Chapitre 1 · Semestre 3

Les structures et les ressources de l'économie marocaine

Économie du Maroc

🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • situer l'économie marocaine parmi les économies émergentes et en décrire les atouts géographiques ;
  • présenter les grandes tendances démographiques révélées par le RGPH 2024 ;
  • identifier les ressources naturelles du pays et ses principales contraintes (eau, énergie) ;
  • lire les agrégats de la comptabilité nationale : PIB en valeur et en volume, PIB par habitant ;
  • décrire la structure sectorielle de l'économie et ses déséquilibres territoriaux.

1.1 Une économie émergente ouverte sur deux continents

Le Maroc est classé par la Banque mondiale parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Son économie est diversifiée pour la région : elle combine une agriculture encore très présente dans l'emploi, une industrie exportatrice en forte montée (automobile, aéronautique, phosphates et engrais) et des services qui produisent plus de la moitié de la richesse nationale.

Sa position géographique est son premier atout. Avec une double façade maritime, atlantique et méditerranéenne, le pays n'est séparé de l'Europe que par le détroit de Gibraltar, l'une des routes maritimes les plus fréquentées du monde. Le port de Tanger Med, mis en service en 2007, en a fait une plateforme logistique entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. Le Maroc se présente aussi comme une porte d'entrée vers l'Afrique de l'Ouest, où ses banques, ses assureurs et ses opérateurs de télécommunications se sont largement implantés.

Définition — Économie émergente : économie en rattrapage rapide, qui s'industrialise, s'ouvre au commerce et aux capitaux étrangers, et dont les institutions de marché se modernisent, sans avoir encore atteint le niveau de revenu des pays développés.

1.2 La population : les enseignements du RGPH 2024

Le recensement général de la population et de l'habitat (RGPH), réalisé par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), a dénombré une population légale de 36 828 330 habitants au 1ᵉʳ septembre 2024, contre 33,8 millions en 2014. Trois tendances structurent l'avenir économique du pays :

Tendance Données du RGPH 2024 Conséquence économique
Ralentissement démographique Croissance de 0,85 % par an entre 2014 et 2024, contre 1,25 % entre 2004 et 2014 Moins de pression sur l'emploi à long terme, mais vieillissement à anticiper
Urbanisation Taux d'urbanisation de 62,8 % (60,4 % en 2014) ; 23,1 millions d'urbains Besoins en logement, transport, eau et services urbains
Transition démographique avancée Fécondité passée sous le seuil de renouvellement des générations Fenêtre démographique : une forte proportion d'actifs potentiels

La fenêtre démographique (ou « dividende démographique ») désigne la période pendant laquelle la population en âge de travailler est nombreuse par rapport aux jeunes enfants et aux personnes âgées. Elle est une chance si l'économie crée assez d'emplois ; elle devient un risque si les jeunes restent au chômage, ce qui est aujourd'hui l'un des principaux défis du pays (chapitre 10).

1.3 Des ressources naturelles abondantes mais inégales

Les phosphates sont la grande richesse du sous-sol : le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales connues, exploitées par le groupe OCP. En 2025, les exportations de phosphates et dérivés ont atteint 99,8 milliards de DH selon l'Office des changes, soit plus d'un cinquième des exportations de biens.

La mer offre plus de 3 500 km de côtes et des eaux parmi les plus poissonneuses d'Afrique, à la base d'une importante industrie de la pêche et de la transformation des produits de la mer.

Le soleil et le vent constituent un potentiel énergétique considérable, exploité par la stratégie énergétique lancée en 2009 (complexe solaire Noor à Ouarzazate, parcs éoliens du Nord et du Sud).

Deux contraintes pèsent en revanche sur le développement :

  • l'eau : le pays est en situation de stress hydrique. Les précipitations sont irrégulières, et une succession d'années de sécheresse jusqu'en 2025 a réduit les réserves des barrages, ce qui a conduit l'État à accélérer le dessalement de l'eau de mer et les transferts d'eau entre bassins ;
  • l'énergie fossile : le Maroc ne produit presque pas de pétrole ni de gaz. Il importe l'essentiel de son énergie, ce qui rend sa facture énergétique et sa balance commerciale sensibles aux prix mondiaux (chapitre 9).

