Chapitre 2 · Semestre 1

Besoins, biens et rareté : le problème économique

Introduction aux Sciences Économiques

🎯 Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • définir et classer les besoins, et présenter la pyramide de Maslow ;
  • distinguer biens libres et biens économiques, et classer les biens selon plusieurs critères ;
  • expliquer la rareté et le coût d'opportunité ;
  • construire et lire une frontière des possibilités de production (FPP) ;
  • énoncer les trois questions fondamentales de toute économie.

2.1 Les besoins

Définition — Besoin : sentiment de manque, accompagné du désir de le faire disparaître. En économie, un besoin n'est pris en compte que s'il peut être satisfait par un bien ou un service.

Les besoins se classent de plusieurs façons :

  • besoins primaires (ou physiologiques : se nourrir, se loger, se soigner) et besoins secondaires (loisirs, culture, voyages), dont la frontière varie selon les époques et les pays : un téléphone mobile, secondaire il y a trente ans, est devenu un besoin quasi primaire pour chercher un emploi ou payer une facture ;
  • besoins individuels (une paire de chaussures) et besoins collectifs (sécurité, éclairage public, routes), satisfaits par des services collectifs souvent financés par l'impôt.

Les besoins ont quatre caractéristiques : ils sont illimités en nombre (un besoin satisfait en fait naître un autre), saturables individuellement (le troisième verre de thé apporte moins de satisfaction que le premier : c'est l'idée d'utilité marginale décroissante que vous retrouverez en microéconomie), substituables (on peut satisfaire la faim avec du pain ou du riz) et évolutifs (ils changent avec le revenu, l'urbanisation, la publicité et le progrès technique).

Le psychologue Abraham Maslow (1943) les hiérarchise en une pyramide à cinq niveaux : besoins physiologiques, de sécurité, d'appartenance, d'estime, et d'accomplissement de soi. Un niveau ne devient motivant que lorsque le précédent est à peu près satisfait. Le modèle est critiqué (la hiérarchie n'est pas universelle : on peut sacrifier son confort pour ses études), mais il reste utile pour comprendre l'évolution de la consommation quand le revenu augmente.

2.2 Les biens et les services

Définition — Bien économique : tout moyen capable de satisfaire un besoin, qui est rare (disponible en quantité limitée par rapport aux besoins) et dont l'obtention exige un effort (travail, paiement). Il a donc un prix ou un coût.

Définition — Bien libre : bien disponible en quantité illimitée, sans effort ni prix : l'air que l'on respire, la lumière du soleil.

La frontière entre les deux bouge. L'eau en est le meilleur exemple au Maroc : abondante dans certaines vallées autrefois, elle est devenue un bien économique rare, avec une disponibilité par habitant passée sous le seuil de stress hydrique de 1 000 m³ par an, ce qui justifie les barrages, les transferts entre bassins et les stations de dessalement (Agadir, Casablanca). Même l'air pur devient rare dans les grandes villes industrielles.

Les biens économiques se classent selon plusieurs critères, à connaître pour l'examen :

Critère Catégories Exemples marocains
Nature Biens matériels / services immatériels Une tonne de phosphate / une consultation médicale
Usage Biens de consommation / biens de production Le thé acheté par un ménage / un tracteur dans une exploitation du Gharb
Durée Biens durables / non durables Un réfrigérateur / une bouteille de gaz butane
Rôle dans la production Biens de capital fixe (plusieurs cycles) / consommations intermédiaires (détruites ou transformées en un cycle) La machine d'une usine de Tanger Automotive City / l'acier utilisé pour fabriquer une carrosserie
Relation entre eux Biens complémentaires / substituables Voiture et carburant / train Al Boraq et avion Casablanca-Tanger
Rivalité et exclusion Biens privés / biens collectifs (publics) Un pain / l'éclairage public, la défense nationale

Un bien collectif pur est non rival (ma consommation ne réduit pas la vôtre) et non excluable (on ne peut pas empêcher quelqu'un d'en profiter). Personne n'a intérêt à le payer volontairement (comportement de passager clandestin) : c'est pourquoi l'État le finance par l'impôt (chapitre 6).

2.3 La rareté et le coût d'opportunité

Le problème économique naît de la confrontation entre des besoins illimités et des ressources limitées. Les ressources, ou facteurs de production, sont le travail, la terre et les ressources naturelles, le capital (machines, bâtiments), auxquels on ajoute aujourd'hui le savoir et l'esprit d'entreprise.

Définition — Rareté : situation dans laquelle les ressources disponibles sont insuffisantes pour satisfaire tous les besoins. Elle est relative (rapportée aux besoins), non absolue : le sable du Sahara est abondant, mais le sable de construction près de Casablanca est rare.

Parce que les ressources sont rares, il faut choisir, et chaque choix implique un renoncement.

Définition — Coût d'opportunité : valeur de la meilleure option à laquelle on renonce en faisant un choix.

