L'organisation et le management : notions de base
🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :
- définir une organisation et distinguer les trois sens du mot ;
- opposer organisation formelle et organisation informelle ;
- classer les organisations selon plusieurs critères, dont la typologie d'Etzioni ;
- définir le management et ses quatre fonctions ;
- situer les trois niveaux de management et le rôle de chacun ;
- mesurer la performance par l'efficacité, l'efficience et la pertinence ;
- expliquer ce que le management public a de particulier.
1.1 Qu'est-ce qu'une organisation ?
Le mot organisation a trois sens qu'il faut savoir distinguer dans une copie :
- l'organisation-entité : un groupe humain structuré (une entreprise, un hôpital, une université, une coopérative) ;
- l'organisation-action : le fait d'organiser, c'est-à-dire répartir les tâches et coordonner le travail (« l'organisation du service a été revue ») ;
- l'organisation-état : le résultat de cette action, la manière dont l'entité est agencée à un moment donné (sa structure, ses règles).
La définition la plus citée est celle de Chester Barnard, dirigeant d'une compagnie de téléphone américaine et auteur de The Functions of the Executive (1938).
Définition — Organisation (Barnard, 1938) : système d'activités ou de forces, consciemment coordonnées, de deux personnes ou plus.
Pour Barnard, une organisation n'existe que si trois éléments sont réunis : des personnes capables de communiquer entre elles, qui ont la volonté de coopérer et qui partagent un but commun. Il en tire une idée forte pour le manager : l'autorité ne se décrète pas, elle dépend de l'acceptation des ordres par ceux qui les reçoivent. Un ordre incompréhensible, contraire au but de l'organisation ou aux intérêts du salarié ne sera pas exécuté, quelle que soit la position de celui qui le donne.
Une organisation se distingue donc d'une simple foule par la coordination et la permanence, et d'une institution au sens large (la famille, le mariage, la langue) par l'existence d'objectifs explicites et de règles de fonctionnement propres.
1.2 Organisation formelle et organisation informelle
Toute organisation fonctionne sur deux plans qui coexistent.
| Organisation formelle | Organisation informelle | |
|---|---|---|
| Nature | Structure officielle voulue par la direction | Réseau spontané de relations entre les membres |
| Supports | Organigramme, fiches de poste, règlement intérieur, procédures | Affinités, amitiés, rumeurs, normes du groupe |
| Autorité | Hiérarchique, attachée au poste | Leader informel reconnu par ses pairs |
| Communication | Notes de service, réunions, circuits officiels | « Radio couloir », échanges personnels |
| Évolution | Modifiée par décision | Évolue lentement, souvent sans être vue |
L'organisation informelle n'est pas un défaut à supprimer. Elle compense les lacunes des procédures (un salarié expérimenté explique « comment on fait vraiment »), transmet vite l'information et soude les équipes. Elle peut aussi freiner les changements quand le groupe fixe ses propres normes de production. Le manager efficace la connaît et s'appuie sur elle : c'est la grande leçon de l'école des relations humaines (chapitre 3).
1.3 Classer les organisations
| Critère | Catégories | Exemples au Maroc |
|---|---|---|
| Finalité | Marchande (profit) / non marchande (service, intérêt général, intérêt des membres) | Une société de distribution / une association de soutien scolaire |
| Propriété | Privée, publique, mixte, économie sociale et solidaire | Une PME familiale ; l'ONCF ; une coopérative d'argan |
| Taille | TPE, PME, grande entreprise, groupe | Un atelier de menuiserie à Fès ; un groupe bancaire |
| Secteur | Primaire, secondaire, tertiaire | Une exploitation agrumicole du Souss ; une usine automobile à Tanger ; un centre d'appels à Rabat |
| Champ d'action | Local, national, multinational | Une coopérative de village ; une filiale d'un groupe étranger |
Le sociologue Amitai Etzioni (1961) propose une typologie plus fine, fondée sur la manière dont l'organisation obtient l'obéissance de ses membres :
| Type (Etzioni) | Moyen de contrôle dominant | Engagement des membres | Exemples |
|---|---|---|---|
| Coercitive | Contrainte, force | Aliénant (on y reste parce qu'on y est obligé) | Prison, service militaire obligatoire |
| Utilitaire | Rémunération matérielle | Calculateur (on échange du travail contre un salaire) | Entreprise, cabinet de services |
| Normative | Adhésion à des valeurs | Moral (on croit à la mission) | Association humanitaire, parti politique, communauté religieuse |
Cette grille est utile pour comprendre pourquoi les outils de management ne s'appliquent pas partout de la même façon : on ne dirige pas des bénévoles comme des salariés.
