Chapitre 7 · Semestre 3 · Partie 2

La planification et la direction par objectifs

Management des Organisations — Les fonctions du management

🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • définir la planification, ses intérêts et ses limites ;
  • passer de la mission aux objectifs SMART ;
  • classer les plans selon leur horizon et leur usage ;
  • distinguer les décisions stratégiques, administratives et opérationnelles d'Ansoff ;
  • présenter l'école néoclassique et la direction par objectifs (DPO) ;
  • appliquer les critères de décision en avenir incertain et en avenir probabilisable.

7.1 Planifier : définition, intérêts, limites

Définition — Planification : processus par lequel une organisation fixe ses objectifs, choisit les moyens de les atteindre et programme dans le temps les actions à réaliser.

La planification est la première fonction du management, car les trois autres en dépendent : on organise, on dirige et on contrôle en fonction des objectifs fixés. Elle présente quatre intérêts :

  1. anticiper : réfléchir à l'avenir avant d'y être contraint ;
  2. coordonner : donner à tous les services un cadre commun ;
  3. mobiliser : un objectif clair donne un sens à l'effort ;
  4. contrôler : sans objectif, impossible de mesurer un écart.

Elle a aussi des limites. Henry Mintzberg (The Rise and Fall of Strategic Planning, 1994) dénonce trois illusions de la planification stratégique formelle : croire que l'on peut prévoir l'avenir avec précision, qu'on peut élaborer la stratégie à l'écart du terrain (par des planificateurs coupés des opérations) et que la formalisation peut remplacer l'intuition. Dans un environnement très instable, un plan trop détaillé devient vite obsolète : on préfère alors des plans glissants, révisés chaque année, et des scénarios.

7.2 De la mission aux objectifs SMART

La planification descend du plus général au plus précis :

Niveau Contenu Exemple pour une chaîne de pharmacies parapharmaceutiques
Vision Ce que l'organisation veut devenir « Être la référence du bien-être accessible au Maroc »
Mission Sa raison d'être, ce qu'elle fait et pour qui « Proposer des produits de santé et de beauté de qualité, avec conseil, dans toutes les villes moyennes »
Valeurs Les principes qui guident les comportements Conseil honnête, proximité, respect du client
Objectifs stratégiques Résultats à long terme Ouvrir 40 points de vente en cinq ans
Objectifs opérationnels Résultats à court terme, par service Former 100 % des vendeurs au conseil dermocosmétique avant juin

Un bon objectif est SMART (George Doran, 1981) :

Lettre Critère Question
S Spécifique Est-il précis et compréhensible par tous ?
M Mesurable Par quel indicateur saura-t-on s'il est atteint ?
A Atteignable (ou accepté, attribué) Est-il réaliste et confié à un responsable ?
R Réaliste (ou pertinent) Est-il cohérent avec les moyens et la stratégie ?
T Temporellement défini Pour quand ?

« Améliorer la qualité » n'est pas un objectif ; « réduire le taux de retours clients de 4 % à 2 % d'ici au 31 décembre, sous la responsabilité du directeur qualité » en est un.

7.3 Les types de plans

Critère Type Contenu Exemple
Horizon Stratégique (3 à 5 ans et plus) Orientations et grands choix Plan de développement à cinq ans
Tactique (1 à 3 ans) Programmes par fonction ou par activité Plan marketing, plan de recrutement
Opérationnel (moins d'un an) Actions précises, budgets, plannings Budget annuel, planning hebdomadaire de production
Usage Plans permanents S'appliquent de façon répétée Politiques (règles de crédit clients), procédures, règles
Plans à usage unique Conçus pour une situation donnée Projet d'ouverture d'une usine, budget d'un événement

Les pouvoirs publics planifient aussi : le Plan Maroc Vert (2008) puis la stratégie Génération Green 2020-2030 pour l'agriculture, ou le Plan d'accélération industrielle 2014-2020, fixent des objectifs chiffrés déclinés ensuite en contrats-programmes avec les filières.

7.4 Les niveaux de décision selon Ansoff

H. Igor Ansoff (Corporate Strategy, 1965) classe les décisions en trois catégories, ce qui permet de savoir qui doit décider et avec quelles informations.

