quantificateur Lecture
$\forall x \in E$ « pour tout $x$ de $E$ » (universel)
$\exists x \in E$ « il existe au moins un $x$ de $E$ » (existentiel)
$\exists !\, x \in E$ « il existe un unique $x$ »

Négation d'une proposition quantifiée — la règle la plus testée en examen :

$$\neg\big(\forall x \in E,\; P(x)\big) \equiv \exists x \in E,\; \neg P(x)$$ $$\neg\big(\exists x \in E,\; P(x)\big) \equiv \forall x \in E,\; \neg P(x)$$

📌 L'ordre des quantificateurs change le sens : $\forall x, \exists y, \; y > x$ est vrai dans $\mathbb{R}$, alors que $\exists y, \forall x, \; y > x$ est faux (il n'existe pas de réel plus grand que tous les autres).

1.4 Les types de raisonnement

Raisonnement Principe
Direct On part des hypothèses et on déduit la conclusion
Par contraposée Pour montrer $P \Rightarrow Q$, on montre $\neg Q \Rightarrow \neg P$
Par l'absurde On suppose $\neg Q$ et on aboutit à une contradiction
Par disjonction de cas On découpe l'ensemble des possibilités et on traite chaque cas
Par contre-exemple Pour réfuter $\forall x, P(x)$, il suffit d'un seul $x$ tel que $P(x)$ est faux
Par récurrence Initialisation ($P(n_0)$ vraie) + hérédité ($P(n) \Rightarrow P(n+1)$) ⟹ $P(n)$ vraie $\forall n \geq n_0$

✏️ EXERCICE 1

  1. Écrivez la négation de : « Tous les clients de l'entreprise ont réglé leur facture. »
  2. Écrivez la négation de : $\forall x \in \mathbb{R},\; x^2 + 1 > 0$. Cette négation est-elle vraie ?
  3. Donnez la contraposée et la réciproque de : « Si une entreprise est cotée en bourse, alors elle est une société anonyme. » Laquelle est nécessairement vraie si l'implication l'est ?
  4. Démontrez par récurrence que pour tout $n \geq 1$ : $$1 + 2 + 3 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2}$$

✅ CORRECTION 1

1) « Il existe au moins un client de l'entreprise qui n'a pas réglé sa facture. » ⚠️ Erreur classique à éviter : « aucun client n'a réglé » — c'est beaucoup trop fort. La négation de « tous » est « il existe au moins un… qui ne… pas ».

2) Négation : $\exists x \in \mathbb{R},\; x^2 + 1 \leq 0$. Elle est fausse : pour tout réel, $x^2 \geq 0$ donc $x^2 + 1 \geq 1 > 0$. La proposition initiale est donc vraie.

3) Soit $P$ : « l'entreprise est cotée en bourse », $Q$ : « c'est une SA ».

  • Contraposée : « Si une entreprise n'est pas une SA, alors elle n'est pas cotée en bourse. » → nécessairement vraie si l'implication l'est.
  • Réciproque : « Si une entreprise est une SA, alors elle est cotée en bourse. » → fausse : la plupart des SA marocaines ne sont pas cotées à la Bourse de Casablanca.

4) Démonstration par récurrence. Soit $P(n)$ : $\displaystyle\sum_{k=1}^{n} k = \frac{n(n+1)}{2}$.

Initialisation ($n=1$) : $$\text{Membre de gauche} = 1 \quad ; \quad \text{Membre de droite} = \frac{1 \times 2}{2} = 1 \quad \Rightarrow \quad P(1) \text{ vraie}$$

Hérédité : supposons $P(n)$ vraie pour un $n \geq 1$ fixé. Alors : $$\sum_{k=1}^{n+1} k = \underbrace{\sum_{k=1}^{n} k}_{\text{hypothèse}} + (n+1) = \frac{n(n+1)}{2} + (n+1)$$ $$= (n+1)\left(\frac{n}{2} + 1\right) = (n+1) \cdot \frac{n+2}{2} = \frac{(n+1)\big((n+1)+1\big)}{2}$$ C'est exactement $P(n+1)$. L'hérédité est établie.

Conclusion : $P(1)$ est vraie et $P$ est héréditaire, donc par récurrence $P(n)$ est vraie pour tout $n \geq 1$. $\blacksquare$


CHAPITRE 2 — ENSEMBLES, RELATIONS ET APPLICATIONS

2.1 Vocabulaire des ensembles

Notation Lecture
$x \in E$ $x$ appartient à $E$
$A \subset E$ $A$ est inclus dans $E$ (tout élément de $A$ est dans $E$)
$\varnothing$ Ensemble vide
$\mathcal{P}(E)$ Ensemble des parties de $E$ ; si $\text{card}(E) = n$, alors $\text{card}(\mathcal{P}(E)) = 2^n$

Les ensembles de nombres : $\mathbb{N} \subset \mathbb{Z} \subset \mathbb{D} \subset \mathbb{Q} \subset \mathbb{R} \subset \mathbb{C}$.

2.2 Opérations sur les ensembles

Opération Définition
Réunion $A \cup B$ $\{x \mid x \in A \textbf{ ou } x \in B\}$
Intersection $A \cap B$ $\{x \mid x \in A \textbf{ et } x \in B\}$
Différence $A \setminus B$ $\{x \mid x \in A \textbf{ et } x \notin B\}$
Complémentaire $\bar{A}$ ou $C_E A$ $\{x \in E \mid x \notin A\}$
Produit cartésien $A \times B$ $\{(a,b) \mid a \in A, b \in B\}$

$$\overline{A \cup B} = \bar{A} \cap \bar{B} \qquad \overline{A \cap B} = \bar{A} \cup \bar{B} \quad \text{(lois de De Morgan)}$$

$$\text{card}(A \cup B) = \text{card}(A) + \text{card}(B) - \text{card}(A \cap B)$$

2.3 Applications

Une application $f : E \to F$ associe à tout élément de $E$ un seul élément de $F$.

