Chapitre 9 · Semestre 3

Le commerce extérieur et la balance des paiements du Maroc

Économie du Maroc

🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • décrire la structure des exportations et des importations marocaines et leurs principaux partenaires ;
  • calculer et interpréter le solde commercial et le taux de couverture ;
  • présenter la politique d'ouverture et les accords de libre-échange ;
  • lire une balance des paiements et expliquer comment le déficit commercial est compensé ;
  • analyser le rôle des investissements directs étrangers et des réserves de change.

9.1 Une économie ouverte au déficit commercial structurel

Le Maroc est une économie ouverte : ses échanges de biens et de services représentent une part importante du PIB, et sa croissance dépend de la demande européenne comme des prix mondiaux de l'énergie et des matières premières. Sa balance commerciale des biens est structurellement déficitaire : le pays importe beaucoup plus de biens qu'il n'en exporte.

Selon l'Office des changes, en 2025 :

Indicateur 2025 Évolution sur un an
Exportations de biens 469,1 milliards de DH + 2,8 %
Importations de biens 822,2 milliards de DH + 8 %
Déficit commercial 353,1 milliards de DH + 15,8 %
Taux de couverture 57 % 59,9 % en 2024

Définition — Taux de couverture : rapport entre les exportations et les importations, $\text{TC} = X / M \times 100$. Un taux de 57 % signifie que les exportations ne paient que 57 % des importations.

9.2 La structure des échanges

Les exportations se sont diversifiées et industrialisées : l'automobile (environ un tiers des exportations de biens en 2025), les phosphates et dérivés (environ un cinquième), l'agriculture et l'agroalimentaire, le textile et le cuir, l'aéronautique et l'électronique. Cette montée en gamme est l'une des réussites des stratégies industrielles (chapitre 5).

Les importations se répartissent entre produits énergétiques, biens d'équipement (machines, matériel industriel), demi-produits et composants (qui alimentent justement les industries exportatrices), produits alimentaires (céréales surtout les années sèches) et biens de consommation. Une partie du déficit est donc la contrepartie de l'investissement et de l'industrialisation ; une autre traduit la dépendance énergétique et alimentaire.

Les partenaires : l'Union européenne reste de loin le premier partenaire commercial, avec l'Espagne et la France au premier rang ; la Chine, les États-Unis et la Turquie sont des fournisseurs importants ; les échanges avec l'Afrique progressent, mais restent faibles.

9.3 La politique d'ouverture

L'ouverture s'est construite en trois temps : la libéralisation du commerce pendant l'ajustement structurel, l'adhésion à l'OMC (dont les accords fondateurs ont été signés à Marrakech en 1994), puis un réseau d'accords de libre-échange :

Accord Entrée en vigueur Portée
Accord d'association avec l'Union européenne 2000 (signé en 1996) Démantèlement tarifaire progressif pour les produits industriels ; statut avancé obtenu en 2008
ALE avec les États-Unis 2006 (signé en 2004) Libre-échange des biens, services et marchés publics
ALE avec la Turquie 2006 Produits industriels
Accord d'Agadir 2007 Libre-échange avec l'Égypte, la Jordanie et la Tunisie
ZLECAf Accord signé par le Maroc à Kigali en 2018 Zone de libre-échange continentale africaine

Le bilan est discuté : ces accords ont attiré des investisseurs et ouvert des marchés, mais le déficit commercial s'est creusé avec plusieurs partenaires, notamment la Turquie, ce qui a conduit à renégocier certaines clauses et à adopter des mesures de défense commerciale.

9.4 La balance des paiements

Définition — Balance des paiements : document statistique qui enregistre l'ensemble des opérations économiques et financières entre les résidents d'un pays et le reste du monde pendant une période.

Elle comprend trois comptes :

  • le compte des transactions courantes : biens, services (tourisme, transport, offshoring), revenus (intérêts, dividendes) et transferts courants (dont les transferts des Marocains du monde) ;
  • le compte de capital : transferts en capital, marginal ;
  • le compte financier : investissements directs étrangers (IDE), investissements de portefeuille, emprunts et prêts, et variation des avoirs de réserve.

Au Maroc, le lourd déficit des biens est compensé en grande partie par deux excédents : les recettes touristiques (138,6 milliards de DH en 2025, un record) et les transferts des MRE (122 milliards de DH en 2025, contre 118,9 en 2024). Grâce à eux, le déficit du compte courant a été contenu à 2,4 % du PIB en 2025 selon Bank Al-Maghrib, un niveau beaucoup plus modéré que le déficit commercial ne le laisserait penser.