Critère Décisions stratégiques Décisions administratives (tactiques) Décisions opérationnelles
Objet Relations avec l'environnement : quels produits, quels marchés Organisation et acquisition des ressources Exploitation courante des ressources
Horizon Long terme Moyen terme Court terme
Niveau Direction générale Cadres intermédiaires Encadrement de proximité
Réversibilité Faible, engagement lourd Moyenne Forte
Fréquence Rare Périodique Répétitive
Exemple Se lancer à l'export en Afrique de l'Ouest Choisir un distributeur au Sénégal, fixer le budget export Organiser l'expédition d'un conteneur

7.5 L'école néoclassique et la direction par objectifs

Dans les années 1950, des praticiens reviennent aux résultats et à l'efficacité, tout en intégrant les apports des relations humaines : c'est l'école néoclassique (ou empirique). Alfred Sloan, dirigeant de General Motors, met en place une décentralisation coordonnée : des divisions autonomes, jugées sur leurs résultats, sous le contrôle financier de la direction générale. Peter Drucker formalise la direction par objectifs (The Practice of Management, 1954). En France, Octave Gélinier diffuse la direction participative par objectifs (DPPO).

Définition — Direction par objectifs (DPO) : méthode de management dans laquelle chaque responsable reçoit, après discussion avec son supérieur, des objectifs précis et cohérents avec ceux de l'organisation, dispose d'une autonomie sur les moyens, et est évalué sur ses résultats.

Les étapes de la DPO :

  1. la direction fixe les objectifs généraux ;
  2. ils sont déclinés en cascade jusqu'aux unités de base ;
  3. chaque responsable négocie ses objectifs avec son supérieur et obtient les moyens correspondants ;
  4. il dispose d'une autonomie dans le choix des méthodes et pratique l'autocontrôle grâce à des indicateurs ;
  5. les résultats sont évalués périodiquement et liés à la reconnaissance (primes, promotion).
Avantages Limites
Motive par la participation et l'autonomie Objectifs parfois imposés sous couvert de négociation
Donne des critères clairs d'évaluation Risque de privilégier le mesurable (quantité) au détriment du reste (qualité, coopération)
Aligne les objectifs individuels sur ceux de l'organisation Pression, stress, voire manipulation des chiffres
Libère la direction des décisions courantes Lourde à mettre en place, suppose des indicateurs fiables

7.6 Décider en avenir incertain ou risqué

Une décision de planification se prépare souvent avec une matrice des gains : les lignes sont les stratégies possibles, les colonnes les états de la nature (conjoncture), les cases le résultat attendu.

Exemple : une coopérative de Taroudant hésite entre trois projets. Gains estimés en milliers de DH :

Projet Demande faible Demande moyenne Demande forte
A : nouvelle gamme de confitures 200 400 600
B : export vers l'Europe −100 500 900
C : vente aux hôtels de la région 300 350 400

En avenir incertain (probabilités inconnues), on applique un critère qui traduit l'attitude du décideur :

Critère Règle Calcul Choix
Laplace (neutre) Meilleure moyenne A : 400 ; B : 433,33 ; C : 350 B
Wald ou maximin (prudent) Meilleur des pires résultats A : 200 ; B : −100 ; C : 300 C
Maximax (optimiste) Meilleur des meilleurs résultats A : 600 ; B : 900 ; C : 400 B
Hurwicz ($\alpha = 0{,}4$) $\alpha \times \max + (1 - \alpha) \times \min$ A : 360 ; B : 300 ; C : 340 A
Savage (minimax regret) Plus petit regret maximal A : 300 ; B : 400 ; C : 500 A

Pour Savage, le regret d'une case est l'écart avec le meilleur résultat de sa colonne (300, 500, 900). Regrets de A : 100, 100, 300 ; de B : 400, 0, 0 ; de C : 0, 150, 500.

En avenir probabilisable (risque), si la coopérative estime les probabilités à 0,3, 0,5 et 0,2, on calcule l'espérance mathématique $E = \sum p_i \times g_i$ :

  • A : $0{,}3 \times 200 + 0{,}5 \times 400 + 0{,}2 \times 600 = 380$ ;
  • B : $0{,}3 \times (-100) + 0{,}5 \times 500 + 0{,}2 \times 900 = 400$ ;
  • C : $0{,}3 \times 300 + 0{,}5 \times 350 + 0{,}2 \times 400 = 345$.

Le projet B maximise l'espérance. Les critères ne donnent pas tous le même choix : ils ne remplacent pas le jugement, ils l'éclairent.

7.7 Méthode : construire un plan d'action

  1. Partir du diagnostic (forces, faiblesses, opportunités, menaces).
  2. Formuler deux ou trois objectifs SMART, pas davantage.
  3. Pour chaque objectif : actions, responsable, échéance, moyens (budget), indicateur de suivi.
  4. Présenter le tout dans un tableau, puis prévoir le contrôle (fréquence du suivi, actions correctives).