Notion Définition Traduction pratique
Injective $f(x) = f(x') \Rightarrow x = x'$ Deux éléments distincts ont des images distinctes
Surjective $\forall y \in F, \exists x \in E, f(x)=y$ Tout élément de $F$ est atteint
Bijective Injective et surjective Chaque $y$ a exactement un antécédent

📌 Si $f$ est bijective, elle admet une réciproque $f^{-1}$ telle que $f^{-1}(f(x)) = x$.

2.4 Relations binaires

Propriété Définition
Réflexive $\forall x,\; x \mathcal{R} x$
Symétrique $x \mathcal{R} y \Rightarrow y \mathcal{R} x$
Antisymétrique $x \mathcal{R} y$ et $y \mathcal{R} x \Rightarrow x = y$
Transitive $x \mathcal{R} y$ et $y \mathcal{R} z \Rightarrow x \mathcal{R} z$
Type de relation Conditions
Relation d'équivalence Réflexive + symétrique + transitive
Relation d'ordre Réflexive + antisymétrique + transitive

📌 En microéconomie, la relation de préférence du consommateur est supposée réflexive, transitive et complète : c'est une relation d'ordre (au sens large), ce qui permet de classer les paniers de biens.


✏️ EXERCICE 2

Soit $E = \{1,2,3,4,5,6,7,8\}$, $A = \{1,2,3,4\}$ et $B = \{3,4,5,6\}$.

  1. Déterminez $A \cup B$, $A \cap B$, $A \setminus B$ et $\bar{A}$ (complémentaire dans $E$).
  2. Vérifiez la formule $\text{card}(A \cup B) = \text{card}(A) + \text{card}(B) - \text{card}(A \cap B)$.
  3. Combien $A$ a-t-il de parties ?
  4. Soit $f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}$, $f(x) = 3x - 5$. Montrez que $f$ est bijective et déterminez $f^{-1}$.
  5. Soit $g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}$, $g(x) = x^2$. $g$ est-elle injective ? surjective ? Justifiez.

✅ CORRECTION 2

1) $$A \cup B = \{1,2,3,4,5,6\} \qquad A \cap B = \{3,4\}$$ $$A \setminus B = \{1,2\} \qquad \bar{A} = \{5,6,7,8\}$$

2) $\text{card}(A)=4$, $\text{card}(B)=4$, $\text{card}(A \cap B)=2$ : $$4 + 4 - 2 = 6 = \text{card}(A \cup B) \quad \checkmark$$

3) $\text{card}(A) = 4$ donc $\text{card}(\mathcal{P}(A)) = 2^4 = \mathbf{16}$ parties (y compris $\varnothing$ et $A$ lui-même).

4) Bijectivité de $f(x) = 3x-5$ :

  • Injective : $f(x)=f(x') \Rightarrow 3x-5 = 3x'-5 \Rightarrow 3x = 3x' \Rightarrow x = x'$. ✓
  • Surjective : soit $y \in \mathbb{R}$ ; on cherche $x$ tel que $3x - 5 = y$, soit $x = \dfrac{y+5}{3}$, qui existe toujours dans $\mathbb{R}$. ✓ Donc $f$ est bijective et : $$f^{-1}(y) = \frac{y+5}{3}$$

5) $g(x) = x^2$ de $\mathbb{R}$ dans $\mathbb{R}$ :

  • Non injective : $g(2) = g(-2) = 4$ alors que $2 \neq -2$ (contre-exemple suffisant).
  • Non surjective : $-1$ n'a aucun antécédent, car $x^2 \geq 0$ pour tout réel. ⚠️ Attention : $g$ deviendrait bijective si on la restreignait de $\mathbb{R}^+$ vers $\mathbb{R}^+$. L'injectivité et la surjectivité dépendent toujours des ensembles de départ et d'arrivée.

CHAPITRE 3 — LES SUITES NUMÉRIQUES

3.1 Définitions

Une suite $(u_n)$ est une application de $\mathbb{N}$ (ou d'une partie de $\mathbb{N}$) dans $\mathbb{R}$. On peut la définir :

  • explicitement : $u_n = f(n)$, par exemple $u_n = 3n + 2$ ;
  • par récurrence : $u_0$ donné et $u_{n+1} = f(u_n)$.

3.2 Suite arithmétique

$$u_{n+1} = u_n + r \quad \Longrightarrow \quad \boxed{u_n = u_0 + n\,r} \quad \text{ou} \quad u_n = u_p + (n-p)\,r$$

Somme des $n+1$ premiers termes :

$$S = u_0 + u_1 + \dots + u_n = (n+1)\,\frac{u_0 + u_n}{2}$$

📌 Règle mnémotechnique : $S = \text{nombre de termes} \times \dfrac{\text{premier} + \text{dernier}}{2}$.

3.3 Suite géométrique

$$u_{n+1} = q \cdot u_n \quad \Longrightarrow \quad \boxed{u_n = u_0 \cdot q^{\,n}} \quad \text{ou} \quad u_n = u_p \cdot q^{\,n-p}$$

Somme des $n+1$ premiers termes (pour $q \neq 1$) :

$$S = u_0 \cdot \frac{1 - q^{\,n+1}}{1 - q}$$

Valeur de $q$ Comportement de $q^n$ quand $n \to +\infty$
$\lvert q \rvert < 1$ $q^n \to 0$ → la suite converge vers 0
$q = 1$ Suite constante
$q > 1$ $q^n \to +\infty$ → la suite diverge

📌 C'est la suite la plus utile en gestion : un capital placé à intérêts composés au taux $i$ suit $C_n = C_0(1+i)^n$ — tu retrouveras exactement cette formule en Mathématiques financières (S2).