1.4 Le management : définitions et fonctions
Définition — Management : ensemble des activités par lesquelles une ou plusieurs personnes fixent des objectifs à une organisation, y affectent des ressources et font agir d'autres personnes pour les atteindre.
Le management consiste donc surtout à faire faire : le manager obtient des résultats par le travail des autres. Henri Fayol (1916) décrivait l'« administration » par cinq verbes (prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler). Les manuels actuels les regroupent en quatre fonctions, souvent notées PODC :
| Fonction | Question à laquelle elle répond | Outils typiques | Chapitre |
|---|---|---|---|
| Planifier | Où allons-nous et comment ? | Objectifs, plans, budgets | 7 |
| Organiser | Qui fait quoi, avec quels moyens et quelle coordination ? | Organigramme, procédures, délégation | 8 |
| Diriger (animer) | Comment mobiliser les personnes ? | Leadership, motivation, communication | 9 |
| Contrôler | Avons-nous atteint les objectifs ? | Indicateurs, tableaux de bord, audits | 10 |
Ces fonctions forment un cycle : le contrôle révèle des écarts, qui conduisent à réviser les plans. Le management est à la fois une science (il s'appuie sur des théories et des outils), un art (il demande du jugement et de l'intuition) et une pratique : Peter Drucker (The Practice of Management, 1954) insistait sur le fait qu'il se juge aux résultats obtenus.
1.5 Les niveaux de management
Dans une organisation de taille moyenne ou grande, le travail de management se répartit sur trois niveaux.
| Niveau | Qui ? | Horizon | Décisions | Exemple dans une banque marocaine |
|---|---|---|---|---|
| Stratégique (direction générale) | Président, directeur général, comité de direction | Long terme (3 à 5 ans) | Orientations, alliances, grands investissements | Décider d'ouvrir des filiales en Afrique de l'Ouest |
| Intermédiaire (tactique) | Directeurs régionaux, chefs de département | Moyen terme (1 an) | Traduire la stratégie en programmes et budgets | Répartir les objectifs de crédit entre les agences de la région de l'Oriental |
| Opérationnel (de proximité) | Chefs d'agence, chefs d'équipe | Court terme (jour, semaine) | Organiser le travail quotidien | Planifier les horaires des guichetiers d'une agence d'Oujda |
Plus on monte, plus les décisions sont rares, lourdes de conséquences et peu structurées ; plus on descend, plus elles sont fréquentes, répétitives et encadrées par des procédures. Les managers intermédiaires jouent un rôle de courroie de transmission : ils traduisent la stratégie vers le bas et font remonter l'information du terrain. Les démarches de réduction des niveaux hiérarchiques (« aplatissement » des structures) les ont souvent fragilisés, alors qu'ils sont décisifs dans la réussite d'un changement.
1.6 Mesurer la performance : efficacité, efficience, pertinence
Le management vise la performance, notion que l'on décompose avec le « triangle » objectifs, moyens, résultats (Patrick Gibert, 1980).
| Notion | Relation | Question posée |
|---|---|---|
| Efficacité | Résultats / Objectifs | Avons-nous atteint ce que nous voulions ? |
| Efficience | Résultats / Moyens | Avons-nous bien utilisé les ressources ? |
| Pertinence | Moyens / Objectifs | Les moyens étaient-ils adaptés à l'objectif ? |
Exemple : une commune de Settat veut vacciner 4 000 enfants avec un budget de 200 000 DH. Elle en vaccine 3 600 pour 198 000 DH. L'efficacité est de 3 600 / 4 000 = 90 %. Le coût réel par enfant est de 198 000 / 3 600 = 55 DH contre 50 DH prévus : l'efficience s'est dégradée. Une organisation peut donc être efficace sans être efficiente (atteindre l'objectif en gaspillant), ou efficiente sans être efficace (dépenser peu mais rater l'objectif). La pertinence interroge le choix des moyens : fallait-il une campagne itinérante plutôt qu'un centre fixe ?
1.7 Le management public
Les administrations et établissements publics sont aussi des organisations qui doivent être gérées. Le management public adapte les outils de gestion à des organisations dont la finalité est l'intérêt général. Trois différences avec l'entreprise :
- la performance ne se résume pas au profit : elle se mesure par la qualité du service, l'égalité d'accès et le coût pour le contribuable ;
- la légalité encadre les décisions (règles budgétaires, marchés publics, statut de la fonction publique) ;
- les parties prenantes sont nombreuses : usagers, élus, tutelle, syndicats, citoyens.
