Le choix du mode de financement et le plan de financement
🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :
- énoncer les critères de choix d'un mode de financement (coût, risque, contrôle, flexibilité, capacité d'endettement) ;
- comparer un emprunt et un crédit-bail par leur coût actuariel après impôt et par la VAN du financement ;
- mesurer la capacité d'endettement d'une entreprise avec les ratios bancaires ;
- construire, analyser et équilibrer un plan de financement pluriannuel.
9.1 Les critères de choix d'un financement
Une fois le projet accepté, l'entreprise choisit le financement qui lui convient le mieux. Le coût est le premier critère, mais pas le seul :
| Critère | Question posée | Exemple |
|---|---|---|
| Coût | Quel est le coût actuariel après impôt ? | Emprunt à 5,6 % contre crédit-bail à 6,7 % |
| Risque financier | L'entreprise pourra-t-elle rembourser même en cas de mauvaise année ? | Échéances fixes d'un emprunt contre dividendes variables |
| Contrôle | Le financement dilue-t-il le pouvoir des associés actuels ? | Augmentation de capital ouverte à un fonds d'investissement |
| Flexibilité | L'entreprise pourra-t-elle encore emprunter demain ? | Un crédit-bail préserve les lignes bancaires |
| Disponibilité | Le financement est-il accessible ? | Une PME non cotée n'a pas accès au marché obligataire |
| Adéquation | La durée du financement correspond-elle à celle de l'investissement ? | Financer une machine de 7 ans par un crédit de 7 ans, pas par un découvert |
La règle de l'équilibre financier impose de financer les emplois stables (investissements, BFR structurel) par des ressources stables (fonds propres, dettes à moyen et long terme).
9.2 Comparer un emprunt et un crédit-bail
Le crédit-bail et l'emprunt financent tous deux l'acquisition d'un bien ; on les compare par leur coût actuariel après impôt.
Les flux du crédit-bail, vus par l'entreprise
Par rapport à un achat financé par emprunt, le crédit-bail :
- évite de payer le prix du bien à la date 0 : c'est une ressource égale au prix du bien ;
- oblige à payer des redevances, déductibles : décaissement net de $\text{Redevance} \times (1 - t)$ ;
- fait perdre l'économie d'impôt sur les amortissements que l'entreprise aurait obtenue en étant propriétaire : décaissement de $t \times DAP$ chaque année ;
- impose le paiement de l'option d'achat en fin de contrat (si elle est levée).
Le coût actuariel du crédit-bail est le taux $r$ qui égalise le prix du bien et la valeur actuelle de ces décaissements. On le compare au coût après impôt de l'emprunt, $k_d(1-t)$.
Exemple. La SARL Safi Conserves veut financer une machine de 600 000 DH, amortissable linéairement sur 5 ans (DAP : 120 000 DH). IS : 20 %.
- Emprunt à 7 %, sans frais : coût après impôt $7\,\% \times 0{,}8 = \mathbf{5{,}6\,\%}$.
- Crédit-bail : 5 redevances de 150 000 DH payables en fin d'année, option d'achat de 6 000 DH à la fin de l'année 5.
Flux annuel du crédit-bail : $-150\,000 \times 0{,}8 - 0{,}2 \times 120\,000 = -120\,000 - 24\,000 = -144\,000$ DH, et $-150\,000$ DH en année 5 avec l'option.
| Date | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Flux du crédit-bail | +600 000 | −144 000 | −144 000 | −144 000 | −144 000 | −150 000 |
La valeur actuelle nette de ces flux vaut − 11 063,93 DH à 6 % et + 5 293,65 DH à 7 % ; le coût actuariel est d'environ $6\,\% + 1\,\% \times \frac{11\,063{,}93}{16\,357{,}58} = \mathbf{6{,}68\,\%}$. Le crédit-bail coûte plus cher que l'emprunt (5,6 %) : sur le seul critère du coût, l'emprunt est préférable.
La VAN du financement
Une autre méthode consiste à actualiser les flux du crédit-bail au coût après impôt de l'emprunt. Si la VAN obtenue est positive, le crédit-bail est plus avantageux que l'emprunt ; si elle est négative, il est plus coûteux. Ici, à 5,6 %, la VAN des flux du crédit-bail est négative : l'emprunt l'emporte.
