Chapitre 6 · Semestre 5

Les instruments de la politique commerciale

Théories du Commerce International

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • présenter les instruments tarifaires et non tarifaires de la politique commerciale ;
  • analyser les effets d'un droit de douane dans un petit pays à l'aide des surplus ;
  • comparer droit de douane, quota et subvention à la production ;
  • expliquer l'effet d'un droit de douane dans un grand pays et la notion de tarif optimal ;
  • calculer un taux de protection effective.

6.1 Les instruments de la politique commerciale

Définition — Politique commerciale : ensemble des mesures par lesquelles un État agit sur ses échanges extérieurs de biens et de services (droits de douane, contingents, normes, aides à l'exportation, accords commerciaux).

Catégorie Instrument Fonctionnement
Tarifaire Droit de douane ad valorem Pourcentage de la valeur en douane (exemple : 17,5 %)
Droit de douane spécifique Montant fixe par unité physique (DH par tonne, par litre)
Quantitatif Contingent (quota) Limitation de la quantité importée, souvent par licences
Restriction « volontaire » des exportations Le pays exportateur limite ses ventes sous la pression de l'importateur
Aides Subvention à l'exportation Prime par unité exportée
Subvention à la production Aide aux producteurs nationaux, qu'ils vendent sur place ou à l'étranger
Non tarifaire Normes techniques, sanitaires et phytosanitaires Conditions de mise sur le marché (étiquetage, résidus de pesticides)
Procédures administratives, marchés publics réservés Coûts et délais qui découragent les importations
Défense commerciale Droits antidumping, compensateurs, sauvegardes Réponses encadrées par l'OMC à des pratiques déloyales ou à une poussée d'importations

Depuis la baisse négociée des droits de douane au GATT, les obstacles non tarifaires ont pris une importance croissante. Ils ne sont pas tous protectionnistes : une norme sanitaire protège le consommateur. Mais une norme peut aussi être conçue pour écarter les produits étrangers. Les exportateurs marocains de fruits et légumes, par exemple, doivent respecter les limites européennes de résidus de pesticides, qui pèsent plus sur leurs coûts que les droits de douane.

6.2 Le droit de douane dans un petit pays : l'analyse en surplus

On appelle petit pays un pays dont les achats sont trop faibles pour influencer le prix mondial $P_m$ : il est preneur de prix. On rappelle les deux mesures du bien-être utilisées en microéconomie :

  • le surplus du consommateur : différence entre ce que les consommateurs étaient prêts à payer et ce qu'ils paient ; c'est l'aire sous la courbe de demande et au-dessus du prix ;
  • le surplus du producteur : différence entre le prix reçu et le coût marginal ; c'est l'aire au-dessus de la courbe d'offre et sous le prix.

En libre-échange, le prix intérieur est égal au prix mondial. Les importations comblent l'écart entre la demande $Q_d$ et l'offre nationale $Q_s$.

Un droit de douane spécifique $t$ élève le prix intérieur à $P_m + t$. Quatre effets apparaissent :

Effet Mesure
Consommateurs Ils paient plus cher et achètent moins : perte de surplus (aire $a + b + c + d$)
Producteurs nationaux Ils vendent plus cher et produisent plus : gain de surplus (aire $a$)
État Il perçoit des recettes douanières $t \times M$ (aire $c$)
Bilan national Perte nette égale aux deux triangles $b + d$

Sur le graphique offre-demande, entre le prix mondial et le prix $P_m + t$ : $a$ est le trapèze situé à gauche de la courbe d'offre (jusqu'à l'ancienne production) ; $b$ le triangle compris entre la courbe d'offre, l'ancienne et la nouvelle production ; $c$ le rectangle de hauteur $t$ et de largeur égale aux nouvelles importations ; $d$ le triangle compris entre la nouvelle et l'ancienne consommation, sous la courbe de demande.

Le triangle $b$ est la perte de production : des producteurs nationaux moins efficaces produisent ce qui pourrait être importé moins cher. Le triangle $d$ est la perte de consommation : des consommateurs renoncent à des achats qu'ils auraient faits au prix mondial. Pour un petit pays, le droit de douane réduit toujours le bien-être national : il transfère du revenu des consommateurs vers les producteurs et l'État, avec une perte nette.