⚠️ Les pièges à éviter

  • Confondre mission (raison d'être) et objectif (résultat chiffré et daté).
  • Écrire des objectifs non mesurables (« améliorer », « optimiser », « renforcer ») sans indicateur ni échéance.
  • Classer une décision d'Ansoff par la seule personne qui la prend : regardez son objet et son horizon.
  • Présenter la DPO comme la simple fixation d'objectifs par le chef : elle suppose négociation, autonomie et autocontrôle.
  • Oublier de calculer les regrets par colonne pour le critère de Savage.

Exercice 1 — Source Tizi, eaux minérales

La société Source Tizi (Moyen Atlas, 260 salariés) veut mettre en place une direction par objectifs. Le directeur général a transmis à ses directeurs les objectifs suivants : « vendre plus », « améliorer la qualité », « réduire les accidents ». Il réfléchit aussi à trois projets, dont les gains estimés sur cinq ans (en milliers de DH) sont :

Projet Conjoncture défavorable Normale Favorable
X : bouteilles de 5 litres 500 800 1 000
Y : export vers l'Afrique de l'Ouest −200 900 1 800
Z : eau aromatisée 300 700 1 200
  1. Pourquoi les trois objectifs transmis ne conviennent-ils pas à une DPO ? Reformulez-les en objectifs SMART.
  2. Décrivez les étapes pour mettre en place la DPO chez Source Tizi.
  3. Classez le choix entre X, Y et Z selon Ansoff. Même question pour le planning des livraisons de la semaine.
  4. Appliquez les critères de Laplace, Wald, maximax, Hurwicz ($\alpha = 0{,}3$) et Savage.
  5. Les probabilités estimées sont 0,25, 0,50 et 0,25. Quel projet maximise l'espérance ? Conclusion ?
Voir le corrigé

1) Ces objectifs ne sont ni mesurables ni datés, et aucun responsable n'est désigné : impossible de négocier des moyens ou d'évaluer les résultats. Reformulations possibles :

  • « Augmenter le volume vendu de 8 % d'ici au 31 décembre, sous la responsabilité du directeur commercial » ;
  • « Ramener le taux de bouteilles non conformes de 1,5 % à 0,8 % en douze mois (directeur qualité) » ;
  • « Réduire de moitié le nombre d'accidents avec arrêt de travail d'ici à fin d'année (responsable HSE) ».

2) a) La direction fixe les objectifs généraux à partir de la stratégie. b) Ils sont déclinés en cascade : direction commerciale, qualité, production, puis chefs d'équipe. c) Chaque responsable négocie ses objectifs et les moyens associés avec son supérieur. d) Il choisit ses méthodes et suit des indicateurs (autocontrôle). e) Des revues trimestrielles et un entretien annuel évaluent les résultats, liés à une part variable ou à des perspectives d'évolution. Il faut au préalable des indicateurs fiables et former les managers à l'entretien d'objectifs.

3) Le choix entre X, Y et Z est une décision stratégique : il engage l'entreprise sur de nouveaux produits ou marchés, à long terme et de façon peu réversible. Le planning des livraisons est une décision opérationnelle (courte, répétitive, réversible).

4)

Critère X Y Z Choix
Laplace (moyenne) 766,67 833,33 733,33 Y
Wald (minimum) 500 −200 300 X
Maximax (maximum) 1 000 1 800 1 200 Y
Hurwicz $0{,}3 \times \max + 0{,}7 \times \min$ 650 400 570 X
Savage (regret maximal) 800 700 600 Z

Détail de Savage : meilleurs résultats par colonne = 500, 900, 1 800. Regrets de X : 0, 100, 800 ; de Y : 700, 0, 0 ; de Z : 200, 200, 600. Le plus petit regret maximal est celui de Z (600).

Hurwicz : X $= 0{,}3 \times 1\,000 + 0{,}7 \times 500 = 650$ ; Y $= 0{,}3 \times 1\,800 + 0{,}7 \times (-200) = 400$ ; Z $= 0{,}3 \times 1\,200 + 0{,}7 \times 300 = 570$.

5) Espérances :

  • X : $0{,}25 \times 500 + 0{,}5 \times 800 + 0{,}25 \times 1\,000 = 775$ ;
  • Y : $0{,}25 \times (-200) + 0{,}5 \times 900 + 0{,}25 \times 1\,800 = 850$ ;
  • Z : $0{,}25 \times 300 + 0{,}5 \times 700 + 0{,}25 \times 1\,200 = 725$.

Y maximise l'espérance (850), mais c'est aussi le seul projet qui peut faire perdre de l'argent (−200). Un dirigeant prudent (Wald, Hurwicz avec un faible $\alpha$) choisira X. La décision dépend donc de l'attitude face au risque et de la capacité financière de Source Tizi à supporter une perte : si l'entreprise est solide, Y se justifie ; sinon, X est plus raisonnable.