Exemple : un bachelier de Béni Mellal hésite entre trois années de licence et un emploi de vendeur payé 3 000 DH par mois. Le coût d'opportunité de ses études ne se limite pas aux frais d'inscription et de transport : il inclut les 3 000 × 12 × 3 = 108 000 DH de salaire auxquels il renonce pendant trois ans. Le choix des études est rationnel s'il en attend un revenu futur supérieur, un emploi plus stable ou une satisfaction personnelle qui compensent ce coût.

2.4 La frontière des possibilités de production

Définition — Frontière des possibilités de production (FPP) : courbe qui représente les combinaisons maximales de deux biens qu'une économie peut produire en utilisant pleinement et efficacement ses ressources, avec une technologie donnée.

Exemple : une région agricole du Souss peut cultiver des agrumes ou des tomates sur les mêmes terres, avec la même eau.

Point Agrumes (milliers de t) Tomates (milliers de t) Coût d'opportunité de 100 milliers de t d'agrumes en plus
A 0 1 000 —
B 100 960 40
C 200 880 80
D 300 720 160
E 400 400 320
F 500 0 400

La lecture d'une FPP repose sur trois idées :

  • un point sur la frontière (A à F) est efficace : on ne peut produire plus d'un bien qu'en produisant moins de l'autre ;
  • un point à l'intérieur (300 ; 600) traduit un gaspillage : terres en jachère, ouvriers au chômage, eau mal utilisée ;
  • un point à l'extérieur (200 ; 950) est inaccessible avec les ressources et la technique actuelles.

Le coût d'opportunité est croissant (40, puis 80, 160, 320, 400) parce que les ressources ne sont pas également adaptées aux deux cultures : on convertit d'abord les terres les plus favorables aux agrumes, puis des terres de plus en plus adaptées aux tomates. La FPP est donc concave (bombée vers l'extérieur). Si les ressources étaient parfaitement interchangeables, le coût d'opportunité serait constant et la FPP serait une droite.

La FPP se déplace vers l'extérieur avec la croissance : plus de terres irriguées, de travailleurs formés, de capital, ou un progrès technique (goutte-à-goutte, nouvelles variétés). Une sécheresse ou une catastrophe la déplace au contraire vers l'intérieur.

2.5 Les trois questions fondamentales

Toute société doit répondre à trois questions, posées notamment par Paul Samuelson :

  1. Que produire et en quelles quantités ? Plus de blé ou plus d'avocats d'exportation ? Plus d'écoles ou plus d'autoroutes ?
  2. Comment produire ? Avec beaucoup de main-d'œuvre ou beaucoup de machines ? En préservant l'eau ou non ?
  3. Pour qui produire ? Comment répartir la production entre les ménages : selon le travail, la propriété, les besoins ?

La manière d'y répondre définit le système économique (chapitre 7) : par le marché et les prix, par la planification de l'État, ou par une combinaison des deux.

2.6 Méthode : exploiter une FPP dans un exercice

  1. Calculer pour chaque passage d'un point à l'autre la perte sur un bien et le gain sur l'autre.
  2. En déduire le coût d'opportunité unitaire = perte ÷ gain, et vérifier s'il est croissant (FPP concave) ou constant (FPP droite).
  3. Situer les points proposés : sur, sous ou au-dessus de la frontière (interpoler entre deux points connus si besoin).
  4. Interpréter chaque position en termes économiques : efficacité, gaspillage, inaccessibilité.
  5. Expliquer ce qui peut déplacer la frontière et dans quel sens.

⚠️ Les pièges à éviter

  • Confondre besoin et désir de marque : l'économiste parle du besoin qui peut être satisfait par un bien.
  • Croire qu'un bien libre le reste toujours : l'eau montre qu'un bien peut devenir économique.
  • Oublier le revenu sacrifié dans un coût d'opportunité : ce n'est pas seulement ce qu'on dépense.
  • Dire qu'un point sous la FPP est « impossible » : il est possible mais inefficace ; c'est le point au-dessus qui est impossible.
  • Confondre un mouvement le long de la FPP (on réalloue les ressources) et un déplacement de la FPP (les ressources ou la technique changent).

Exercice 1 — La coopérative Souss Primeurs

Reprenez le tableau de la FPP du Souss (section 2.4).

  1. Calculez le coût d'opportunité d'une tonne supplémentaire d'agrumes entre C et D, puis entre E et F. Que constatez-vous ?
  2. La région produit actuellement 300 milliers de tonnes d'agrumes et 600 milliers de tonnes de tomates. Situez ce point et donnez deux explications possibles.
  3. Un exportateur propose un contrat exigeant 250 milliers de tonnes d'agrumes et 850 milliers de tonnes de tomates. Est-ce réalisable ? (On admettra que la frontière est une droite entre C et D.)
  4. Une nouvelle technique d'irrigation augmente de 20 % les rendements des seules tomates. Comment se déplace la FPP ?
  5. Le bien « eau d'irrigation » est-il un bien libre ou un bien économique ? Justifiez.
Voir le corrigé

1) Entre C et D : on perd 880 − 720 = 160 milliers de t de tomates pour gagner 100 milliers de t d'agrumes, soit 1,6 t de tomates par tonne d'agrumes. Entre E et F : on perd 400 pour gagner 100, soit 4 t. Le coût d'opportunité est croissant : les dernières terres converties aux agrumes étaient très productives en tomates. La FPP est concave.

