Chapitre 6 · Semestre 2

Organiser : structures, coordination et délégation

Management Fondamental

🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • expliquer les deux opérations de l'organisation : diviser le travail et le coordonner ;
  • présenter les six mécanismes de coordination de Mintzberg ;
  • calculer l'effet de l'éventail de subordination sur le nombre de niveaux hiérarchiques ;
  • comparer les principales structures et lire un organigramme.

6.1 Organiser : diviser et coordonner

Organiser, c'est répartir les tâches, les responsabilités et les ressources entre les membres de l'organisation, puis mettre en place les moyens de faire travailler ensemble ceux qui ont été séparés. Toute organisation repose sur deux opérations opposées et complémentaires :

  • diviser le travail pour gagner en spécialisation et en efficacité ;
  • coordonner les activités ainsi séparées pour qu'elles concourent au même objectif.

Plus le travail est divisé, plus la coordination devient nécessaire et coûteuse.

6.2 La division du travail

  • La division horizontale répartit les tâches entre des postes ou des services spécialisés (achats, production, vente ; ou, dans une usine, découpe, assemblage, emballage).
  • La division verticale répartit le pouvoir de décision entre les niveaux hiérarchiques : ceux qui conçoivent et décident, ceux qui exécutent.
Avantages de la spécialisation Limites
Apprentissage rapide et savoir-faire accru Monotonie et démotivation
Productivité élevée Vision étroite, chacun ne voit que sa tâche
Recrutement facilité sur des postes simples Besoin de coordination plus important

Pour en limiter les inconvénients, on pratique la rotation des postes, l'élargissement des tâches (plus de tâches du même niveau) et l'enrichissement des tâches (ajouter des responsabilités de contrôle ou d'organisation).

6.3 Les mécanismes de coordination

Henry Mintzberg identifie six mécanismes par lesquels les organisations coordonnent le travail :

Mécanisme Principe Exemple
Ajustement mutuel Communication informelle directe entre les personnes Deux associés d'une start-up qui se parlent en permanence
Supervision directe Un chef donne des ordres et contrôle Le chef de chantier qui répartit le travail chaque matin
Standardisation des procédés Le contenu du travail est fixé par des règles Les procédures d'une chaîne de restauration rapide
Standardisation des résultats On fixe le résultat attendu, pas la manière Un objectif de ventes mensuel pour chaque commercial
Standardisation des qualifications La formation des personnes garantit la coordination Les chirurgiens et anesthésistes d'un bloc opératoire
Standardisation des normes Des valeurs partagées guident les comportements Une association humanitaire, une entreprise à forte culture

Une petite organisation fonctionne surtout par ajustement mutuel et supervision directe ; en grandissant, elle recourt à la standardisation. Les organisations très complexes et innovantes reviennent à l'ajustement mutuel, au sein d'équipes de spécialistes.

6.4 La hiérarchie et l'éventail de subordination

L'éventail de subordination (ou étendue du contrôle) est le nombre de personnes placées directement sous l'autorité d'un même responsable. Il détermine la forme de l'organisation :

  • un éventail étroit donne une structure haute (beaucoup de niveaux, contrôle serré, communication lente) ;
  • un éventail large donne une structure plate (peu de niveaux, autonomie, communication rapide).

Exemple. Une usine de 256 opérateurs :

  • avec un éventail de 8 : $256 / 8 = 32$ chefs d'équipe, $32 / 8 = 4$ chefs d'atelier, 1 directeur, soit 3 niveaux de managers et 37 managers ;
  • avec un éventail de 4 : 64 chefs d'équipe, 16 contremaîtres, 4 chefs d'atelier, 1 directeur, soit 4 niveaux et 85 managers.

L'éventail possible dépend de la complexité des tâches, de la compétence des collaborateurs, de leur dispersion géographique et des outils de communication.

6.5 Centralisation et décentralisation

La centralisation concentre les décisions au sommet ; la décentralisation les répartit vers les niveaux inférieurs ou vers des unités autonomes.