9.3 La capacité d'endettement
Avant de proposer un emprunt, il faut vérifier que la banque l'acceptera. Les banques marocaines utilisent des ratios simples :
| Ratio | Formule | Norme usuelle |
|---|---|---|
| Autonomie financière | Dettes financières / Capitaux propres | ≤ 1 |
| Capacité de remboursement | Dettes financières / CAF | ≤ 3 à 4 ans |
| Couverture des emplois stables | Ressources stables / Emplois stables | ≥ 1 |
| Poids des frais financiers | Charges financières / Excédent brut d'exploitation | Faible, souvent ≤ 30 % |
La capacité d'endettement maximale se déduit du ratio d'autonomie : si les capitaux propres s'élèvent à 5 millions de DH et les dettes financières à 3 millions, l'entreprise peut, en principe, s'endetter encore de 2 millions de DH. Elle doit aussi pouvoir rembourser : avec une CAF de 1,5 million de DH, 5 millions de dettes représenteraient 3,3 années de CAF, ce qui reste acceptable.
9.4 Le plan de financement
Définition et rôle
Définition — Plan de financement Tableau prévisionnel, établi sur 3 à 5 ans, qui recense année par année les emplois (besoins durables) et les ressources (financements) de l'entreprise, afin de vérifier que les projets envisagés sont finançables et que la trésorerie reste positive.
Il diffère du tableau de financement étudié en analyse financière, qui décrit le passé : le plan de financement porte sur l'avenir. Il est exigé par les banques à l'appui de toute demande de crédit d'investissement.
La structure
| Emplois | Ressources |
|---|---|
| Investissements (corporels, incorporels, financiers) | Capacité d'autofinancement prévisionnelle |
| Augmentation du BFR | Cessions d'immobilisations (nettes d'impôt) |
| Remboursements d'emprunts (part en capital) | Augmentations de capital |
| Dividendes à verser | Nouveaux emprunts |
| Subventions d'investissement | |
| Total des emplois | Total des ressources |
Pour chaque année : $\text{Solde} = \text{Ressources} - \text{Emplois}$, puis $\text{Trésorerie fin} = \text{Trésorerie début} + \text{Solde}$.
L'équilibrage
Une première version fait souvent apparaître des déficits. On équilibre le plan en jouant sur :
- les ressources : nouvel emprunt, crédit-bail au lieu d'un achat, apport des associés, subvention ;
- le calendrier : différé d'amortissement de l'emprunt, étalement des investissements ;
- les emplois : réduction des dividendes, meilleure gestion du BFR (stocks, délais clients).
Un plan bien construit laisse chaque année une trésorerie positive et une marge de sécurité, sans excédents trop importants qui coûteraient inutilement (un emprunt trop élevé fait payer des intérêts pour rien).
Exemple. Plan de financement de la SARL Safi Conserves (en milliers de DH), trésorerie initiale de 80 :
| Éléments | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Investissements | 1 500 | 200 | 100 |
| Augmentation du BFR | 150 | 50 | 30 |
| Remboursement des anciens emprunts | 120 | 120 | 120 |
| Remboursement du nouvel emprunt | 0 | 300 | 300 |
| Dividendes | 60 | 80 | 100 |
| Total des emplois | 1 830 | 750 | 650 |
| CAF prévisionnelle | 450 | 600 | 680 |
| Augmentation de capital | 200 | 0 | 0 |
| Nouvel emprunt | 1 200 | 0 | 0 |
| Cession d'immobilisation (nette d'impôt) | 50 | 0 | 0 |
| Total des ressources | 1 900 | 600 | 680 |
| Solde annuel | +70 | −150 | +30 |
| Trésorerie fin d'année | 150 | 0 | 30 |
Le plan est équilibré au sens strict (trésorerie jamais négative), mais la trésorerie tombe à zéro en année 2 : la moindre dérive mettrait l'entreprise en difficulté. On peut demander un différé d'un an sur le remboursement du nouvel emprunt, réduire le dividende de l'année 2 ou financer une partie des investissements par crédit-bail.
9.5 Méthode : choisir un financement et bâtir le plan
- Lister les financements possibles et vérifier leur disponibilité.
- Calculer le coût actuariel après impôt de chacun ; comparer emprunt et crédit-bail par le coût ou par la VAN du financement.
- Vérifier la capacité d'endettement : dettes financières / capitaux propres, dettes financières / CAF.
- Construire le plan de financement : emplois, ressources, solde, trésorerie cumulée.
- Équilibrer le plan en jouant sur les ressources, le calendrier et les emplois.
- Conclure sur la solution retenue en combinant coût, risque, contrôle et flexibilité.