Au Maroc, la Constitution de 2011 (articles 154 à 160) soumet les services publics à des normes de qualité, de transparence, de reddition des comptes et de responsabilité. La loi 55-19 sur la simplification des procédures et formalités administratives (2020) illustre la volonté de rendre l'administration plus efficiente pour l'usager. Ce mouvement s'inscrit dans le nouveau management public : contrats d'objectifs, indicateurs de résultats, évaluation des politiques publiques.
1.8 Méthode : distinguer des notions voisines
Les sujets d'examen demandent souvent de « distinguer » ou de « comparer » deux notions (organisation formelle et informelle, efficacité et efficience, gestion et management). Démarche en quatre temps :
- Définir chaque notion avec précision, si possible avec un auteur.
- Présenter un tableau comparatif avec trois ou quatre critères (nature, supports, finalité, exemple).
- Montrer le lien entre les deux notions : elles sont souvent complémentaires plutôt qu'opposées.
- Illustrer par un exemple concret, chiffré si possible.
⚠️ Les pièges à éviter
- Réduire l'organisation à l'entreprise : une commune, une coopérative ou une association sont des organisations.
- Confondre les trois sens du mot « organisation » (entité, action, état) dans une même phrase.
- Présenter l'organisation informelle comme un simple dysfonctionnement.
- Inverser efficacité (résultats / objectifs) et efficience (résultats / moyens).
- Oublier que l'autorité, chez Barnard, repose sur l'acceptation des subordonnés.
- Attribuer les quatre fonctions PODC à Fayol mot pour mot : Fayol en citait cinq (POCCC).
Exercice 1 — La coopérative Tafoukt, Essaouira
La coopérative féminine Tafoukt produit de l'huile d'argan près d'Essaouira. Elle compte 45 adhérentes, une assemblée générale, un conseil d'administration élu et une présidente. Une gérante salariée organise le travail quotidien ; deux cheffes d'atelier encadrent le concassage et le pressage. Depuis deux ans, les adhérentes les plus anciennes se réunissent chaque vendredi chez l'une d'elles : c'est là que se décident, en pratique, les horaires de travail et le partage des commandes urgentes. Mme Itto, l'une d'elles, n'a aucun poste officiel mais tout le monde la consulte avant de changer de méthode.
Pour l'année écoulée, l'objectif était de produire 12 000 litres d'huile pour un budget de 1 440 000 DH. La coopérative a produit 10 800 litres et dépensé 1 350 000 DH.
- Montrez que Tafoukt est une organisation au sens de Barnard, puis classez-la selon la typologie d'Etzioni.
- Identifiez les éléments d'organisation formelle et d'organisation informelle.
- Repérez les trois niveaux de management dans la coopérative.
- Calculez l'efficacité et le coût par litre prévu et réel. Commentez l'efficience.
- Quel conseil donneriez-vous à la présidente au sujet des réunions du vendredi ?
Voir le corrigé
1) Les trois éléments de Barnard sont réunis : les adhérentes communiquent (assemblée, ateliers, réunions), elles ont la volonté de coopérer (adhésion libre à la coopérative) et un but commun (produire et vendre l'huile d'argan pour améliorer leurs revenus). Les activités sont consciemment coordonnées par la gérante et les cheffes d'atelier. Selon Etzioni, la coopérative combine un contrôle utilitaire (revenu tiré de la production) et normatif (valeurs de solidarité et d'autonomie des femmes). Le second est souvent décisif dans l'engagement des membres.
2)
| Organisation formelle | Organisation informelle |
|---|---|
| Assemblée générale, conseil d'administration, présidente | Réunion hebdomadaire des anciennes adhérentes |
| Gérante salariée, cheffes d'atelier | Mme Itto, leader informelle consultée par toutes |
| Statuts de la coopérative, répartition des ateliers | Décisions de fait sur les horaires et les commandes urgentes |
3) Niveau stratégique : assemblée générale, conseil d'administration et présidente (orientations, investissements, prix). Niveau intermédiaire : la gérante (budget annuel, planification de la production). Niveau opérationnel : les cheffes d'atelier (organisation quotidienne du concassage et du pressage).
4) Efficacité $= \dfrac{10\,800}{12\,000} = 90\,\%$ : l'objectif n'est pas atteint.
Coût prévu par litre $= \dfrac{1\,440\,000}{12\,000} = 120$ DH ; coût réel $= \dfrac{1\,350\,000}{10\,800} = 125$ DH.