Centralisation Décentralisation
Avantages Cohérence des décisions, contrôle, économies d'échelle Rapidité, adaptation au terrain, motivation des managers
Inconvénients Lenteur, surcharge de la direction, éloignement du terrain Risque d'incohérence, doublons, besoin de contrôle
Cas adaptés Petite entreprise, environnement stable, situation de crise Grande entreprise, plusieurs marchés ou régions, environnement changeant

La délégation (chapitre 2) est l'instrument individuel de la décentralisation : un manager confie une partie de son autorité à un collaborateur. On distingue enfin l'autorité hiérarchique (donner des ordres) de l'autorité fonctionnelle (donner des avis ou des instructions techniques dans son domaine de compétence).

6.6 Les principales structures

Structure Principe Avantages Inconvénients
Hiérarchique (linéaire) Chaque salarié a un seul chef (unité de commandement, Fayol) Simplicité, clarté des responsabilités Rigidité, lenteur, surcharge des chefs
Fonctionnelle Regroupement par fonction ; chaque salarié peut recevoir des ordres de plusieurs spécialistes (Taylor) Compétence des chefs Conflits d'ordres, dilution des responsabilités
Hiérarchico-fonctionnelle (staff and line) Structure hiérarchique complétée par des services fonctionnels de conseil (juridique, contrôle de gestion) Unité de commandement et expertise Tensions entre opérationnels et fonctionnels
Divisionnelle Divisions autonomes par produit, marché ou région, chacune avec ses fonctions (Sloan) Adaptation aux marchés, responsabilisation Doublons de moyens, coût
Matricielle Double rattachement : à un responsable fonctionnel et à un responsable de produit ou de projet Souplesse, partage des compétences Conflits de pouvoir, complexité
Par projet Équipes temporaires constituées pour un projet Mobilisation, réactivité Instabilité, retour difficile des membres
En réseau Entreprise centrée sur son cœur de métier, travaillant avec des partenaires externes Flexibilité, coûts réduits Dépendance envers les partenaires

Le choix d'une structure dépend de la taille, de la stratégie (diversification → structure divisionnelle), de l'environnement (stable ou turbulent), de la technologie et de l'âge de l'organisation, comme l'a montré la théorie de la contingence.

6.7 L'organigramme et l'organisation informelle

L'organigramme est la représentation graphique de la structure formelle : il montre les services, les postes, les liens hiérarchiques (traits pleins) et fonctionnels (traits pointillés). On le présente le plus souvent de manière verticale (pyramide), parfois horizontale ou circulaire. Il renseigne sur la structure retenue, les niveaux hiérarchiques, l'éventail de subordination et le degré de centralisation.

Mais l'organigramme ne dit pas tout : à côté de l'organisation formelle existe une organisation informelle, faite de relations personnelles, de réseaux d'entraide, de leaders d'opinion et de circuits d'information non officiels. Le manager doit la connaître : elle peut faciliter le travail ou, au contraire, bloquer un changement.

6.8 Méthode : diagnostiquer et recommander une structure

  1. Décrire la structure actuelle à partir de l'organigramme : type, niveaux, éventail, centralisation.
  2. Identifier les dysfonctionnements : lenteur, conflits d'ordres, doublons, surcharge de la direction.
  3. Analyser les facteurs de contingence : taille, stratégie, environnement, technologie.
  4. Comparer deux ou trois structures possibles (avantages, inconvénients).
  5. Recommander une structure et les mécanismes de coordination qui l'accompagnent ; proposer un organigramme simplifié.

⚠️ Les pièges à éviter

  • Confondre structure fonctionnelle (plusieurs chefs spécialisés, Taylor) et structure hiérarchique (un seul chef, Fayol).
  • Croire qu'une structure plate supprime tout contrôle : elle suppose des collaborateurs compétents et autonomes.
  • Oublier que la structure divisionnelle entraîne des doublons de moyens.
  • Confondre délégation (individuelle) et décentralisation (organisationnelle).
  • Analyser l'organigramme sans tenir compte de l'organisation informelle.
  • Recommander une structure sans la justifier par la taille, la stratégie ou l'environnement.