1.4 Mesurer l'économie : les agrégats de la comptabilité nationale

Le HCP établit les comptes nationaux selon le système de comptabilité nationale des Nations unies. L'agrégat central est le produit intérieur brut (PIB) :

Définition — PIB : valeur de l'ensemble des biens et services produits sur le territoire national pendant une année, nette des consommations intermédiaires. $PIB = \sum \text{valeurs ajoutées} + \text{impôts sur les produits nets des subventions}$.

Il faut toujours distinguer le PIB en valeur (aux prix courants), qui mélange hausse des quantités et hausse des prix, et le PIB en volume (aux prix de l'année précédente, chaînés), qui mesure la croissance réelle. Le rapport des deux donne le déflateur du PIB, indicateur de l'évolution des prix de toute la production :

$$1 + g_{\text{valeur}} = (1 + g_{\text{volume}}) \times (1 + g_{\text{prix}})$$

Exemple : en 2024, le PIB aux prix courants a atteint 1 614,57 milliards de DH, en hausse de 8,7 %, alors que la croissance en volume était de 4,4 % (HCP). Les prix de la production ont donc augmenté d'environ $1{,}087 / 1{,}044 - 1 \approx 4{,}1\,\%$.

Le PIB par habitant rapporte la production à la population : environ 43 800 DH en 2024 ($1\,614{,}57$ milliards $/\ 36{,}83$ millions). C'est un indicateur de niveau de vie moyen, qui ne dit rien de la répartition des revenus ; il faut le compléter par des indicateurs d'inégalité (indice de Gini des dépenses, publié par le HCP) et de développement humain (chapitre 10).

1.5 La structure sectorielle de l'économie

Secteur Activités Poids économique
Primaire Agriculture, élevage, forêt, pêche Autour d'un dixième du PIB, mais 25 % de l'emploi en 2025 (HCP)
Secondaire Mines, industrie manufacturière, énergie, eau, BTP Environ un quart du PIB ; moteur des exportations
Tertiaire Commerce, transport, tourisme, finance, télécommunications, administration Plus de la moitié du PIB ; 49,2 % de l'emploi en 2025

Cette structure révèle une dualité caractéristique : l'agriculture emploie un actif sur quatre mais produit une part bien plus faible du PIB, ce qui traduit une productivité du travail agricole nettement inférieure à la moyenne. Une large part de l'emploi non agricole relève par ailleurs du secteur informel (petits commerces, ateliers, services non déclarés), qui échappe à l'impôt et à la protection sociale.

1.6 Les déséquilibres territoriaux

Depuis la régionalisation avancée de 2015, le Maroc compte 12 régions, dotées de conseils élus et de compétences économiques. L'activité reste très concentrée sur l'axe atlantique Kénitra-Rabat-Casablanca-El Jadida et sur la région de Tanger : la région de Casablanca-Settat, première région économique du pays, produit à elle seule près d'un tiers du PIB selon les comptes régionaux du HCP. À l'inverse, les régions de l'Oriental, de Drâa-Tafilalet ou de Béni Mellal-Khénifra combinent un revenu par habitant plus faible et une forte dépendance à l'agriculture. Réduire ces écarts est l'un des objectifs du Nouveau modèle de développement (NMD) présenté en 2021 (chapitre 2).

1.7 Méthode : analyser un indicateur économique

  1. Identifier la source (HCP, Bank Al-Maghrib, ministère de l'Économie et des Finances, Office des changes) et la date.
  2. Préciser l'unité (milliards de DH, %, points) et la nature : valeur ou volume, niveau ou taux de variation.
  3. Calculer l'évolution (taux de variation, TCAM) et, si besoin, séparer effet volume et effet prix.
  4. Comparer : dans le temps, entre régions, avec d'autres pays de niveau comparable.
  5. Expliquer l'évolution par ses causes (pluviométrie, demande mondiale, politique économique) et conclure.