3.4 Monotonie et convergence

Notion Critère
Croissante $u_{n+1} - u_n \geq 0$ (ou $\frac{u_{n+1}}{u_n} \geq 1$ si $u_n > 0$)
Décroissante $u_{n+1} - u_n \leq 0$
Majorée / minorée / bornée $\exists M, \forall n,\; u_n \leq M$ / $\geq m$ / les deux
Convergente $\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell \in \mathbb{R}$

Théorème de la limite monotone : toute suite croissante et majorée converge ; toute suite décroissante et minorée converge.


✏️ EXERCICE 3

Une entreprise marocaine réalise un chiffre d'affaires de 2 000 000 DH en 2026.

Partie A. Elle prévoit une progression de 150 000 DH par an.

  1. Quelle est la nature de la suite $(u_n)$ du CA, $u_0$ étant le CA de 2026 ?
  2. Exprimez $u_n$ puis calculez le CA prévu en 2032.
  3. Calculez le cumul du CA de 2026 à 2032 inclus.

Partie B. Un concurrent réalise le même CA en 2026 mais prévoit une croissance de 6 % par an. 4. Quelle est la nature de la suite $(v_n)$ ? Exprimez $v_n$. 5. Calculez $v_6$ (CA de 2032) et comparez avec $u_6$. 6. À partir de quelle année le concurrent dépasse-t-il l'entreprise ? (raisonnement chiffré)

✅ CORRECTION 3

Partie A

1) Le CA augmente d'une quantité constante : c'est une suite arithmétique de raison $r = 150\,000$ et de premier terme $u_0 = 2\,000\,000$.

2) $$u_n = 2\,000\,000 + 150\,000\,n$$ En 2032, $n = 6$ : $$u_6 = 2\,000\,000 + 150\,000 \times 6 = 2\,000\,000 + 900\,000 = \mathbf{2\,900\,000\ DH}$$

3) Cumul de $u_0$ à $u_6$, soit 7 termes : $$S = 7 \times \frac{u_0 + u_6}{2} = 7 \times \frac{2\,000\,000 + 2\,900\,000}{2} = 7 \times 2\,450\,000 = \mathbf{17\,150\,000\ DH}$$

Partie B

4) Le CA est multiplié par un coefficient constant $1{,}06$ : c'est une suite géométrique de raison $q = 1{,}06$. $$v_n = 2\,000\,000 \times (1{,}06)^n$$

5) $$v_6 = 2\,000\,000 \times (1{,}06)^6 = 2\,000\,000 \times 1{,}418519 \approx \mathbf{2\,837\,038\ DH}$$ En 2032, le concurrent est encore en dessous ($2\,837\,038 < 2\,900\,000$), avec un écart d'environ 63 000 DH.

6) Année de dépassement. On cherche le plus petit $n$ tel que $v_n > u_n$ :

$n$ Année $u_n$ (arithmétique) $v_n$ (géométrique) $v_n > u_n$ ?
6 2032 2 900 000 2 837 038 Non
7 2033 3 050 000 3 007 260 Non
8 2034 3 200 000 3 187 696 Non
9 2035 3 350 000 3 378 958 Oui

Le concurrent dépasse l'entreprise en 2035 ($n = 9$). 📌 La leçon économique de l'exercice : une croissance géométrique (en pourcentage) finit toujours par l'emporter sur une croissance arithmétique (en valeur absolue), même si elle paraît plus faible au départ. C'est exactement le mécanisme des intérêts composés.


CHAPITRE 4 — FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE : LIMITES ET CONTINUITÉ

4.1 Domaine de définition

$$D_f = \{x \in \mathbb{R} \mid f(x) \text{ existe}\}$$

Forme de $f$ Condition
$\dfrac{u(x)}{v(x)}$ $v(x) \neq 0$
$\sqrt{u(x)}$ $u(x) \geq 0$
$\ln\big(u(x)\big)$ $u(x) > 0$

4.2 Limites usuelles

$$\lim_{x \to +\infty} \frac{1}{x} = 0 \qquad \lim_{x \to 0^+} \frac{1}{x} = +\infty \qquad \lim_{x \to +\infty} \ln x = +\infty \qquad \lim_{x \to +\infty} e^x = +\infty$$

Croissances comparées (à connaître par cœur) :

$$\lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x} = 0 \qquad \lim_{x \to +\infty} \frac{e^x}{x^n} = +\infty \qquad \lim_{x \to 0^+} x \ln x = 0$$

📌 En clair : l'exponentielle écrase la puissance, qui écrase le logarithme.

4.3 Les formes indéterminées

$$\frac{0}{0} \qquad \frac{\infty}{\infty} \qquad \infty - \infty \qquad 0 \times \infty \qquad 1^{\infty}$$

Technique de levée Quand l'utiliser
Factoriser par le terme dominant Quotients de polynômes en $\pm\infty$
Factoriser / simplifier $\frac{0}{0}$ avec une racine évidente
Multiplier par l'expression conjuguée Présence de racines carrées
Croissances comparées Mélange $\ln$, puissance, $e^x$

Résultat pratique : pour un quotient de polynômes en $\pm\infty$, la limite est celle du quotient des termes de plus haut degré.

