Chapitre 7 · Semestre 1

Les systèmes économiques

Introduction aux Sciences Économiques

🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • définir un système économique et les critères qui permettent de le caractériser ;
  • présenter le capitalisme, ses fondements, ses étapes et ses variétés ;
  • présenter le système socialiste planifié, son fonctionnement et ses limites ;
  • expliquer l'économie mixte et les transitions vers le marché ;
  • situer la trajectoire de l'économie marocaine depuis l'indépendance.

7.1 Qu'est-ce qu'un système économique ?

Définition — Système économique : ensemble cohérent d'institutions, de règles et de comportements qui organise la production, la répartition et la consommation des richesses dans une société, c'est-à-dire la manière dont elle répond aux trois questions fondamentales (que produire, comment, pour qui).

On le caractérise par trois critères :

  1. le régime de propriété des moyens de production : privée, collective (État, coopératives) ou mixte ;
  2. le mode de coordination des décisions : le marché (décentralisé, par les prix) ou le plan (centralisé, par des ordres) ;
  3. le mobile de l'activité économique : la recherche du profit ou la satisfaction des besoins définis collectivement.

Il faut distinguer le système, modèle abstrait, du régime économique, forme concrète qu'il prend dans un pays et à une époque donnés. Il n'existe pas de capitalisme ou de socialisme « pur » : chaque pays combine les deux logiques à des degrés divers.

7.2 Le capitalisme : fondements

Définition — Capitalisme : système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production, la liberté d'entreprendre et d'échanger, la coordination par le marché et la recherche du profit, dans lequel les détenteurs du capital emploient des travailleurs salariés.

Ses fondements sont :

  • la propriété privée : l'entrepreneur possède son usine, son commerce, ses terres et décide de leur usage ;
  • la liberté économique : liberté d'entreprendre, de fixer les prix, de choisir son emploi, de conclure des contrats ;
  • le marché et la concurrence : les prix coordonnent les décisions et poussent à l'efficacité ;
  • le salariat : la majorité des actifs vendent leur force de travail contre un salaire ;
  • le profit comme moteur : il récompense le risque pris et finance l'accumulation du capital.

Pour Adam Smith, l'intérêt individuel, canalisé par la concurrence, conduit à l'intérêt général (la « main invisible »). Pour Joseph Schumpeter, le moteur du capitalisme est l'innovation apportée par l'entrepreneur, qui provoque une destruction créatrice : les nouvelles activités remplacent les anciennes. Pour Max Weber (L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905), son essor s'explique aussi par des valeurs culturelles favorables à l'épargne et au travail méthodique.

7.3 Les étapes et les variétés du capitalisme

Le capitalisme a pris des formes successives :

Étape Période Caractéristiques
Capitalisme marchand XVIe-XVIIIe siècles Grand commerce maritime, compagnies des Indes, accumulation par l'échange
Capitalisme industriel XIXe siècle Révolution industrielle, usines, machine à vapeur, salariat ouvrier
Capitalisme managérial XXe siècle Grandes entreprises dirigées par des managers salariés, production de masse (fordisme), État providence
Capitalisme financier et mondialisé Depuis les années 1980 Poids des marchés financiers et des actionnaires, firmes multinationales, chaînes de valeur mondiales, numérique

Il existe aussi des variétés de capitalisme. Michel Albert (Capitalisme contre capitalisme, 1991) oppose le modèle anglo-saxon (marchés financiers, court terme, faible protection sociale) au modèle rhénan (Allemagne, Japon : banques, cogestion avec les syndicats, long terme, forte protection sociale). Les pays nordiques ajoutent un modèle social-démocrate combinant marché ouvert et fort État providence.

Les critiques du capitalisme portent sur les inégalités, l'instabilité (crises de 1929 et de 2008), les dommages environnementaux et la tendance à la concentration (monopoles).

7.4 Le socialisme planifié

Définition — Socialisme (économie planifiée) : système fondé sur la propriété collective des moyens de production, la coordination des décisions par un plan central et l'objectif de satisfaire les besoins de la population et de supprimer l'exploitation.

Il s'inspire de la critique du capitalisme par Karl Marx (chapitre 8). Après la révolution de 1917, l'Union soviétique le met en œuvre : nationalisation de l'industrie, collectivisation des terres (années 1930), et planification impérative confiée au Gosplan, qui fixe pour chaque entreprise les quantités à produire, les moyens attribués et les prix. Le modèle s'étend après 1945 à l'Europe de l'Est, à la Chine (1949), à Cuba (1959).

Il permet d'abord une industrialisation rapide (industrie lourde, électricité), le plein-emploi officiel et l'accès gratuit à l'éducation et à la santé. Mais il souffre de défauts majeurs :

  • le plan ne dispose pas de l'information que fournissent les prix sur les besoins et les coûts (critique de Hayek et von Mises) ;
  • les entreprises cherchent à remplir les quantités du plan, pas à innover ni à satisfaire les consommateurs ;
  • d'où des pénuries chroniques, des files d'attente et une qualité médiocre : János Kornai parle d'« économie de pénurie » (1980) ;
  • la contrainte budgétaire molle : une entreprise déficitaire est toujours renflouée par l'État, ce qui n'incite pas à l'efficacité.