⚠️ Les pièges à éviter
- Oublier, dans le crédit-bail, la perte de l'économie d'impôt sur les amortissements.
- Comparer le coût avant impôt de l'emprunt au coût après impôt du crédit-bail.
- Inscrire les intérêts dans les emplois du plan de financement : ils sont déjà déduits de la CAF ; seul le remboursement du capital est un emploi.
- Confondre plan de financement (prévisionnel) et tableau de financement (historique).
- Financer un investissement durable par un crédit de trésorerie.
- Se satisfaire d'un plan dont la trésorerie est positive mais nulle, sans marge de sécurité.
Exercice 1 — Emprunt ou crédit-bail pour la SA Berkane Agrumes
La SA Berkane Agrumes doit financer une ligne de calibrage de 1 500 000 DH, amortissable linéairement sur 5 ans. IS : 20 %. Deux solutions :
- Emprunt de 1 500 000 DH au taux de 7,5 %, remboursable par annuités constantes sur 5 ans, sans frais ;
- Crédit-bail sur 5 ans : redevances annuelles de 360 000 DH payables en fin d'année, option d'achat de 15 000 DH à la fin de l'année 5.
Données complémentaires : capitaux propres 4 000 000 DH ; dettes financières actuelles 2 800 000 DH ; CAF annuelle moyenne 1 300 000 DH.
Travail à faire :
- Calculez l'annuité de l'emprunt et le coût de l'emprunt après impôt.
- Présentez les flux du crédit-bail pour l'entreprise.
- La VAN de ces flux vaut − 18 410,77 DH à 5 % et + 22 888,53 DH à 6 %. Calculez le coût actuariel du crédit-bail après impôt.
- Quelle solution est la moins coûteuse ? Confirmez par la VAN du financement.
- Vérifiez la capacité d'endettement de la société si elle choisit l'emprunt. Conclusion ?
Voir le corrigé
1) $a = 1\,500\,000 \times \frac{0{,}075}{1 - 1{,}075^{-5}} = \mathbf{370\,747{,}08\ DH}$. Sans frais, le coût après impôt est $7{,}5\,\% \times 0{,}8 = \mathbf{6\,\%}$.
2) DAP perdues : $1\,500\,000 / 5 = 300\,000$ DH par an, soit une économie d'impôt perdue de $0{,}2 \times 300\,000 = 60\,000$ DH. Flux annuel : $-360\,000 \times 0{,}8 - 60\,000 = -288\,000 - 60\,000 = -348\,000$ DH ; en année 5, s'y ajoute l'option : $-348\,000 - 15\,000 = -363\,000$ DH.
| Date | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Flux du crédit-bail | +1 500 000 | −348 000 | −348 000 | −348 000 | −348 000 | −363 000 |
3) $r \approx 5\,\% + 1\,\% \times \frac{18\,410{,}77}{18\,410{,}77 + 22\,888{,}53} = 5\,\% + 0{,}45\,\% = \mathbf{5{,}45\,\%}$.
4) Le crédit-bail (5,45 %) est moins coûteux que l'emprunt (6 %). Confirmation : actualisés au coût après impôt de l'emprunt (6 %), les flux du crédit-bail ont une VAN de + 22 888,53 DH : choisir le crédit-bail plutôt que l'emprunt fait gagner environ 22 900 DH en valeur actuelle.
5) Avec l'emprunt, les dettes financières passeraient à $2\,800\,000 + 1\,500\,000 = 4\,300\,000$ DH :
- dettes financières / capitaux propres : $4\,300\,000 / 4\,000\,000 = \mathbf{1{,}075}$, au-dessus de la norme de 1 ;
- dettes financières / CAF : $4\,300\,000 / 1\,300\,000 = \mathbf{3{,}3}$ ans, acceptable.
L'emprunt dégraderait l'autonomie financière au-delà de la norme bancaire. Le crédit-bail, moins cher ici, présente en outre l'avantage de ne pas peser sur les lignes de crédit bancaires (même si les analystes retraitent les engagements de crédit-bail). Il est donc recommandé.
Exercice 2 — Le plan de financement de la SARL Ifrane Hôtellerie
Données prévisionnelles (en milliers de DH) ; trésorerie initiale : 100.
| Éléments | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Investissements | 2 400 | 0 | 300 |
| Augmentation du BFR | 100 | 20 | 20 |
| Remboursement des emprunts existants | 200 | 200 | 200 |
| Dividendes | 0 | 100 | 150 |
| CAF prévisionnelle (avant nouvel emprunt) | 600 | 900 | 1 000 |
| Apport des associés | 800 | 0 | 0 |
| Prime à l'investissement | 240 | 0 | 0 |
- Établissez le plan de financement et la trésorerie de fin d'année. Conclusion ?