4.4 Continuité

$f$ est continue en $a$ si :

$$\lim_{x \to a} f(x) = f(a)$$

Théorème Énoncé
Opérations Somme, produit, quotient (dénominateur non nul) et composée de fonctions continues sont continues
Valeurs intermédiaires (TVI) Si $f$ est continue sur $[a,b]$ et si $k$ est compris entre $f(a)$ et $f(b)$, alors il existe $c \in [a,b]$ tel que $f(c) = k$
Corollaire (bijection) Si en plus $f$ est strictement monotone, ce $c$ est unique

✏️ EXERCICE 4

  1. Déterminez le domaine de définition de $f(x) = \dfrac{2x - 6}{x^2 - 9}$ et de $g(x) = \ln(x - 2)$.
  2. Calculez : $$\lim_{x \to +\infty} \frac{3x^2 - 5x + 1}{2x^2 + 7} \qquad \lim_{x \to 3} \frac{2x - 6}{x^2 - 9} \qquad \lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^3}$$
  3. Le coût total de production d'une entreprise est $C(q) = 0{,}5q^2 + 20q + 800$ (en DH, $q$ en unités). Déterminez la limite du coût moyen $CM(q) = \dfrac{C(q)}{q}$ quand $q \to +\infty$, puis quand $q \to 0^+$. Interprétez économiquement.

✅ CORRECTION 4

1) Domaines :

  • $f$ : il faut $x^2 - 9 \neq 0$, soit $x \neq 3$ et $x \neq -3$. Donc $D_f = \mathbb{R} \setminus \{-3\,;\,3\}$.
  • $g$ : il faut $x - 2 > 0$, soit $x > 2$. Donc $D_g = \;]2\,;\,+\infty[$.

2) Limites :

(a) Forme $\frac{\infty}{\infty}$. On factorise par le terme de plus haut degré : $$\lim_{x \to +\infty} \frac{3x^2 - 5x + 1}{2x^2 + 7} = \lim_{x \to +\infty} \frac{3x^2}{2x^2} = \frac{3}{2} = \mathbf{1{,}5}$$

(b) Forme $\frac{0}{0}$ en $x=3$. On factorise : $$\frac{2x-6}{x^2-9} = \frac{2(x-3)}{(x-3)(x+3)} = \frac{2}{x+3} \quad (x \neq 3)$$ $$\lim_{x \to 3} \frac{2x-6}{x^2-9} = \frac{2}{6} = \mathbf{\frac{1}{3}}$$

(c) Croissances comparées : $\ln x$ est négligeable devant toute puissance de $x$ : $$\lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^3} = \mathbf{0}$$

3) Coût moyen : $$CM(q) = \frac{0{,}5q^2 + 20q + 800}{q} = 0{,}5q + 20 + \frac{800}{q}$$

Quand $q \to +\infty$ : $$\lim_{q \to +\infty} CM(q) = +\infty$$ Quand $q \to 0^+$ : $$\lim_{q \to 0^+} CM(q) = +\infty \quad (\text{car } \tfrac{800}{q} \to +\infty)$$

Interprétation économique — c'est ce qui est réellement attendu dans la copie :

  • Quand $q \to 0^+$, le coût fixe de 800 DH est réparti sur très peu d'unités : le coût unitaire explose. Produire une seule unité coûte 820,5 DH.
  • Quand $q \to +\infty$, le terme $0{,}5q$ (coût variable croissant) l'emporte : les rendements décroissants font remonter le coût unitaire.
  • Le coût moyen atteint donc un minimum pour une valeur intermédiaire de $q$ : c'est la taille optimale de production, que nous calculerons au chapitre 6.

CHAPITRE 5 — LA DÉRIVATION ET SES APPLICATIONS ÉCONOMIQUES

5.1 Définition et interprétation

$$f'(a) = \lim_{h \to 0} \frac{f(a+h) - f(a)}{h}$$

Lecture Sens
Géométrique $f'(a)$ est le coefficient directeur de la tangente à la courbe au point d'abscisse $a$
Économique $f'(q)$ mesure la variation marginale : l'effet d'une unité supplémentaire

Équation de la tangente au point d'abscisse $a$ : $$y = f'(a)(x - a) + f(a)$$

5.2 Les règles de dérivation

Fonction Dérivée
$k$ (constante) $0$
$x^n$ $n\,x^{n-1}$
$\sqrt{x}$ $\dfrac{1}{2\sqrt{x}}$
$\ln x$ $\dfrac{1}{x}$
$e^x$ $e^x$
$u + v$ $u' + v'$
$k \cdot u$ $k \cdot u'$
$u \cdot v$ $u'v + uv'$
$\dfrac{u}{v}$ $\dfrac{u'v - uv'}{v^2}$
$u^n$ $n\,u'\,u^{n-1}$
$\ln u$ $\dfrac{u'}{u}$
$e^u$ $u'\,e^u$

5.3 Les grandeurs marginales en économie

Grandeur Formule Signification
Coût marginal $Cm(q) = C'(q)$ Coût de la dernière unité produite
Recette marginale $Rm(q) = R'(q)$ Recette de la dernière unité vendue
Profit $\pi(q) = R(q) - C(q)$
Condition d'optimum $\pi'(q) = 0 \Leftrightarrow Rm(q) = Cm(q)$ Le profit est maximal quand recette marginale = coût marginal
Coût moyen $CM(q) = \dfrac{C(q)}{q}$ Coût unitaire
Productivité marginale $Pm_L = \dfrac{\partial Q}{\partial L}$ Production de la dernière unité de travail

📌 Propriété clé : le coût marginal coupe le coût moyen en son minimum. Tant que $Cm < CM$, le coût moyen baisse ; dès que $Cm > CM$, il remonte.

5.4 L'élasticité

$$\boxed{e_{y/x} = \frac{\Delta y / y}{\Delta x / x} = \frac{dy}{dx} \cdot \frac{x}{y}}$$

L'élasticité mesure la variation en % de $y$ provoquée par une variation de 1 % de $x$. C'est une grandeur sans unité, donc comparable entre produits.

Élasticité-prix de la demande Interprétation
$\lvert e \rvert > 1$ Demande élastique (biens de luxe, produits substituables)
$\lvert e \rvert < 1$ Demande inélastique (produits de première nécessité)
$\lvert e \rvert = 1$ Élasticité unitaire

✏️ EXERCICE 5

Une entreprise a pour fonction de coût total $C(q) = 2q^3 - 15q^2 + 60q + 500$ et vend chaque unité au prix unitaire $p = 96$ DH.