⚠️ Les pièges à éviter

  • Confondre la croissance du PIB en valeur et la croissance réelle (en volume).
  • Présenter le PIB par habitant comme le revenu de chaque Marocain : c'est une moyenne.
  • Oublier que le poids de l'agriculture dans l'emploi est bien supérieur à son poids dans le PIB.
  • Citer un chiffre sans sa source ni son année : les données sont révisées régulièrement.
  • Parler de « ressources abondantes » sans mentionner les contraintes d'eau et d'énergie.

Exercice 1 — Population, urbanisation et PIB

On dispose des données suivantes (HCP) :

Indicateur Valeur
Population légale 2014 33 848 242
Population légale 2024 36 828 330
Population urbaine 2024 23 110 108
PIB 2024 aux prix courants 1 614,57 milliards de DH (+ 8,7 %)
Croissance du PIB 2024 en volume 4,4 %

Travail à faire :

  1. Calculez l'accroissement de la population entre 2014 et 2024 et son taux de croissance annuel moyen.
  2. Calculez le taux d'urbanisation en 2024. Quelles conséquences économiques l'urbanisation entraîne-t-elle ?
  3. Calculez le PIB aux prix courants de 2023.
  4. Calculez l'évolution des prix de la production (déflateur) en 2024. Pourquoi la croissance en valeur est-elle supérieure à la croissance en volume ?
  5. Calculez le PIB par habitant en 2024. Quelles sont les limites de cet indicateur ?
Voir le corrigé

1) Accroissement : $36\,828\,330 - 33\,848\,242 = \mathbf{2\,980\,088}$ habitants en dix ans.

$$TCAM = \left(\frac{36\,828\,330}{33\,848\,242}\right)^{1/10} - 1 \approx \mathbf{0{,}85\,\%} \text{ par an}$$

La croissance démographique ralentit nettement (1,25 % par an entre 2004 et 2014) : c'est la marque d'une transition démographique avancée.

2) $23\,110\,108 / 36\,828\,330 \approx \mathbf{62{,}8\,\%}$. L'urbanisation augmente la demande de logements, d'infrastructures de transport, d'eau potable et d'électricité ; elle déplace l'emploi de l'agriculture vers l'industrie et les services, mais elle concentre aussi le chômage, beaucoup plus élevé en ville qu'à la campagne.

3) Le PIB en valeur a augmenté de 8,7 % : $PIB_{2023} = 1\,614{,}57 / 1{,}087 \approx \mathbf{1\,485{,}3}$ milliards de DH.

4) $1{,}087 = 1{,}044 \times (1 + g_{prix})$, d'où $g_{prix} = 1{,}087 / 1{,}044 - 1 \approx \mathbf{4{,}1\,\%}$. La croissance en valeur additionne (multiplicativement) la hausse des quantités produites et la hausse des prix : seule la croissance en volume mesure l'augmentation réelle de la production.

5) $1\,614{,}57 \times 10^9 / 36\,828\,330 \approx \mathbf{43\,840}$ DH par habitant. C'est une moyenne : elle ne mesure ni les inégalités entre ménages et entre régions, ni l'économie informelle mal comptabilisée, ni les dimensions non monétaires du bien-être (santé, éducation, environnement).

Exercice 2 — Productivité relative des secteurs

Le tableau suivant donne une répartition simplifiée, à but pédagogique, de la valeur ajoutée et de l'emploi par grand secteur (en %) :

Secteur Part de la valeur ajoutée Part de l'emploi
Agriculture, forêt, pêche 11 25,0
Industrie, mines, énergie, BTP 29 25,8
Services 60 49,2
  1. Calculez la productivité relative de chaque secteur (part de la valeur ajoutée / part de l'emploi).
  2. Interprétez le résultat obtenu pour l'agriculture.
  3. Que se passe-t-il pour la productivité moyenne de l'économie quand des actifs quittent l'agriculture pour l'industrie ?
Voir le corrigé

1) Agriculture : $11 / 25 = \mathbf{0{,}44}$ ; industrie : $29 / 25{,}8 \approx \mathbf{1{,}12}$ ; services : $60 / 49{,}2 \approx \mathbf{1{,}22}$.