- La banque propose un emprunt de 1 200 en début d'année 1, au taux de 7 %, remboursable par amortissements constants de 240 à partir de la fin de l'année 2. Les intérêts nets d'IS réduisent la CAF de 67,2 en années 1 et 2 et de 53,76 en année 3. Établissez le nouveau plan.
Voir le corrigé
1)
| Éléments | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Total des emplois | 2 700 | 320 | 670 |
| Total des ressources | 1 640 | 900 | 1 000 |
| Solde | −1 060 | +580 | +330 |
| Trésorerie fin d'année | −960 | −380 | −50 |
Le plan est déséquilibré : la trésorerie est négative pendant trois ans. L'investissement de l'année 1 ne peut pas être financé par les seuls apports et la CAF.
2)
| Éléments | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Emplois initiaux | 2 700 | 320 | 670 |
| Remboursement du nouvel emprunt | 0 | 240 | 240 |
| Total des emplois | 2 700 | 560 | 910 |
| CAF après intérêts | 532,8 | 832,8 | 946,24 |
| Apport et prime | 1 040 | 0 | 0 |
| Nouvel emprunt | 1 200 | 0 | 0 |
| Total des ressources | 2 772,8 | 832,8 | 946,24 |
| Solde | +72,8 | +272,8 | +36,24 |
| Trésorerie fin d'année | 172,8 | 445,6 | 481,84 |
Le plan est désormais équilibré, avec une trésorerie positive chaque année. L'excédent qui s'accumule (481,84 en année 3) permettrait éventuellement d'emprunter un peu moins ou de prévoir le remboursement anticipé d'un emprunt existant.
Exercice 3 — Combien peut-on encore emprunter ?
La SA Settat Matériaux présente : capitaux propres 6 000 milliers de DH ; dettes financières 4 200 ; CAF annuelle 1 200. Sa banque applique deux règles : dettes financières ≤ capitaux propres et dettes financières ≤ 4 années de CAF.
- Calculez le montant maximal de dette supplémentaire selon chaque règle.
- Quelle est la contrainte déterminante ? Que conseillez-vous pour un projet de 1 500 ?
Voir le corrigé
1) Autonomie financière : $6\,000 - 4\,200 = \mathbf{1\,800}$. Capacité de remboursement : $4 \times 1\,200 - 4\,200 = 4\,800 - 4\,200 = \mathbf{600}$.
2) C'est la capacité de remboursement qui limite l'endettement : 600 seulement. Pour un projet de 1 500, il faut compléter la dette par des fonds propres (augmentation de capital, apports en comptes courants bloqués), par un crédit-bail ou par une prime à l'investissement, et vérifier que le projet augmentera la CAF, ce qui relèvera la capacité d'emprunt future.
L'essentiel — Choix du financement et plan de financement
- Critères : coût après impôt, risque financier, contrôle, flexibilité, disponibilité, adéquation des durées.
- Équilibre financier : emplois stables financés par des ressources stables.
- Flux du crédit-bail vus par l'entreprise : + prix du bien à la date 0 ; − redevance × (1 − t) ; − t × DAP (économie d'impôt perdue) ; − option d'achat.
- Coût actuariel du crédit-bail : taux qui égalise le prix du bien et ces décaissements ; à comparer à $k_d(1-t)$ de l'emprunt.
- VAN du financement : flux du crédit-bail actualisés au coût après impôt de l'emprunt ; positive → crédit-bail plus avantageux.
- Capacité d'endettement : dettes financières / capitaux propres ≤ 1 ; dettes financières / CAF ≤ 3 à 4 ans ; ressources stables / emplois stables ≥ 1.
- Plan de financement : prévisionnel sur 3 à 5 ans ; exigé par les banques ; à distinguer du tableau de financement (historique).
- Emplois : investissements, augmentation du BFR, remboursements d'emprunts (capital), dividendes. Ressources : CAF, cessions nettes, augmentations de capital, emprunts, subventions.
- Les intérêts ne sont pas des emplois : ils sont déjà déduits de la CAF.
- Équilibrage : nouvel emprunt, crédit-bail, apport, différé, étalement des investissements, baisse des dividendes ; garder une marge de sécurité de trésorerie.
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