  1. Calculez le coût marginal $Cm(q)$ et le coût moyen $CM(q)$.
  2. Écrivez la recette totale $R(q)$ et la fonction de profit $\pi(q)$.
  3. Déterminez la quantité qui maximise le profit et vérifiez qu'il s'agit bien d'un maximum.
  4. Calculez le profit maximal.
  5. La fonction de demande d'un autre produit est $D(p) = 400 - 5p$. Calculez l'élasticité-prix au prix $p = 40$ et interprétez.

✅ CORRECTION 5

1) Coût marginal et coût moyen : $$Cm(q) = C'(q) = 6q^2 - 30q + 60$$ $$CM(q) = \frac{2q^3 - 15q^2 + 60q + 500}{q} = 2q^2 - 15q + 60 + \frac{500}{q}$$

2) Recette et profit : $$R(q) = p \cdot q = 96q$$ $$\pi(q) = R(q) - C(q) = 96q - (2q^3 - 15q^2 + 60q + 500) = -2q^3 + 15q^2 + 36q - 500$$

3) Maximisation. Condition du premier ordre : $\pi'(q) = 0$. $$\pi'(q) = -6q^2 + 30q + 36 = 0 \quad \Longleftrightarrow \quad q^2 - 5q - 6 = 0 \quad (\text{division par } -6)$$ $$\Delta = 25 + 24 = 49 \quad ; \quad \sqrt{\Delta} = 7$$ $$q_1 = \frac{5 - 7}{2} = -1 \quad (\text{rejeté : } q \geq 0) \qquad q_2 = \frac{5 + 7}{2} = \mathbf{6}$$

Condition du second ordre : $$\pi''(q) = -12q + 30 \quad \Rightarrow \quad \pi''(6) = -72 + 30 = -42 < 0$$ $\pi''(6) < 0$ : il s'agit bien d'un maximum. La quantité optimale est $q^* = 6$ unités.

Vérification par la règle économique $Rm = Cm$ : $$Rm(q) = R'(q) = 96 \qquad Cm(6) = 6(36) - 30(6) + 60 = 216 - 180 + 60 = 96 \quad \checkmark$$

4) Profit maximal : $$\pi(6) = -2(216) + 15(36) + 36(6) - 500 = -432 + 540 + 216 - 500 = \mathbf{-176\ DH}$$ ⚠️ Le profit maximal est négatif : l'entreprise minimise en réalité sa perte. C'est un résultat économiquement parfaitement cohérent — les coûts fixes de 500 DH ne sont pas couverts au prix de 96 DH. À court terme, elle peut continuer à produire tant que le prix couvre le coût variable moyen ; à long terme, elle doit fermer ou augmenter son prix. Ne « corrige » jamais un résultat négatif : interprète-le.

5) Élasticité-prix : $$D(p) = 400 - 5p \quad \Rightarrow \quad D'(p) = -5$$ $$D(40) = 400 - 200 = 200$$ $$e = D'(p) \cdot \frac{p}{D(p)} = -5 \times \frac{40}{200} = \mathbf{-1}$$ Interprétation : $\lvert e \rvert = 1$, l'élasticité est unitaire. Une hausse de 1 % du prix entraîne une baisse de 1 % des quantités demandées : la recette totale est à son maximum en ce point (une variation de prix, dans un sens ou dans l'autre, la fera baisser).


CHAPITRE 6 — ÉTUDE DE FONCTIONS ET OPTIMISATION

6.1 Sens de variation

Signe de $f'$ sur un intervalle Variation de $f$
$f'(x) > 0$ $f$ est strictement croissante
$f'(x) < 0$ $f$ est strictement décroissante
$f'(x) = 0$ Point critique (candidat extremum)

6.2 Extremums

Condition Contenu
Premier ordre (nécessaire) $f'(x_0) = 0$
Second ordre (suffisante) $f''(x_0) < 0$ → maximum ; $f''(x_0) > 0$ → minimum
Cas $f''(x_0) = 0$ Indéterminé : étudier le changement de signe de $f'$

⚠️ $f'(x_0)=0$ ne suffit pas : $f(x)=x^3$ vérifie $f'(0)=0$ sans avoir d'extremum en 0 (point d'inflexion).

6.3 Convexité

Signe de $f''$ Forme de la courbe Signification économique
$f'' > 0$ Convexe (tournée vers le haut) Rendements décroissants / coût marginal croissant
$f'' < 0$ Concave (tournée vers le bas) Rendements croissants / utilité marginale décroissante
$f''$ change de signe Point d'inflexion Changement de régime de croissance

6.4 Asymptotes

Type Condition
Verticale $x = a$ $\lim_{x \to a} f(x) = \pm\infty$
Horizontale $y = \ell$ $\lim_{x \to \pm\infty} f(x) = \ell$
Oblique $y = ax+b$ $a = \lim_{x \to \infty} \frac{f(x)}{x}$ et $b = \lim_{x \to \infty} \big(f(x) - ax\big)$

6.5 Le plan type d'une étude de fonction

  1. Domaine de définition ;
  2. Limites aux bornes du domaine et asymptotes ;
  3. Dérivée et signe de la dérivée ;
  4. Tableau de variation ;
  5. Points particuliers (extremums, intersections avec les axes) ;
  6. Courbe et interprétation économique.

✏️ EXERCICE 6

Reprenons le coût total $C(q) = 0{,}5q^2 + 20q + 800$ du chapitre 4, avec $q > 0$.

  1. Déterminez le coût moyen $CM(q)$ puis sa dérivée.
  2. Calculez la quantité $q^*$ qui minimise le coût moyen (= taille optimale de production).
  3. Vérifiez qu'il s'agit d'un minimum et calculez $CM(q^*)$.
  4. Vérifiez la propriété $Cm(q^*) = CM(q^*)$.
  5. Dressez le tableau de variation de $CM$ sur $]0\,;\,+\infty[$.