9.5 Le financement du déficit courant : IDE et réserves

Le déficit courant doit être financé par des entrées nettes de capitaux. Les plus stables sont les IDE, qui apportent aussi technologie, emplois et accès aux marchés : leur flux net a atteint environ 28,4 milliards de DH en 2025 (+ 74,3 %, Office des changes), porté notamment par les investissements européens dans l'industrie et l'énergie. Le reste provient d'emprunts extérieurs du Trésor et des entreprises publiques, et d'investissements de portefeuille.

Les avoirs officiels de réserve (442,9 milliards de DH fin 2025, plus de cinq mois d'importations) jouent le rôle d'amortisseur : ils permettent de faire face à une chute temporaire des recettes en devises et de défendre le dirham dans sa bande de fluctuation (chapitre 8). Le Maroc dispose aussi d'une ligne de crédit modulable du FMI, une assurance contre les chocs extérieurs réservée aux pays aux fondamentaux jugés solides.

9.6 Méthode : analyser la position extérieure d'un pays

  1. Calculer le solde commercial ($X - M$) et le taux de couverture ($X / M$).
  2. Analyser la structure des échanges : produits, partenaires, évolution des prix (énergie, phosphates).
  3. Passer au compte courant : ajouter services, revenus et transferts.
  4. Examiner le financement : IDE, emprunts, variation des réserves.
  5. Conclure sur la soutenabilité : un déficit courant modéré et financé par des IDE est plus sain qu'un déficit financé par l'endettement à court terme.

⚠️ Les pièges à éviter

  • Confondre la balance commerciale (biens seulement) et la balance courante (biens, services, revenus, transferts).
  • Interpréter tout déficit commercial comme une faiblesse : une partie finance l'investissement et les composants des exportations.
  • Oublier les transferts des MRE et le tourisme dans l'analyse du déficit extérieur.
  • Confondre IDE (prise de contrôle ou participation durable) et investissement de portefeuille (placement financier).
  • Calculer le taux de couverture à l'envers ($M / X$).

Exercice 1 — Des échanges de biens au compte courant

Données 2025 (Office des changes et Bank Al-Maghrib) : exportations de biens 469,1 milliards de DH (+ 2,8 %) ; importations 822,2 milliards de DH (+ 8 %) ; recettes touristiques 138,6 milliards de DH ; transferts des MRE 122 milliards de DH (118,9 en 2024) ; déficit du compte courant de 2,4 % du PIB ; PIB nominal d'environ 1 728,6 milliards de DH.

Travail à faire :

  1. Calculez le solde commercial et le taux de couverture de 2025.
  2. Calculez les exportations et les importations de 2024, puis le taux de couverture de 2024.
  3. Calculez la variation des transferts des MRE.
  4. Calculez le solde du compte courant en milliards de DH. En déduire le solde des autres opérations courantes (autres services, revenus et autres transferts), en assimilant pour simplifier les recettes touristiques à un solde net.
  5. Expliquez pourquoi un déficit commercial de plus de 20 % du PIB ne se traduit que par un déficit courant de 2,4 % du PIB.
Voir le corrigé

1) Solde commercial : $469{,}1 - 822{,}2 = \mathbf{-353{,}1}$ milliards de DH. Taux de couverture : $469{,}1 / 822{,}2 \approx \mathbf{57{,}1\,\%}$.

2) $X_{2024} = 469{,}1 / 1{,}028 \approx \mathbf{456{,}3}$ ; $M_{2024} = 822{,}2 / 1{,}08 \approx \mathbf{761{,}3}$ milliards de DH ; taux de couverture 2024 : $456{,}3 / 761{,}3 \approx \mathbf{59{,}9\,\%}$ ✔. Il recule de 2,9 points, car les importations augmentent près de trois fois plus vite que les exportations (demande intérieure dynamique, biens d'équipement, recul des exportations automobiles).

3) $122 / 118{,}9 - 1 \approx \mathbf{+2{,}6\,\%}$.

4) Compte courant : $-0{,}024 \times 1\,728{,}6 \approx \mathbf{-41{,}5}$ milliards de DH. On a : $-353{,}1 + 138{,}6 + 122 + S = -41{,}5$, d'où $S \approx \mathbf{+51{,}0}$ milliards de DH pour le solde des autres opérations courantes (dont l'excédent des services aux entreprises et du transport, diminué des revenus versés à l'étranger).

5) Le déficit commercial ($353{,}1 / 1\,728{,}6 \approx 20{,}4\,\%$ du PIB) est compensé à près de 90 % par les excédents des services (tourisme, offshoring, transport) et des transferts des MRE. C'est une spécificité de l'économie marocaine : sa position extérieure repose sur des ressources en devises qui ne sont pas des exportations de biens, mais qui restent sensibles à la conjoncture européenne.