Exercice 1 — La croissance de la SA Méditerranée Agro

La SA Méditerranée Agro (Berkane) a été créée en 2005 pour conditionner des clémentines. Le fondateur, M. Hilali, prend lui-même toutes les décisions. Sous ses ordres se trouvent un responsable de la production, un responsable commercial et un comptable.

Depuis 2020, l'entreprise a beaucoup grandi : 600 salariés, trois activités très différentes (agrumes frais, jus de fruits, produits surgelés), des clients au Maroc, en Europe et en Afrique de l'Ouest. M. Hilali reçoit chaque jour des dizaines de demandes de décision ; les commandes export prennent du retard ; les responsables des jus et des surgelés se disputent les mêmes lignes de production et le même budget marketing.

Travail à faire :

  1. Quelle structure Méditerranée Agro avait-elle à sa création ? Quel mécanisme de coordination dominait ?
  2. Analysez les dysfonctionnements actuels.
  3. Proposez une nouvelle structure et justifiez-la par les facteurs de contingence. Présentez un organigramme simplifié.
  4. Quels sont les risques de la structure proposée, et comment les limiter ?
  5. L'atelier de conditionnement compte 216 opérateurs. Calculez le nombre de chefs d'équipe et de chefs d'atelier nécessaires avec un éventail de subordination de 9, puis de 6.
Voir le corrigé

1) Une structure hiérarchique simple, très centralisée autour du fondateur, avec une première spécialisation fonctionnelle (production, commercial, comptabilité). La coordination reposait sur la supervision directe de M. Hilali et l'ajustement mutuel dans une petite équipe.

2) Surcharge du dirigeant et lenteur des décisions (centralisation excessive pour 600 salariés) ; structure inadaptée à trois activités très différentes et à plusieurs marchés ; conflits entre responsables pour les ressources communes (lignes, budget), faute de règles d'arbitrage ; retards à l'export, faute de responsable dédié.

3) Une structure divisionnelle par activité : trois divisions (agrumes frais, jus, surgelés), chacune avec sa production, son marketing et ses objectifs, coordonnées par une direction générale qui fixe la stratégie et alloue les ressources ; des services fonctionnels communs (finance, ressources humaines, qualité) en position de conseil (staff). On peut ajouter un service export transversal ou organiser les ventes par zone. Justification : taille (600 salariés), stratégie de diversification, environnement varié (marchés et clients différents) : c'est la logique de Sloan.

Organigramme simplifié :

Niveau Postes
Direction générale M. Hilali (stratégie, allocation des ressources)
Fonctions communes (staff) Direction financière, direction des ressources humaines, qualité
Divisions Agrumes frais · Jus de fruits · Surgelés (chacune : production, marketing, ventes)
Transversal Service export (ou ventes par zone : Maroc, Europe, Afrique)

4) Risques : doublons de moyens (trois services marketing), concurrence entre divisions, perte de cohérence de la marque. Remèdes : objectifs et standardisation des résultats pour chaque division (chiffre d'affaires, marge), règles claires d'utilisation des équipements partagés, comité de direction mensuel, services communs pour les achats et la qualité. M. Hilali doit aussi déléguer réellement aux directeurs de division.

5) Éventail de 9 : $216 / 9 = \mathbf{24}$ chefs d'équipe, puis $24 / 9 \approx 2{,}7$, soit 3 chefs d'atelier. Éventail de 6 : $216 / 6 = \mathbf{36}$ chefs d'équipe, puis $36 / 6 = \mathbf{6}$ chefs d'atelier. L'éventail plus étroit coûte 15 managers de plus et allonge la ligne hiérarchique, mais permet un encadrement plus serré, utile si les opérateurs sont peu expérimentés.