✅ CORRECTION 6

1) Coût moyen et sa dérivée : $$CM(q) = \frac{0{,}5q^2 + 20q + 800}{q} = 0{,}5q + 20 + \frac{800}{q}$$ $$CM'(q) = 0{,}5 - \frac{800}{q^2}$$

2) Minimisation : $$CM'(q) = 0 \quad \Longleftrightarrow \quad 0{,}5 = \frac{800}{q^2} \quad \Longleftrightarrow \quad q^2 = \frac{800}{0{,}5} = 1600$$ $$q^* = \sqrt{1600} = \mathbf{40} \text{ unités} \quad (q>0)$$

3) Nature du point critique : $$CM''(q) = \frac{1600}{q^3} \quad \Rightarrow \quad CM''(40) = \frac{1600}{64\,000} = 0{,}025 > 0$$ $CM'' > 0$ : c'est bien un minimum. $$CM(40) = 0{,}5(40) + 20 + \frac{800}{40} = 20 + 20 + 20 = \mathbf{60\ DH/unité}$$

4) Vérification $Cm(q^*) = CM(q^*)$ : $$Cm(q) = C'(q) = q + 20 \quad \Rightarrow \quad Cm(40) = 40 + 20 = \mathbf{60} \quad \checkmark$$ La propriété est vérifiée : le coût marginal coupe le coût moyen exactement en son minimum. C'est un résultat que tu réutiliseras en Microéconomie et en Comptabilité analytique.

5) Tableau de variation de $CM$ :

$q$ $0^+$ $40$ $+\infty$
$CM'(q)$ $-$ $0$ $+$
$CM(q)$ $+\infty$ 60 $+\infty$

Interprétation : en dessous de 40 unités, l'entreprise subit le poids des charges fixes (économies d'échelle non réalisées) ; au-delà, les rendements décroissants font remonter le coût unitaire. La capacité optimale est donc de 40 unités, pour un coût unitaire de 60 DH.


CHAPITRE 7 — MATRICES ET CALCUL MATRICIEL

7.1 Définitions

Une matrice $A$ de dimension $m \times n$ est un tableau de $m$ lignes et $n$ colonnes, noté $A = (a_{ij})$.

Matrice particulière Définition
Carrée $m = n$
Identité $I_n$ Diagonale de 1, zéros ailleurs
Nulle Tous les coefficients sont nuls
Diagonale $a_{ij} = 0$ pour $i \neq j$
Triangulaire supérieure $a_{ij} = 0$ pour $i > j$
Transposée $A^T$ On échange lignes et colonnes
Symétrique $A^T = A$

7.2 Opérations

Opération Condition Règle
Addition $A + B$ Mêmes dimensions Terme à terme
Multiplication par un scalaire $\lambda A$ Chaque coefficient multiplié par $\lambda$
Produit $A \times B$ Colonnes de $A$ = lignes de $B$ $c_{ij} = \sum_k a_{ik}\,b_{kj}$ : ligne $i$ × colonne $j$

⚠️ Le produit matriciel n'est pas commutatif : en général $AB \neq BA$. Et $AB = 0$ n'implique pas $A=0$ ou $B=0$.

Dimensions : $(m \times n) \times (n \times p) = (m \times p)$.

7.3 Déterminant

Matrice $2 \times 2$ : $$A = \begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} \quad \Rightarrow \quad \det(A) = ad - bc$$

Matrice $3 \times 3$ — développement suivant la première ligne : $$\det(A) = a_{11}\,\Delta_{11} - a_{12}\,\Delta_{12} + a_{13}\,\Delta_{13}$$ où $\Delta_{1j}$ est le déterminant $2 \times 2$ obtenu en supprimant la ligne 1 et la colonne $j$. ⚠️ Attention à l'alternance des signes $+\;-\;+$.

Propriété Énoncé
$\det(A^T) = \det(A)$ La transposition ne change rien
$\det(AB) = \det(A)\det(B)$ Multiplicativité
Deux lignes identiques ou proportionnelles $\det(A) = 0$
Une ligne (ou colonne) nulle $\det(A) = 0$

7.4 Matrice inverse

$A$ est inversible (régulière) si et seulement si $\det(A) \neq 0$. Alors :

$$A^{-1} = \frac{1}{\det(A)} \cdot \text{com}(A)^T \qquad \text{avec} \qquad A A^{-1} = A^{-1} A = I_n$$

Cas $2 \times 2$ — formule à retenir absolument : $$A = \begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} \quad \Rightarrow \quad A^{-1} = \frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix}$$

📌 Mnémotechnique : on échange $a$ et $d$, on change le signe de $b$ et $c$, on divise par le déterminant.

7.5 Le rang

Le rang d'une matrice est le nombre maximal de lignes (ou de colonnes) linéairement indépendantes. Une matrice carrée d'ordre $n$ est inversible $\Longleftrightarrow$ son rang vaut $n$ $\Longleftrightarrow$ $\det(A) \neq 0$.


✏️ EXERCICE 7

Soient : $$A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 3 & 4 \end{pmatrix} \qquad B = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ -2 & 5 \end{pmatrix} \qquad C = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 \\ 3 & -1 & 2 \\ 0 & 4 & 1 \end{pmatrix}$$

  1. Calculez $A + B$, $3A$ et $A \times B$.
  2. Le produit $B \times A$ est-il égal à $A \times B$ ? Concluez.
  3. Calculez $\det(A)$ puis $A^{-1}$, et vérifiez que $A \times A^{-1} = I_2$.
  4. Calculez $\det(C)$ par développement suivant la première ligne. $C$ est-elle inversible ?

