Chapitre 10 · Semestre 1 · Unité 2

La politique budgétaire

L'intervention de l'État

Introduction

La politique budgétaire consiste à utiliser le budget de l'État (recettes et dépenses publiques) pour agir sur l'activité économique.

I. Le budget de l'État

1. La loi de finances

Au Maroc, le budget est présenté dans la loi de finances (LF), préparée par le gouvernement et votée par le Parlement chaque année (loi organique n° 130-13 relative à la loi de finances). Elle prévoit et autorise les recettes et les dépenses de l'État pour l'année civile.

2. Les recettes publiques

  • Recettes fiscales : impôts directs (IS, IR) et indirects (TVA, droits de douane, taxes intérieures de consommation) ; la TVA est la première recette fiscale ;
  • Recettes non fiscales : revenus du domaine et des entreprises publiques, dons, produits des privatisations ;
  • Emprunts (ressources de financement).

3. Les dépenses publiques

  • Dépenses de fonctionnement : salaires des fonctionnaires, matériel, compensation ;
  • Dépenses d'investissement : routes, barrages, écoles, hôpitaux ;
  • Service de la dette : remboursement du capital et paiement des intérêts.

4. Le solde budgétaire

$$\text{Solde budgétaire} = \text{recettes} - \text{dépenses}$$

  • Solde $> 0$ : excédent ; solde $< 0$ : déficit ; solde $= 0$ : équilibre.
  • Il s'exprime souvent en % du PIB : $\frac{\text{solde}}{PIB} \times 100$.
  • Le déficit est financé par l'emprunt (intérieur ou extérieur), ce qui augmente la dette publique.

II. Les approches de la politique budgétaire

1. L'approche classique : la neutralité

Pour les libéraux, le budget doit être équilibré et le plus réduit possible. L'État ne doit pas perturber le marché ; l'emprunt public risque d'évincer l'investissement privé (effet d'éviction).

2. L'approche keynésienne : l'interventionnisme

Keynes justifie le déficit budgétaire en période de crise : l'État doit soutenir la demande globale.

Le multiplicateur d'investissement : une dépense publique supplémentaire $\Delta G$ entraîne une hausse plus que proportionnelle du revenu national :

$$\Delta Y = k \times \Delta G \qquad \text{avec} \qquad k = \frac{1}{1 - c}$$

où $c$ est la propension marginale à consommer. Exemple : si $c = 0{,}8$, alors $k = 5$ ; une dépense de 10 Mds DH peut accroître le revenu de 50 Mds DH.

III. Les types de politique budgétaire

Relance (expansionniste) Rigueur (restrictive)
Moyens Hausse des dépenses publiques, baisse des impôts Baisse des dépenses, hausse des impôts
Objectif Croissance et emploi Réduire l'inflation et le déficit
Risques Déficit, dette, inflation, hausse des importations Ralentissement, chômage

IV. Les limites de la politique budgétaire

  • Endettement : les déficits accumulés augmentent la dette et le poids des intérêts ;
  • Effet d'éviction : l'État emprunte l'épargne disponible au détriment des entreprises ;
  • Fuite par les importations : en économie ouverte, une partie de la relance profite aux producteurs étrangers ;
  • Délais de vote et de mise en œuvre ;
  • Rigidité des dépenses (salaires, dette).

Exercice 1 — Solde budgétaire (données fictives, en milliards de DH)

Recettes fiscales : 290 ; recettes non fiscales : 40 ; dépenses de fonctionnement : 260 ; dépenses d'investissement : 105 ; intérêts de la dette : 35. PIB : 1 500.

  1. Calculez les recettes et les dépenses totales.
  2. Calculez le solde budgétaire et son poids dans le PIB.
  3. Comment ce solde peut-il être financé ?
Voir le corrigé
  1. Recettes $= 290 + 40 = 330$ ; dépenses $= 260 + 105 + 35 = 400$ Mds DH.
  2. Solde $= 330 - 400 = -70$ Mds DH : déficit. Poids : $\frac{-70}{1\,500} \times 100 \approx -4{,}67\%$ du PIB.
  3. Par l'emprunt intérieur (bons du Trésor) ou extérieur, ce qui augmente la dette publique.

Exercice 2 — Multiplicateur

La propension marginale à consommer est de 0,75. L'État augmente ses investissements de 20 Mds DH.

  1. Calculez le multiplicateur.
  2. Calculez la variation du revenu national.
  3. Pourquoi l'effet réel peut-il être plus faible ?
Voir le corrigé
  1. $k = \frac{1}{1 - 0{,}75} = 4$.
  2. $\Delta Y = 4 \times 20 = 80$ Mds DH.
  3. Parce qu'une partie des revenus distribués est épargnée, prélevée en impôts ou dépensée en importations (fuites) ; l'effet d'éviction peut aussi réduire l'investissement privé.

L'essentiel — La politique budgétaire

  • Loi de finances : prévoit et autorise recettes et dépenses ; votée par le Parlement.
  • Recettes : fiscales (IS, IR, TVA…), non fiscales ; dépenses : fonctionnement, investissement, service de la dette.
  • Solde budgétaire = recettes − dépenses (en % du PIB) ; déficit → emprunt → dette.
  • Classiques : budget équilibré, neutralité, effet d'éviction.
  • Keynes : déficit utile en crise ; multiplicateur $k = \frac{1}{1-c}$, $\Delta Y = k \cdot \Delta G$.
  • Relance : dépenses ↑, impôts ↓ ; rigueur : dépenses ↓, impôts ↑.
  • Limites : dette, éviction, fuite par les importations, délais.
1La première recette fiscale de l'État marocain est :
2Si c = 0,8, le multiplicateur vaut :
3Le déficit budgétaire correspond à :
4L'effet d'éviction signifie que :
5Une politique budgétaire de relance consiste à :