Exercice 2 — L'effet d'un choc pétrolier

Une économie fictive simplifiée importe pour 100 milliards de DH d'énergie, pour 400 milliards d'autres biens, et exporte pour 300 milliards. Le prix de l'énergie augmente de 30 %, les volumes restant inchangés.

  1. Calculez le solde commercial et le taux de couverture avant le choc.
  2. Mêmes calculs après le choc.
  3. Quels mécanismes de la balance des paiements peuvent amortir ce choc ? Quel rôle jouent les réserves de change ?
Voir le corrigé

1) Importations : 500 ; solde : $300 - 500 = \mathbf{-200}$ ; couverture : $300 / 500 = \mathbf{60\,\%}$.

2) Énergie : $100 \times 1{,}3 = 130$ ; importations : 530 ; solde : $\mathbf{-230}$ ; couverture : $300 / 530 \approx \mathbf{56{,}6\,\%}$. Un choc de prix sur un seul poste creuse le déficit de 15 %.

3) Les excédents des services (tourisme) et des transferts (MRE) limitent l'effet sur le compte courant ; le reste doit être financé par des entrées de capitaux (IDE, emprunts). Les réserves de change permettent de payer les importations pendant la durée du choc sans dévaluation brutale ni restriction des importations. À plus long terme, seule la réduction de la dépendance énergétique (renouvelables, efficacité énergétique) supprime la vulnérabilité.

Exercice 3 — Question de synthèse

Sujet : « Le déficit commercial du Maroc est-il un problème ? »

Proposez un plan détaillé.

Voir le corrigé

Introduction : définir le solde commercial et le taux de couverture ; chiffres 2025 (déficit de 353,1 milliards de DH, couverture de 57 %).

I. Un déficit en partie « sain »

  • A. Il finance l'investissement : biens d'équipement et composants des industries exportatrices.
  • B. Il est largement compensé par le tourisme et les transferts des MRE : déficit courant de 2,4 % du PIB seulement.
  • C. Il est financé en partie par des IDE, stables et porteurs de technologie.

II. Des fragilités réelles

  • A. La dépendance énergétique et alimentaire expose le pays aux chocs de prix.
  • B. La concentration des exportations (automobile, phosphates) et des débouchés (Europe).
  • C. La dépendance à des ressources non commerciales (MRE, tourisme), sensibles à la conjoncture européenne et aux crises.

Conclusion : l'enjeu n'est pas de supprimer le déficit, mais de le rendre moins vulnérable : intégration locale, transition énergétique, diversification des produits et des marchés (Afrique, Amériques).

L'essentiel — Commerce extérieur et balance des paiements

  • Économie ouverte, déficit commercial structurel : en 2025, exportations de 469,1 et importations de 822,2 milliards de DH, déficit de 353,1 milliards de DH.
  • Taux de couverture $= X / M$ : 57 % en 2025 (59,9 % en 2024).
  • Exportations industrialisées : automobile (environ un tiers), phosphates et dérivés (environ un cinquième), agroalimentaire, textile, aéronautique.
  • Importations : énergie, biens d'équipement, demi-produits et composants, céréales, biens de consommation ; premier partenaire : l'Union européenne (Espagne, France).
  • Accords : UE (en vigueur en 2000, statut avancé en 2008), États-Unis (2006), Turquie (2006), Agadir (2007), ZLECAf (signée en 2018).
  • Balance des paiements : compte courant (biens, services, revenus, transferts), compte de capital, compte financier (IDE, portefeuille, prêts, réserves).
  • Compensation du déficit : tourisme (138,6 milliards de DH en 2025) et transferts des MRE (122 milliards de DH) ; déficit courant de 2,4 % du PIB en 2025.
  • Financement : IDE (flux net d'environ 28,4 milliards de DH en 2025, + 74,3 %), emprunts ; réserves de 442,9 milliards de DH ; ligne de crédit modulable du FMI.
1Le taux de couverture se calcule par :
2En 2025, le taux de couverture des échanges de biens du Maroc était d'environ :
3Le déficit commercial du Maroc en 2025 s'élève à environ :
4Le premier partenaire commercial du Maroc est :
5L'accord de libre-échange avec les États-Unis est entré en vigueur en :
6Les transferts des MRE sont enregistrés dans :
7En 2025, les transferts des MRE ont atteint environ :
8Le déficit du compte courant du Maroc en 2025 était de :
9Un investissement direct étranger correspond à :
10L'accord d'Agadir lie le Maroc à :

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