✅ CORRECTION 7

1) Opérations : $$A + B = \begin{pmatrix} 2+1 & 1+0 \\ 3-2 & 4+5 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3 & 1 \\ 1 & 9 \end{pmatrix} \qquad 3A = \begin{pmatrix} 6 & 3 \\ 9 & 12 \end{pmatrix}$$

$$A \times B = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 3 & 4 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ -2 & 5 \end{pmatrix}$$

  • $c_{11} = 2(1) + 1(-2) = 0$ ; $c_{12} = 2(0) + 1(5) = 5$
  • $c_{21} = 3(1) + 4(-2) = -5$ ; $c_{22} = 3(0) + 4(5) = 20$ $$A \times B = \begin{pmatrix} 0 & 5 \\ -5 & 20 \end{pmatrix}$$

2) Produit dans l'autre sens :

  • $c_{11} = 1(2) + 0(3) = 2$ ; $c_{12} = 1(1) + 0(4) = 1$
  • $c_{21} = -2(2) + 5(3) = 11$ ; $c_{22} = -2(1) + 5(4) = 18$ $$B \times A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 11 & 18 \end{pmatrix} \neq A \times B$$ Conclusion : le produit matriciel n'est pas commutatif.

3) Inverse de $A$ : $$\det(A) = 2 \times 4 - 1 \times 3 = 8 - 3 = 5 \neq 0 \quad \Rightarrow \quad A \text{ est inversible}$$ $$A^{-1} = \frac{1}{5}\begin{pmatrix} 4 & -1 \\ -3 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0{,}8 & -0{,}2 \\ -0{,}6 & 0{,}4 \end{pmatrix}$$ Vérification : $$A \times A^{-1} = \frac{1}{5}\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 3 & 4 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 4 & -1 \\ -3 & 2 \end{pmatrix} = \frac{1}{5}\begin{pmatrix} 8-3 & -2+2 \\ 12-12 & -3+8 \end{pmatrix} = \frac{1}{5}\begin{pmatrix} 5 & 0 \\ 0 & 5 \end{pmatrix} = I_2 \quad \checkmark$$

4) Déterminant de $C$ : $$\det(C) = 1 \times \begin{vmatrix} -1 & 2 \\ 4 & 1 \end{vmatrix} - 2 \times \begin{vmatrix} 3 & 2 \\ 0 & 1 \end{vmatrix} + 0 \times \begin{vmatrix} 3 & -1 \\ 0 & 4 \end{vmatrix}$$ $$= 1\big((-1)(1) - (2)(4)\big) - 2\big((3)(1) - (2)(0)\big) + 0$$ $$= 1(-1 - 8) - 2(3) = -9 - 6 = \mathbf{-15}$$ $\det(C) = -15 \neq 0$ : $C$ est inversible, son rang vaut 3.


CHAPITRE 8 — LES SYSTÈMES D'ÉQUATIONS LINÉAIRES

8.1 Écriture matricielle

Un système de $n$ équations à $n$ inconnues s'écrit :

$$A \cdot X = B \qquad \text{avec } A \text{ la matrice des coefficients, } X \text{ le vecteur des inconnues, } B \text{ le second membre}$$

Si $A$ est inversible, la solution est unique :

$$\boxed{X = A^{-1} B}$$

8.2 La méthode de Cramer

Si $\det(A) \neq 0$, le système admet une solution unique donnée par :

$$x_i = \frac{\det(A_i)}{\det(A)}$$

où $A_i$ est la matrice $A$ dans laquelle la colonne $i$ a été remplacée par $B$.

8.3 La méthode du pivot de Gauss

On transforme le système en un système triangulaire équivalent par des opérations élémentaires sur les lignes :

Opération autorisée Notation
Échanger deux lignes $L_i \leftrightarrow L_j$
Multiplier une ligne par $\lambda \neq 0$ $L_i \leftarrow \lambda L_i$
Ajouter à une ligne un multiple d'une autre $L_i \leftarrow L_i + \lambda L_j$

Puis on résout par remontée (de la dernière équation vers la première).

8.4 Discussion : nombre de solutions

Cas Nombre de solutions
$\det(A) \neq 0$ (système de Cramer) Une solution unique
$\det(A) = 0$ et système compatible Une infinité de solutions
$\det(A) = 0$ et système incompatible Aucune solution

✏️ EXERCICE 8

Une entreprise agroalimentaire de Meknès fabrique trois types de jus : A, B et C. Chaque lot consomme des quantités connues de trois ressources, et l'entreprise dispose de stocks à écouler intégralement :

Ressource Lot A Lot B Lot C Stock disponible
Fruits (kg) 2 1 3 1 900
Sucre (kg) 1 2 1 1 300
Emballages (u) 1 1 1 900

On note $x$, $y$, $z$ les nombres de lots de A, B et C à produire.

  1. Écrivez le système d'équations correspondant, puis sa forme matricielle $AX = B$.
  2. Calculez $\det(A)$. Que pouvez-vous en conclure ?
  3. Résolvez le système par la méthode de Gauss.
  4. Vérifiez votre solution, puis interprétez le résultat.

✅ CORRECTION 8

1) Mise en équation : $$\begin{cases} 2x + y + 3z = 1900 \\ x + 2y + z = 1300 \\ x + y + z = 900 \end{cases} \qquad A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 3 \\ 1 & 2 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix},\; X = \begin{pmatrix} x \\ y \\ z \end{pmatrix},\; B = \begin{pmatrix} 1900 \\ 1300 \\ 900 \end{pmatrix}$$

2) Déterminant : $$\det(A) = 2\begin{vmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 1 \end{vmatrix} - 1\begin{vmatrix} 1 & 1 \\ 1 & 1 \end{vmatrix} + 3\begin{vmatrix} 1 & 2 \\ 1 & 1 \end{vmatrix}$$ $$= 2(2-1) - 1(1-1) + 3(1-2) = 2 - 0 - 3 = \mathbf{-1}$$ $\det(A) = -1 \neq 0$ : le système est un système de Cramer, il admet une solution unique.