7.5 Les transitions et l'économie mixte

À partir de 1978, la Chine de Deng Xiaoping engage des réformes graduelles : décollectivisation agricole, zones économiques spéciales, ouverture aux capitaux étrangers, tout en conservant le contrôle du Parti : c'est l'« économie socialiste de marché ». Après la chute du mur de Berlin (1989) et la disparition de l'URSS (1991), les pays d'Europe de l'Est passent à l'économie de marché, souvent par une thérapie de choc (libéralisation des prix et privatisations massives en quelques années), avec une forte récession initiale.

Définition — Économie mixte : système qui combine la propriété privée et le marché avec une intervention importante de l'État (entreprises publiques, réglementation, planification indicative, redistribution).

La plupart des pays sont aujourd'hui des économies mixtes. La planification indicative (France, 1946) fixe des orientations sans contraindre les entreprises privées. L'économie sociale et solidaire (coopératives, mutuelles, associations) constitue un troisième secteur, ni capitaliste au sens strict ni public.

7.6 La trajectoire de l'économie marocaine

Le Maroc a fait le choix, dès l'indépendance, d'une économie de marché avec une forte intervention de l'État :

  • années 1960-1970 : plans quinquennaux indicatifs, création d'entreprises publiques et d'offices, politique de grands barrages lancée en 1967, marocanisation de 1973 qui impose une participation majoritaire marocaine dans certaines entreprises ;
  • 1983-1993 : crise de la dette et programme d'ajustement structurel (PAS) avec le FMI et la Banque mondiale : réduction des déficits, libéralisation du commerce et des prix ;
  • à partir de 1989 : privatisations (loi 39-89), ouverture et accords de libre-échange (accord d'association avec l'Union européenne, accord avec les États-Unis entré en vigueur en 2006) ;
  • depuis les années 2000 : État stratège qui pilote des plans sectoriels et de grands chantiers, et Nouveau modèle de développement (2021), qui insiste sur le rôle du secteur privé, du capital humain et de l'inclusion.

La Constitution de 2011 consacre ce choix : l'article 35 garantit le droit de propriété, la liberté d'entreprendre et la libre concurrence, tout en assignant à l'État la recherche du développement humain durable et de la justice sociale. Le Maroc est donc une économie mixte à dominante de marché.

7.7 Méthode : caractériser un système économique

  1. Propriété : qui possède les moyens de production (privés, État, coopératives) ? Dans quelles proportions ?
  2. Coordination : les prix sont-ils libres ou fixés ? Existe-t-il un plan, impératif ou indicatif ?
  3. Mobile : profit, satisfaction des besoins, intérêt des membres ?
  4. Rôle de l'État : gendarme, providence, stratège (chapitre 6) ?
  5. Conclusion nuancée : situer le pays sur un continuum entre marché et plan plutôt que de le ranger dans une case « pure ».

⚠️ Les pièges à éviter

  • Confondre système (modèle abstrait) et régime (forme concrète dans un pays).
  • Assimiler socialisme et absence totale de monnaie ou de marché : l'URSS utilisait la monnaie et les salaires.
  • Confondre planification impérative (ordres obligatoires) et indicative (orientations).
  • Présenter le capitalisme comme un modèle unique : il existe plusieurs variétés.
  • Croire que le Maroc a connu une économie planifiée : ses plans quinquennaux étaient indicatifs.

Exercice 1 — Trois économies à comparer

Voici trois situations :

  • Pays A : 90 % des entreprises appartiennent à l'État ; un comité central fixe chaque année les quantités à produire, les prix et les salaires ; les magasins connaissent des files d'attente.
  • Pays B : les entreprises sont presque toutes privées ; les prix sont libres ; l'État prélève peu d'impôts, laisse les retraites aux fonds de pension et se concentre sur la défense, la justice et la police.
  • Pays C : les entreprises sont surtout privées, mais l'État détient l'entreprise nationale d'électricité et une grande entreprise minière ; il fixe le prix du gaz domestique, finance une assurance maladie obligatoire et publie des stratégies sectorielles.
  1. Caractérisez chaque pays selon les trois critères de la section 7.1.
  2. Nommez le système (ou le régime) de chacun.
  3. Expliquez les files d'attente du pays A à l'aide de Kornai et de Hayek.
  4. Dans quelle catégorie classer le Maroc ? Justifiez avec deux arguments historiques et un argument juridique.
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1) A : propriété collective, coordination par le plan impératif, mobile officiel de satisfaction des besoins. B : propriété privée, coordination par le marché, mobile du profit, État minimal. C : propriété majoritairement privée avec un secteur public, coordination par le marché corrigée par l'État (prix réglementés, stratégies), mobiles du profit et de l'intérêt général.