Le coût par litre a augmenté de $\dfrac{125 - 120}{120} \approx 4{,}2\,\%$. La coopérative a dépensé moins que prévu en valeur absolue, mais elle a moins bien utilisé ses ressources : l'efficience s'est dégradée. Il faut chercher la cause (rendement des noix plus faible, heures perdues, pannes de la presse).
5) Il ne faut ni interdire ni ignorer ces réunions. La présidente a intérêt à reconnaître le rôle de Mme Itto (par exemple en l'associant à la formation des nouvelles adhérentes) et à officialiser une partie des décisions prises le vendredi, afin que les horaires et le partage des commandes soient connus de toutes. L'organisation informelle devient alors un appui pour la coordination plutôt qu'un circuit parallèle.
Exercice 2 — Un centre de formation à Kénitra
Un centre de formation professionnelle s'était fixé l'objectif de former 300 stagiaires avec un budget de 900 000 DH. Il en a formé 330 et a dépensé 1 056 000 DH. Six mois après la formation, 198 stagiaires ont trouvé un emploi.
- Calculez l'efficacité du centre et le coût par stagiaire prévu et réel.
- Le centre est-il efficace ? efficient ? Justifiez.
- Calculez le taux d'insertion. Quel indicateur un ministère de tutelle devrait-il privilégier ?
Voir le corrigé
- Efficacité $= \dfrac{330}{300} = 110\,\%$. Coût prévu $= \dfrac{900\,000}{300} = 3\,000$ DH ; coût réel $= \dfrac{1\,056\,000}{330} = 3\,200$ DH.
- Le centre est efficace (objectif dépassé) mais moins efficient que prévu : chaque stagiaire coûte 200 DH de plus, soit $+6{,}7\,\%$.
- Taux d'insertion $= \dfrac{198}{330} = 60\,\%$. Le nombre de stagiaires formés mesure une activité ; l'insertion mesure le résultat réellement attendu par la collectivité. Un management public orienté résultats suivra les deux, mais jugera surtout l'insertion et le coût par stagiaire inséré ($\dfrac{1\,056\,000}{198} \approx 5\,333$ DH).
Exercice 3 — À quel niveau de management ?
Dans le groupe de distribution Hypermarchés Atlas, classez chaque décision au niveau stratégique, intermédiaire ou opérationnel : a) ouvrir cinq magasins de proximité à Agadir et Marrakech ; b) fixer le budget publicitaire de la région Nord pour l'année ; c) répartir les caissières entre les caisses le samedi matin ; d) nouer un partenariat avec un groupe logistique étranger ; e) choisir les promotions du mois pour le rayon frais d'un magasin ; f) définir les objectifs de chiffre d'affaires de chaque directeur de magasin.
Voir le corrigé
- Stratégique : a) (nouveau format et implantation, engagement de long terme) et d) (alliance qui engage le groupe).
- Intermédiaire : b) et f) (traduction de la stratégie en budgets et objectifs annuels par région ou par magasin).
- Opérationnel : c) et e) (décisions quotidiennes ou mensuelles, répétitives, prises au plus près du terrain).
Critères utilisés : horizon de temps, montant engagé, caractère réversible et fréquence de la décision.
L'essentiel — Organisation et management
- Trois sens du mot organisation : entité (groupe structuré), action (organiser), état (agencement obtenu).
- Barnard (1938) : système d'activités consciemment coordonnées de deux personnes ou plus ; il faut communication, volonté de coopérer et but commun ; l'autorité repose sur l'acceptation des subordonnés.
- Organisation formelle (organigramme, procédures, autorité du poste) et informelle (affinités, normes du groupe, leader informel) coexistent ; l'informel peut aider ou freiner.
- Etzioni (1961) : organisations coercitives (engagement aliénant), utilitaires (calculateur), normatives (moral).
- Management : fixer des objectifs, affecter des ressources et faire agir les autres ; quatre fonctions PODC (planifier, organiser, diriger, contrôler), héritées du POCCC de Fayol.
- Trois niveaux : stratégique (long terme), intermédiaire (programmes et budgets), opérationnel (quotidien).
- Performance : efficacité $= \dfrac{\text{résultats}}{\text{objectifs}}$, efficience $= \dfrac{\text{résultats}}{\text{moyens}}$, pertinence $= \dfrac{\text{moyens}}{\text{objectifs}}$ (triangle de Gibert).
- Management public : intérêt général, légalité, multiples parties prenantes ; Constitution 2011 (art. 154 à 160), loi 55-19 sur la simplification des procédures.
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