2) Sur la frontière, pour 300 milliers de t d'agrumes, on pourrait produire 720 milliers de t de tomates (point D). Avec 600, le point est à l'intérieur de la FPP : la production est inefficace. Explications : une partie des terres reste inutilisée (manque d'eau d'irrigation, faillites), des ouvriers agricoles sont au chômage, ou l'organisation est défaillante (mauvaise répartition des parcelles entre cultures).

3) Entre C (200 ; 880) et D (300 ; 720), pour 250 milliers de t d'agrumes, la production maximale de tomates est 880 − 0,5 × 160 = 800 milliers de t. Le contrat en exige 850 > 800 : le point est au-dessus de la frontière, donc inaccessible sans croissance des ressources ou importation.

4) Le point A (tomates seules) passe à 1 000 × 1,2 = 1 200 milliers de t ; le point F (agrumes seuls) ne change pas (500). La FPP pivote vers l'extérieur autour du point F : toutes les combinaisons comprenant des tomates s'améliorent.

5) C'est un bien économique : il est rare par rapport aux besoins (stress hydrique), son obtention exige un effort (barrages, pompage, réseaux, dessalement) et il a un coût. Il a pu être perçu comme un bien quasi libre autrefois, mais la rareté croissante l'a fait changer de catégorie.

Exercice 2 — Classer les biens

Classez chaque bien selon au moins deux critères : 1) le gaz butane acheté par un ménage ; 2) le gaz butane acheté par un boulanger pour son four ; 3) un camion frigorifique d'un exportateur d'Agadir ; 4) le réseau d'éclairage public de Rabat ; 5) un abonnement à internet et le smartphone qui l'utilise.

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  1. Bien matériel, de consommation, non durable (détruit à l'usage). 2) Le même bien devient une consommation intermédiaire du boulanger : c'est l'usage qui compte, non la nature du bien. 3) Bien de production durable : capital fixe utilisé sur plusieurs cycles. 4) Bien collectif : non rival et difficilement excluable, financé par la commune. 5) L'abonnement est un service ; il est complémentaire du smartphone (bien durable) : l'un ne sert à rien sans l'autre.

Exercice 3 — Coût d'opportunité constant

Un atelier de Fès peut fabriquer, en une semaine, soit 60 tapis, soit 240 poufs, ou toute combinaison intermédiaire, chaque tapis exigeant le même temps que 4 poufs. 1) Calculez le coût d'opportunité d'un tapis. 2) Quelle est la forme de la FPP ? 3) La combinaison (40 tapis ; 100 poufs) est-elle efficace ?

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  1. Produire un tapis de plus oblige à renoncer à 240 ÷ 60 = 4 poufs ; le coût d'opportunité est constant.

  2. La FPP est une droite d'équation poufs = 240 − 4 × tapis, car les ressources (artisans, laine) sont supposées également adaptées aux deux productions.

  3. Pour 40 tapis, la frontière permet 240 − 4 × 40 = 80 poufs. Or on propose 100 poufs : le point est au-dessus de la FPP, donc inaccessible en une semaine.

L'essentiel — Besoins, biens et rareté

  • Besoin : sentiment de manque que l'on cherche à satisfaire ; primaires / secondaires, individuels / collectifs.
  • Caractéristiques des besoins : illimités, saturables, substituables, évolutifs ; Maslow (1943) : physiologiques, sécurité, appartenance, estime, accomplissement.
  • Bien économique : rare, exige un effort, a un prix ; bien libre : illimité et gratuit (l'air). L'eau au Maroc est devenue un bien économique.
  • Classifications : biens / services, consommation / production, durables / non durables, capital fixe / consommations intermédiaires, complémentaires / substituables, privés / collectifs.
  • Bien collectif pur : non rival et non excluable, d'où le passager clandestin et le financement par l'impôt.
  • Rareté relative : besoins illimités face à des facteurs limités (travail, terre, capital, savoir).
  • Coût d'opportunité = valeur de la meilleure option sacrifiée (inclut le revenu auquel on renonce).
  • FPP : combinaisons maximales de deux biens ; sur la courbe = efficace, dessous = gaspillage, dessus = inaccessible.
  • Coût d'opportunité unitaire = perte sur un bien ÷ gain sur l'autre ; croissant, donc FPP concave.
  • Trois questions : que produire, comment, pour qui ; les réponses définissent le système économique.
1Selon Maslow, le niveau le plus élevé de la pyramide des besoins est :
2Un bien économique se caractérise par :
3Un bien non rival et non excluable est :
4Le coût d'opportunité d'un choix est :
5Un point situé à l'intérieur de la FPP traduit :
6Une FPP concave signifie que le coût d'opportunité est :
7Le progrès technique dans les deux productions :
8Le carburant et la voiture sont des biens :
9L'acier transformé en carrosserie dans une usine automobile est :
10La question « pour qui produire ? » porte sur :

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