2) A : socialisme planifié (de type soviétique). B : capitalisme libéral avec un État gendarme. C : économie mixte.

3) Le plan fixe des prix trop bas et des quantités qui ne correspondent pas aux besoins, faute de l'information que donnent les prix sur la rareté (Hayek). Les entreprises, assurées d'être renflouées (contrainte budgétaire molle), cherchent à remplir le plan plutôt qu'à satisfaire la demande. La demande dépasse durablement l'offre : c'est l'économie de pénurie décrite par Kornai.

4) Le Maroc est une économie mixte à dominante de marché, comme le pays C. Arguments historiques : choix d'une économie de marché avec des plans indicatifs et des entreprises publiques après 1956 ; libéralisation et privatisations après le PAS (1983) et la loi 39-89. Argument juridique : l'article 35 de la Constitution de 2011 garantit la propriété, la liberté d'entreprendre et la libre concurrence, tout en donnant à l'État des objectifs de justice sociale.

Exercice 2 — Planification impérative ou indicative ?

Classez chaque mesure : 1) le Gosplan ordonne à une usine de produire 50 000 paires de chaussures ; 2) un plan national fixe un objectif de 3 millions d'hectares irrigués et propose des subventions aux agriculteurs qui investissent dans le goutte-à-goutte ; 3) l'État fixe les prix de tous les biens de consommation ; 4) une stratégie industrielle propose des terrains équipés et des primes aux constructeurs automobiles qui s'installent dans une zone franche.

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  1. Planification impérative : ordre obligatoire donné à une entreprise d'État.

  2. Planification indicative : un objectif national et des incitations, les agriculteurs restant libres de leurs décisions.

  3. Planification impérative : les prix ne résultent plus du marché mais d'une décision centrale.

  4. Politique incitative d'un État stratège : les entreprises restent libres de venir ou non ; c'est compatible avec l'économie de marché.

Exercice 3 — Schumpeter et la destruction créatrice

Les plateformes de VTC et les applications de livraison se développent dans les grandes villes marocaines, en concurrence avec les petits taxis et certains commerces. 1) Expliquez ce phénomène avec la notion de destruction créatrice. 2) Qui gagne, qui perd ? 3) Quel rôle peut jouer l'État ?

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  1. Une innovation (application mobile, géolocalisation, paiement en ligne) crée de nouvelles activités et de nouveaux emplois, et menace des activités existantes : pour Schumpeter, ce mouvement est le moteur du capitalisme.

  2. Gagnants : les consommateurs (service plus pratique, parfois moins cher), les entreprises innovantes et leurs chauffeurs ou livreurs. Perdants : les activités anciennes (titulaires d'agréments de taxi, commerces moins adaptés), au moins à court terme.

  3. L'État peut adapter la réglementation (conditions d'exercice, assurance, fiscalité), protéger les travailleurs des plateformes (couverture sociale) et accompagner la reconversion des perdants, sans bloquer l'innovation.

L'essentiel — Les systèmes économiques

  • Système économique : institutions et règles qui répondent aux trois questions ; critères : propriété, coordination (marché ou plan), mobile (profit ou besoins). Système ≠ régime.
  • Capitalisme : propriété privée, liberté d'entreprendre, marché et concurrence, salariat, profit ; main invisible (Smith), destruction créatrice (Schumpeter), esprit du capitalisme (Weber, 1905).
  • Étapes : marchand, industriel, managérial, financier et mondialisé.
  • Variétés : anglo-saxon contre rhénan (Albert, 1991), modèle nordique.
  • Socialisme planifié : propriété collective, plan impératif (Gosplan), URSS dès 1917 ; industrialisation rapide mais pénuries.
  • Critiques : information des prix (Hayek, Mises), économie de pénurie et contrainte budgétaire molle (Kornai, 1980).
  • Transitions : gradualisme chinois (1978), thérapie de choc en Europe de l'Est (après 1989-1991).
  • Économie mixte : marché + intervention publique ; planification indicative ; économie sociale et solidaire.
  • Maroc : plans quinquennaux indicatifs, marocanisation (1973), PAS (1983), privatisations (loi 39-89), libre-échange, État stratège, NMD (2021).
  • Constitution de 2011, article 35 : propriété, liberté d'entreprendre, libre concurrence ; le Maroc est une économie mixte à dominante de marché.
1Le critère qui ne sert pas à caractériser un système économique est :
2La destruction créatrice est une notion de :
3L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1905) est l'œuvre de :
4En URSS, l'organisme chargé de la planification était :
5L'expression « économie de pénurie » est due à :
6Michel Albert oppose le capitalisme anglo-saxon au capitalisme :
7La Chine engage ses réformes vers le marché à partir de :
8La planification indicative :
9La marocanisation date de :
10L'article de la Constitution de 2011 qui garantit la liberté d'entreprendre est l'article :

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