2) Un actif agricole produit en moyenne 44 % de la valeur ajoutée d'un actif moyen de l'économie : petites exploitations, faible mécanisation, cultures pluviales soumises aux aléas climatiques, sous-emploi rural.

3) Le déplacement de main-d'œuvre d'un secteur peu productif vers un secteur plus productif augmente la productivité moyenne, même si la productivité de chaque secteur ne change pas : c'est l'effet de réallocation, moteur classique du développement. Encore faut-il que l'industrie et les services modernes créent assez d'emplois pour absorber l'exode rural, sinon les actifs se retrouvent dans l'informel urbain.

Exercice 3 — Question de synthèse : atouts et contraintes

Sujet : « Présentez les principaux atouts et les principales contraintes structurelles de l'économie marocaine. »

Rédigez une introduction, un plan en deux parties et une conclusion.

Voir le corrigé

Introduction : définir l'économie émergente, situer le Maroc (revenu intermédiaire, 36,8 millions d'habitants en 2024, économie diversifiée) ; problématique : ses atouts suffisent-ils à compenser des contraintes qui freinent une croissance forte et inclusive ?

I. Des atouts réels

  • A. Une position géographique stratégique (proximité de l'Europe, Tanger Med, porte de l'Afrique) et des accords de libre-échange.
  • B. Des ressources spécifiques : phosphates (environ 70 % des réserves mondiales), potentiel solaire et éolien, ressources halieutiques, patrimoine touristique.
  • C. Une population jeune et de plus en plus urbaine (fenêtre démographique).

II. Des contraintes structurelles

  • A. La dépendance au climat : stress hydrique, sécheresses, agriculture pluviale qui fait varier la croissance.
  • B. La dépendance énergétique et le déficit commercial qui en résulte.
  • C. La dualité de l'économie : faible productivité agricole, poids de l'informel, disparités régionales, chômage des jeunes.

Conclusion : les atouts sont valorisés par les stratégies sectorielles et le Nouveau modèle de développement ; la levée des contraintes passe par la gestion de l'eau, la transition énergétique, l'éducation et la création d'emplois formels.

L'essentiel — Structures et ressources de l'économie marocaine

  • Pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, économie émergente et ouverte ; atout majeur : la position entre l'Europe et l'Afrique (Tanger Med, 2007).
  • RGPH 2024 : 36 828 330 habitants ; croissance de 0,85 % par an (2014-2024) ; taux d'urbanisation de 62,8 % ; fécondité sous le seuil de renouvellement.
  • Fenêtre démographique : beaucoup d'actifs potentiels ; une chance si l'économie crée assez d'emplois.
  • Ressources : environ 70 % des réserves mondiales de phosphates (OCP, 99,8 milliards de DH exportés en 2025), mer, soleil et vent.
  • Contraintes : stress hydrique et sécheresses répétées ; dépendance énergétique aux importations d'hydrocarbures.
  • PIB = somme des valeurs ajoutées + impôts nets sur les produits ; $1 + g_{valeur} = (1 + g_{volume})(1 + g_{prix})$.
  • 2024 : PIB de 1 614,57 milliards de DH courants (+ 8,7 %), croissance en volume de 4,4 %, soit environ 43 800 DH par habitant.
  • Structure : services plus de la moitié du PIB ; agriculture environ un dixième du PIB mais 25 % de l'emploi ; forte dualité et secteur informel important.
  • 12 régions depuis 2015 ; Casablanca-Settat produit près d'un tiers du PIB.
1Selon le RGPH 2024, la population légale du Maroc est d'environ :
2Le taux d'urbanisation du Maroc en 2024 est de :
3Entre 2014 et 2024, la population a augmenté en moyenne de :
4Le Maroc détient environ quelle part des réserves mondiales de phosphates ?
5L'organisme qui établit les comptes nationaux au Maroc est :
6Le PIB en valeur augmente de 8,7 % et le PIB en volume de 4,4 %. Les prix ont augmenté d'environ :
7En 2025, la part de l'agriculture, forêt et pêche dans l'emploi est d'environ :
8Depuis la régionalisation avancée de 2015, le Maroc compte :
9La principale contrainte naturelle de l'agriculture marocaine est :
10Le PIB par habitant mesure :

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