Exercice 2 — Quel mécanisme de coordination ?

Identifiez le mécanisme de coordination dominant (Mintzberg) : a) Les caissiers d'un hypermarché appliquent une procédure identique pour chaque encaissement. b) Dans une équipe de quatre développeurs, chacun s'adapte aux autres au fil de la journée. c) Les agences régionales d'une banque doivent atteindre un objectif de crédits accordés, sans consigne sur la méthode. d) Les pharmaciens d'une officine travaillent ensemble sans procédure écrite, grâce à leur formation commune. e) Le contremaître d'un chantier de Tanger Med répartit chaque matin les ouvriers entre les tâches. f) Les bénévoles d'une association caritative agissent selon les valeurs de solidarité qu'ils partagent.

Voir le corrigé

a) Standardisation des procédés ; b) Ajustement mutuel ; c) Standardisation des résultats ; d) Standardisation des qualifications ; e) Supervision directe ; f) Standardisation des normes.

Exercice 3 — La matrice d'Atlas Engineering

Le bureau d'études Atlas Engineering (Casablanca, 80 ingénieurs) est organisé par métiers : génie civil, électricité, fluides. Pour chaque projet (un hôpital à Laâyoune, une usine à Kénitra), un chef de projet réunit des ingénieurs des différents métiers, qui continuent à dépendre de leur chef de métier.

  1. Quelle structure Atlas Engineering a-t-elle adoptée ?
  2. Quels avantages en tire-t-elle ?
  3. Quelles difficultés peut-elle rencontrer, et comment les limiter ?
Voir le corrigé

1) Une structure matricielle : chaque ingénieur a un double rattachement, à son chef de métier (fonction) et au chef de projet.

2) Partage des compétences entre projets, utilisation souple des ingénieurs, maintien de l'expertise dans chaque métier, orientation vers le client grâce au chef de projet.

3) Conflits d'autorité entre chef de métier et chef de projet, ingénieurs tiraillés entre deux priorités, réunions nombreuses. Remèdes : définir clairement les rôles (le chef de projet fixe le quoi et le quand, le chef de métier le comment et la qualité technique), arbitrage par la direction, outils communs de planification des ressources.

L'essentiel — Organiser

  • Organiser = diviser le travail (spécialisation) puis coordonner les activités séparées.
  • Division horizontale (tâches, services) et verticale (pouvoir de décision) ; remèdes à la monotonie : rotation, élargissement, enrichissement des tâches.
  • Mintzberg : ajustement mutuel, supervision directe, standardisation des procédés, des résultats, des qualifications, des normes.
  • Éventail de subordination : étroit → structure haute ; large → structure plate ; nombre de chefs = effectif / éventail, niveau par niveau.
  • Centralisation (cohérence, contrôle) contre décentralisation (rapidité, adaptation, motivation) ; la délégation en est l'outil individuel.
  • Autorité hiérarchique (ordres) et fonctionnelle (expertise).
  • Structures : hiérarchique (Fayol), fonctionnelle (Taylor), staff and line, divisionnelle (Sloan), matricielle (double rattachement), par projet, en réseau.
  • Choix selon la taille, la stratégie, l'environnement, la technologie (contingence).
  • Organigramme : services, postes, liens hiérarchiques et fonctionnels ; vertical, horizontal ou circulaire.
  • L'organisation informelle (réseaux, leaders d'opinion) complète ou contrarie la structure formelle.
1Organiser consiste à :
2La division verticale du travail répartit :
3Fixer à chaque commercial un objectif de ventes sans lui dicter la méthode relève de :
4Un éventail de subordination large donne une structure :
5Avec 240 opérateurs et un éventail de 8, il faut :
6La structure fondée sur l'unité de commandement est :
7La structure divisionnelle convient surtout à une entreprise :
8Le principal inconvénient de la structure matricielle est :
9Dans une structure staff and line, les services fonctionnels :
10L'organisation informelle désigne :

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