3) Résolution par Gauss. On prend $L_3$ comme ligne pivot (coefficients tous égaux à 1, plus simple) :

$$L_1 \leftarrow L_1 - 2L_3 : \quad (2-2)x + (1-2)y + (3-2)z = 1900 - 1800 \;\Rightarrow\; -y + z = 100$$ $$L_2 \leftarrow L_2 - L_3 : \quad (1-1)x + (2-1)y + (1-1)z = 1300 - 900 \;\Rightarrow\; y = 400$$

De $L_2$ : $\;\mathbf{y = 400}$. En reportant dans $-y + z = 100$ : $\; z = 100 + 400 = \mathbf{500}$. En reportant dans $L_3$ : $\; x + 400 + 500 = 900 \Rightarrow \mathbf{x = 0}$.

$$\boxed{x = 0 \quad ; \quad y = 400 \quad ; \quad z = 500}$$

4) Vérification :

Équation Calcul Résultat Stock
Fruits $2(0) + 400 + 3(500)$ 1 900 1 900 ✓
Sucre $0 + 2(400) + 500$ 1 300 1 300 ✓
Emballages $0 + 400 + 500$ 900 900 ✓

Interprétation : pour écouler exactement ses trois stocks, l'entreprise doit produire 400 lots de B et 500 lots de C, et aucun lot de A. Le résultat $x = 0$ n'est pas une erreur : il signifie que, compte tenu des proportions de ressources disponibles, le produit A ne peut pas entrer dans la combinaison qui épuise simultanément les trois stocks. ⚠️ En examen, toujours vérifier la solution en la réinjectant dans le système : c'est rapide et cela sécurise plusieurs points.


🧾 FORMULAIRE FINAL — TOUTES LES FORMULES

Logique

$$\neg(\forall x, P(x)) \equiv \exists x, \neg P(x) \qquad \neg(\exists x, P(x)) \equiv \forall x, \neg P(x)$$ $$(P \Rightarrow Q) \equiv (\neg Q \Rightarrow \neg P) \qquad \text{Récurrence} = \text{Initialisation} + \text{Hérédité}$$

Ensembles

$$\text{card}(A \cup B) = \text{card}(A) + \text{card}(B) - \text{card}(A \cap B) \qquad \text{card}(\mathcal{P}(E)) = 2^{\text{card}(E)}$$

Suites

Arithmétique Géométrique
Relation $u_{n+1} = u_n + r$ $u_{n+1} = q\,u_n$
Terme général $u_n = u_0 + nr$ $u_n = u_0\,q^n$
Somme $(n+1)\dfrac{u_0+u_n}{2}$ $u_0\dfrac{1-q^{n+1}}{1-q}$

Limites et croissances comparées

$$\lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^n} = 0 \qquad \lim_{x \to +\infty} \frac{e^x}{x^n} = +\infty \qquad \lim_{x \to 0^+} x\ln x = 0$$

Dérivation

$$(uv)' = u'v + uv' \qquad \left(\frac{u}{v}\right)' = \frac{u'v-uv'}{v^2} \qquad (u^n)' = n u' u^{n-1} \qquad (\ln u)' = \frac{u'}{u} \qquad (e^u)' = u'e^u$$

Optimisation économique

$$\pi(q) = R(q) - C(q) \qquad \pi'(q)=0 \Leftrightarrow Rm(q) = Cm(q) \qquad \pi''(q) < 0 \text{ (maximum)}$$ $$CM(q) = \frac{C(q)}{q} \qquad CM'(q) = 0 \Leftrightarrow Cm(q) = CM(q) \qquad e_{y/x} = \frac{dy}{dx}\cdot\frac{x}{y}$$

Matrices

$$\det\begin{pmatrix} a & b \\ c & d\end{pmatrix} = ad-bc \qquad \begin{pmatrix} a & b \\ c & d\end{pmatrix}^{-1} = \frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a\end{pmatrix}$$ $$AX = B \;\Rightarrow\; X = A^{-1}B \qquad x_i = \frac{\det(A_i)}{\det(A)} \text{ (Cramer)}$$


📝 CONSEILS POUR L'EXAMEN

  1. Les points faciles d'abord. Dérivées, déterminants $2\times2$, suites arithmétiques et géométriques : ce sont des questions où la note est garantie si le calcul est propre. Traite-les avant les questions longues d'optimisation.
  2. Toujours justifier la nature d'un extremum. Trouver $f'(x)=0$ ne rapporte que la moitié des points : il faut écrire la condition du second ordre ($f''<0$ → maximum) ou dresser le tableau de signes.
  3. Rejette les solutions économiquement impossibles, mais dis-le explicitement : « $q = -1$ est rejetée car une quantité est positive ». Le correcteur cherche cette phrase.
  4. Interprète toujours le résultat. En FSJES, les mathématiques sont un outil de gestion : un $q^*=6$ sans phrase d'interprétation vaut moins qu'un $q^*=6$ suivi de « soit 6 unités pour un profit maximal ».
  5. Vérifie les dimensions avant tout produit matriciel : $(2\times3)\times(3\times2)$ est possible, $(2\times3)\times(2\times3)$ ne l'est pas. Et n'écris jamais $AB = BA$.
  6. Soigne les tableaux de variation : ils rapportent des points à eux seuls (domaine, signe de la dérivée, flèches, valeurs aux bornes) même si la question suivante est ratée.
  7. Entraîne-toi au calcul sans calculatrice : beaucoup de facultés l'interdisent. Les énoncés sont alors construits avec des nombres « ronds » — si ton résultat est un nombre à cinq décimales, c'est souvent le signe d'une erreur de calcul en amont.
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