6.3 Contingent et subvention

Le contingent qui limite les importations à la quantité qu'aurait laissé passer le droit de douane produit le même prix intérieur et les mêmes pertes nettes. La différence porte sur l'aire $c$ : au lieu d'être une recette de l'État, elle devient une rente contingentaire pour les détenteurs de licences d'importation, qui achètent au prix mondial et revendent au prix intérieur. Cette rente encourage la recherche de licences et la corruption, sauf si l'État vend les licences aux enchères. Le contingent est aussi plus rigide : si la demande augmente, le prix intérieur monte, alors qu'avec un droit de douane, les importations supplémentaires entrent au prix $P_m + t$.

La subvention à la production atteint l'objectif de soutien aux producteurs avec un coût moindre : les producteurs reçoivent $P_m + s$, mais les consommateurs continuent de payer le prix mondial. Seule subsiste la perte de production $b$ ; la perte de consommation $d$ disparaît. En revanche, elle coûte au budget au lieu de lui rapporter. C'est un résultat général : pour corriger une distorsion de production, mieux vaut un instrument qui agit directement sur la production qu'un droit de douane qui touche aussi la consommation.

La subvention à l'exportation augmente le prix reçu par les exportateurs ; dans le pays, le prix monte aussi (les producteurs préfèrent exporter), ce qui pénalise les consommateurs. Elle est interdite par l'OMC pour les produits industriels et a été progressivement éliminée pour les produits agricoles.

6.4 Le grand pays et le tarif optimal

Un grand pays importe des quantités suffisantes pour influencer le prix mondial. Quand il impose un droit de douane, sa demande d'importations diminue, ce qui fait baisser le prix mondial : une partie du droit est supportée par les exportateurs étrangers. Le pays améliore ainsi ses termes de l'échange.

Si ce gain de termes de l'échange dépasse les pertes de production et de consommation, le droit de douane accroît le bien-être national. Il existe un tarif optimal, positif, qui maximise ce bien-être. Mais ce gain se fait au détriment des partenaires : c'est une politique non coopérative, qui appelle des représailles. Si tous les grands pays la pratiquent, tous y perdent, ce qui justifie les négociations multilatérales de l'OMC.

6.5 La protection effective

Le droit de douane sur le produit fini (taux nominal) ne mesure pas la protection réelle d'une activité, car l'entreprise achète aussi des intrants, eux-mêmes parfois taxés. Ce qui compte pour le producteur, c'est la protection de sa valeur ajoutée.

Définition — Taux de protection effective (Corden, 1966) : augmentation en pourcentage de la valeur ajoutée d'une branche permise par l'ensemble des droits de douane, par rapport à la valeur ajoutée aux prix mondiaux : $$TPE = \frac{t_f - a \cdot t_i}{1 - a}$$ où $t_f$ est le droit sur le produit fini, $t_i$ le droit sur les intrants et $a$ la part des intrants dans le prix mondial du produit fini.

Exemple : un véhicule vaut 100 000 DH sur le marché mondial, dont 60 000 DH de composants importés ($a = 0{,}6$). Le droit est de 25 % sur le véhicule et de 10 % sur les composants :

$$TPE = \frac{0{,}25 - 0{,}6 \times 0{,}10}{1 - 0{,}6} = \frac{0{,}19}{0{,}4} = 47{,}5\,\%$$

La protection réelle de l'assemblage (47,5 %) est presque le double du droit nominal (25 %). Une structure tarifaire en escalade, avec des droits faibles sur les matières premières et les intrants et élevés sur les produits finis, accorde ainsi une forte protection effective aux activités de transformation finale. C'est le cas de nombreux tarifs, dont le tarif marocain, qui applique des quotités croissantes avec le degré d'ouvraison du produit.