Exercice 2 — Objectifs SMART pour une agence bancaire

Le directeur d'une agence bancaire à Oujda reçoit les consignes suivantes : a) « développer la clientèle jeune » ; b) « réduire l'attente au guichet » ; c) « mieux recouvrer les impayés ». Transformez-les en objectifs SMART et proposez un indicateur pour chacun.

Voir le corrigé

a) « Ouvrir 250 comptes de clients de 18 à 25 ans entre janvier et juin, sous la responsabilité du chargé de clientèle particuliers » ; indicateur : nombre de comptes ouverts par mois dans la tranche d'âge. b) « Ramener le temps d'attente moyen au guichet de 18 à 10 minutes d'ici au 30 septembre » ; indicateur : temps d'attente mesuré par le système de tickets. c) « Réduire l'encours des impayés de plus de 90 jours de 20 % d'ici à la fin de l'exercice » ; indicateur : encours mensuel des impayés de plus de 90 jours.

Chaque objectif est précis, mesurable, confié à un responsable, réaliste et daté.

Exercice 3 — Critères de décision

Une entreprise de transport touristique de Ouarzazate hésite entre trois investissements. Gains en milliers de DH :

Investissement Saison faible Saison moyenne Saison forte
Minibus 120 260 380
Véhicules 4x4 40 300 520
Location à une agence 200 220 240

Appliquez Wald, maximax, Laplace et Savage. Quel choix feriez-vous si la saison forte a une probabilité de 0,5, la moyenne 0,3 et la faible 0,2 ?

Voir le corrigé
  • Wald : minimums 120, 40, 200 → location.
  • Maximax : maximums 380, 520, 240 → 4x4.
  • Laplace : moyennes 253,33 ; 286,67 ; 220 → 4x4.
  • Savage : meilleurs par colonne 200, 300, 520. Regrets minibus : 80, 40, 140 (max 140) ; 4x4 : 160, 0, 0 (max 160) ; location : 0, 80, 280 (max 280) → minibus.
  • Espérance : minibus $0{,}2 \times 120 + 0{,}3 \times 260 + 0{,}5 \times 380 = 292$ ; 4x4 $0{,}2 \times 40 + 0{,}3 \times 300 + 0{,}5 \times 520 = 358$ ; location $0{,}2 \times 200 + 0{,}3 \times 220 + 0{,}5 \times 240 = 226$ → 4x4.

Avec ces probabilités, les 4x4 sont le meilleur choix en moyenne ; une entreprise très prudente préférerait la location, un compromis étant le minibus (plus petit regret maximal).

L'essentiel — Planifier et diriger par objectifs

  • Planifier : fixer les objectifs, choisir les moyens, programmer les actions ; intérêts : anticiper, coordonner, mobiliser, contrôler.
  • Limites (Mintzberg, 1994) : illusions de prévision, de détachement et de formalisation ; réponses : plans glissants, scénarios.
  • Vision → mission → valeurs → objectifs stratégiques → objectifs opérationnels ; objectif SMART (Doran, 1981).
  • Plans stratégiques, tactiques, opérationnels ; plans permanents (politiques, procédures, règles) et à usage unique (projets, budgets).
  • Ansoff (1965) : décisions stratégiques (produits-marchés), administratives (ressources), opérationnelles (exploitation courante).
  • École néoclassique : Sloan (décentralisation coordonnée), Drucker (DPO, 1954), Gélinier (DPPO) ; objectifs négociés en cascade, autonomie, autocontrôle, évaluation.
  • Incertitude : Laplace (moyenne), Wald (maximin), maximax, Hurwicz $\alpha \max + (1-\alpha)\min$, Savage (regrets par colonne, minimax regret).
  • Risque : espérance $E = \sum p_i g_i$ ; tenir compte de l'attitude face au risque.
1Un objectif SMART doit notamment être :
2La mission d'une organisation exprime :
3Une procédure de traitement des réclamations est un plan :
4Selon Ansoff, choisir de nouveaux couples produits-marchés est une décision :
5La direction par objectifs a été formalisée par :
6Dans la DPO, le responsable suit ses propres résultats grâce à des indicateurs : c'est :
7Le critère de Wald conduit à choisir :
8Pour appliquer le critère de Savage, les regrets se calculent :
9Gains 100, 300 et 500 avec des probabilités 0,2, 0,5 et 0,3. L'espérance vaut :
10Mintzberg reproche à la planification stratégique formelle :

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