6.6 Méthode : résoudre un exercice de droit de douane

  1. Calculer l'équilibre de libre-échange au prix mondial : $Q_d$, $Q_s$, $M = Q_d - Q_s$.
  2. Calculer l'équilibre avec droit au prix $P_m + t$ : nouvelles quantités et importations.
  3. Calculer les variations de surplus (aires de trapèzes) : $\Delta SC$, $\Delta SP$, recettes $t \times M$.
  4. En déduire la perte nette et vérifier qu'elle est égale aux deux triangles.
  5. Comparer avec un contingent (rente) ou une subvention (coût budgétaire, perte réduite).

Les pièges à éviter

  • Oublier que, dans un petit pays, le droit de douane est entièrement supporté par les consommateurs nationaux.
  • Compter les recettes douanières comme une perte : elles sont un transfert vers l'État.
  • Dire qu'un contingent et un droit de douane équivalents ont exactement les mêmes effets : la recette devient une rente.
  • Confondre protection nominale et protection effective.
  • Présenter le tarif optimal comme une politique recommandable : il suppose un grand pays et l'absence de représailles.

Exercice 1 — Effets d'un droit de douane

Sur le marché d'un bien, dans un petit pays, la demande et l'offre nationales sont : $Q_d = 120 - P$ et $Q_s = P - 20$. Le prix mondial est $P_m = 40$.

Travail à faire :

  1. Calculez le prix et les quantités d'équilibre en autarcie.
  2. Calculez la consommation, la production nationale et les importations en libre-échange.
  3. Le pays impose un droit de douane spécifique de 10 par unité. Calculez les nouvelles quantités.
  4. Calculez la variation du surplus des consommateurs, du surplus des producteurs, les recettes douanières et la perte nette.
  5. Quel contingent produirait le même prix intérieur ? Qui recevrait l'équivalent des recettes douanières ?
  6. Sachant que les intrants représentent 50 % du prix mondial du produit et sont importés en franchise, calculez le taux de protection effective.
Voir le corrigé

1) Autarcie : $120 - P = P - 20$, d'où $P = \mathbf{70}$ et $Q = \mathbf{50}$.

2) Libre-échange ($P = 40$) : $Q_d = 80$, $Q_s = 20$, importations $M = \mathbf{60}$.

3) Avec le droit ($P = 50$) : $Q_d = 70$, $Q_s = 30$, importations $M = \mathbf{40}$.

4) Variations de surplus (aires de trapèzes entre les prix 40 et 50) :

  • consommateurs : $\Delta SC = -\frac{(80 + 70)}{2} \times 10 = \mathbf{-750}$ ;
  • producteurs : $\Delta SP = +\frac{(20 + 30)}{2} \times 10 = \mathbf{+250}$ ;
  • recettes douanières : $10 \times 40 = \mathbf{+400}$ ;
  • perte nette : $-750 + 250 + 400 = \mathbf{-100}$.

Vérification par les triangles : perte de production $\frac{(30 - 20) \times 10}{2} = 50$ ; perte de consommation $\frac{(80 - 70) \times 10}{2} = 50$ ; total 100.

5) Un contingent de 40 unités porte le prix intérieur à 50 (la demande nette des importations, $Q_d - Q_s = (120 - P) - (P - 20) = 140 - 2P$, vaut 40 pour $P = 50$). Les 400 de recettes deviennent une rente contingentaire pour les détenteurs de licences, qui achètent à 40 et revendent à 50, sauf si l'État vend les licences aux enchères.

6) $TPE = \frac{t_f - a \, t_i}{1 - a}$, avec $t_f = 10 / 40 = 25\,\%$, $a = 0{,}5$ et $t_i = 0$ : $TPE = \frac{0{,}25}{0{,}5} = \mathbf{50\,\%}$. La valeur ajoutée des producteurs nationaux peut être supérieure de moitié à celle qu'ils obtiendraient aux prix mondiaux : la protection effective est le double de la protection nominale.

Exercice 2 — Subvention à la production ou droit de douane ?

On reprend le marché du cours : $Q_d = 120 - P$, $Q_s = P - 20$, $P_m = 40$. Au lieu d'un droit de douane, l'État verse aux producteurs une subvention de 10 par unité produite.

  1. Calculez la production nationale, la consommation et les importations.
  2. Calculez la variation du surplus des producteurs, du surplus des consommateurs et le coût budgétaire.
  3. Comparez la perte nette avec celle du droit de douane de 10 (perte de 100).
Voir le corrigé

1) Les producteurs reçoivent $40 + 10 = 50$ : $Q_s = 30$. Les consommateurs paient le prix mondial 40 : $Q_d = 80$. Importations : $80 - 30 = \mathbf{50}$.

2) $\Delta SP = \frac{(20 + 30)}{2} \times 10 = \mathbf{+250}$ ; $\Delta SC = \mathbf{0}$ ; coût budgétaire $= 10 \times 30 = \mathbf{300}$.

3) Perte nette $= 250 - 300 = \mathbf{-50}$, soit la seule perte de production (triangle de 50). Elle est deux fois plus faible qu'avec le droit de douane (100), car la consommation n'est pas réduite. Pour le même soutien à la production (30 unités), la subvention est plus efficace ; mais elle doit être financée par l'impôt.

Exercice 3 — Escalade tarifaire et protection effective

Une confiserie produit des bonbons dont le prix mondial est de 50 DH le kilo ; le sucre et les autres intrants représentent 30 DH par kilo.

  1. Calculez le taux de protection effective si le droit est de 20 % sur les bonbons et de 2,5 % sur les intrants.
  2. Même question si le droit sur les intrants est porté à 40 %.
  3. Commentez.
Voir le corrigé

$a = 30 / 50 = 0{,}6$.

1) $TPE = \frac{0{,}20 - 0{,}6 \times 0{,}025}{0{,}4} = \frac{0{,}185}{0{,}4} = \mathbf{46{,}25\,\%}$.

2) $TPE = \frac{0{,}20 - 0{,}6 \times 0{,}40}{0{,}4} = \frac{-0{,}04}{0{,}4} = \mathbf{-10\,\%}$.

3) Avec une structure en escalade (intrants peu taxés), la protection effective de la transformation est plus du double de la protection nominale. Si les intrants sont plus taxés que le produit fini, la protection effective devient négative : le tarif pénalise les producteurs nationaux par rapport aux importations de produits finis. Le niveau des droits sur les intrants est donc décisif pour la compétitivité des industries de transformation.

L'essentiel — Les instruments de la politique commerciale

  • Instruments : droits ad valorem ou spécifiques, contingents, restrictions volontaires, subventions, obstacles non tarifaires (normes, procédures), défense commerciale (antidumping, sauvegardes).
  • Petit pays preneur de prix : le droit $t$ porte le prix intérieur à $P_m + t$.
  • Effets : perte des consommateurs $(a + b + c + d)$, gain des producteurs $(a)$, recettes $t \times M$ $(c)$, perte nette $= b + d$ (pertes de production et de consommation).
  • Contingent équivalent : même prix, mêmes pertes, mais la recette devient une rente contingentaire ; plus rigide si la demande augmente.
  • Subvention à la production : soutient les producteurs sans pénaliser les consommateurs ; seule la perte de production subsiste, mais coût budgétaire.
  • Grand pays : le droit fait baisser le prix mondial, gain de termes de l'échange ; tarif optimal positif mais non coopératif (représailles).
  • Subvention à l'exportation : interdite par l'OMC pour les produits industriels ; elle renchérit aussi le prix intérieur.
  • Protection effective (Corden) : $TPE = \frac{t_f - a\, t_i}{1 - a}$ ; une structure en escalade protège fortement la transformation finale.
1Un droit de douane ad valorem est :
2Dans un petit pays, un droit de douane :
3La perte nette d'un droit de douane dans un petit pays correspond :
4Avec Qd = 120 − P, Qs = P − 20 et P = 50, les importations sont :
5Avec un contingent, l'équivalent des recettes douanières devient :
6Par rapport au droit de douane, la subvention à la production évite :
7Un grand pays peut gagner à un droit de douane grâce :
8La formule de la protection effective est due à :
9tf = 25 %, ti = 10 %, a = 0,6 : le taux de protection effective vaut :
10Une structure tarifaire en escalade :

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