Chapitre 3 · Droit S2 · Tronc commun

L'administration déconcentrée

L'organisation administrative

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • décrire les circonscriptions administratives de l'État ;
  • présenter le statut et les attributions des walis et des gouverneurs (article 145 de la Constitution) ;
  • identifier les agents d'autorité : pachas, caïds, chefs de cercle, khalifas, chioukh et moqaddemine ;
  • expliquer les apports de la charte nationale de la déconcentration administrative (2018) ;
  • analyser les rapports entre administration déconcentrée et collectivités territoriales.

3.1 Les circonscriptions administratives de l'État

Définition — Circonscription administrative : division du territoire dans laquelle s'exerce l'action d'un agent de l'État. Elle n'a pas de personnalité morale : c'est un simple cadre géographique d'action de l'État.

Les circonscriptions de l'administration territoriale (ministère de l'Intérieur) se superposent aux collectivités territoriales, mais ne se confondent pas avec elles :

Échelon Autorité de l'État Collectivité territoriale correspondante
Région Wali de la région (gouverneur de la préfecture ou province chef-lieu) Région (conseil régional élu)
Préfecture (urbaine) ou province (rurale ou mixte) Gouverneur Préfecture ou province (conseil préfectoral ou provincial)
Cercle (en milieu rural) Chef de cercle —
Pachalik (ville) / caïdat (rural) Pacha / caïd Commune
Arrondissement urbain, annexe administrative Caïd ou chef d'annexe, assisté de khalifas Arrondissement (dans les grandes villes)
Douar, quartier Cheikh et moqaddem (auxiliaires d'autorité) —

Les grandes villes (Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech, Tanger, Salé) sont divisées en préfectures d'arrondissements et en arrondissements.

3.2 Les walis et les gouverneurs

Statut. Walis et gouverneurs sont nommés par dahir, en Conseil des ministres, sur proposition du chef du gouvernement et à l'initiative du ministre de l'Intérieur (article 49 de la Constitution). Ils relèvent du ministère de l'Intérieur et sont soumis à son pouvoir hiérarchique ; ils peuvent être mutés ou relevés de leurs fonctions à tout moment.

Attributions (article 145 de la Constitution). Dans les collectivités territoriales, les walis de régions et les gouverneurs de préfectures et de provinces représentent le pouvoir central. Au nom du gouvernement :

  • ils assurent l'application des lois, mettent en œuvre les règlements et les décisions gouvernementales ;
  • ils exercent le contrôle administratif sur les collectivités territoriales ;
  • ils assistent les présidents des collectivités territoriales, notamment les présidents des conseils régionaux, dans la mise en œuvre des plans et des programmes de développement ;
  • sous l'autorité des ministres concernés, ils coordonnent les activités des services déconcentrés de l'administration centrale et veillent à leur bon fonctionnement.

Les autres missions du gouverneur, tirées des textes : maintien de l'ordre public et de la sécurité (police administrative générale) ; supervision des agents d'autorité ; rôle dans les élections ; présidence de commissions provinciales (urbanisme, investissement, développement humain, à travers les comités provinciaux de l'Initiative nationale pour le développement humain, INDH, lancée en 2005).

Le wali de région est le gouverneur de la préfecture ou de la province du chef-lieu de la région ; il coordonne l'action des gouverneurs de la région et constitue l'interlocuteur de l'État pour le conseil régional. Il préside aussi des structures régionales importantes, comme les centres régionaux d'investissement (CRI), réformés par la loi 47-18 (2019).

3.3 Les agents d'autorité et les auxiliaires

  • Les chefs de cercle, pachas, caïds et khalifas sont des agents d'autorité du ministère de l'Intérieur, formés notamment à l'Institut royal de l'administration territoriale de Kénitra. Ils exercent des pouvoirs de police administrative, délivrent certains documents administratifs, contrôlent l'occupation du domaine public, suivent la vie locale et rendent compte au gouverneur.
  • Les chioukh et moqaddemine sont des auxiliaires d'autorité : relais de proximité entre l'administration et la population, ils fournissent informations et attestations administratives et signalent les problèmes du quartier ou du douar.

Ce réseau territorial dense est une caractéristique de l'administration marocaine : il assure la présence de l'État dans tout le territoire, y compris en milieu rural.

3.4 Les services extérieurs des ministères

Chaque ministère dispose de services déconcentrés (ou services extérieurs) : directions régionales et provinciales de l'éducation (académies régionales d'éducation et de formation, qui sont des établissements publics), de la santé, de l'agriculture, de l'équipement, des finances (trésoreries, directions régionales des impôts). Leurs responsables sont nommés par le ministre et soumis à son autorité hiérarchique.

Historiquement, la déconcentration est restée faible au Maroc : beaucoup de décisions remontaient à Rabat, les services extérieurs avaient peu de pouvoirs propres et peu de moyens, et chaque ministère agissait de manière cloisonnée. Or une régionalisation avancée suppose, face aux régions élues, des interlocuteurs de l'État capables de décider sur place.

3.5 La charte nationale de la déconcentration administrative (2018)

Le décret 2-17-618 du 26 décembre 2018 portant charte nationale de la déconcentration administrative vise à accompagner la régionalisation avancée. Ses principales orientations :

  • la région, espace privilégié de la déconcentration : elle devient l'échelon pivot de l'action des services de l'État ;
  • le transfert de compétences et de moyens de l'administration centrale vers les services déconcentrés, selon un schéma directeur propre à chaque ministère, l'administration centrale se recentrant sur la conception, l'orientation, l'évaluation et le contrôle ;
  • la création de représentations administratives régionales, communes ou sectorielles, pour regrouper des services et mutualiser les moyens ;
  • le rôle de coordination du wali de région, qui veille à la cohérence de l'action des services déconcentrés et à leur convergence avec les programmes des collectivités territoriales ;
  • la délégation de pouvoirs et de signature aux responsables régionaux, ainsi que la déconcentration des crédits budgétaires ;
  • la création d'une commission interministérielle de la déconcentration administrative, présidée par le chef du gouvernement.

La charte est complétée par la réforme des centres régionaux d'investissement (loi 47-18), qui deviennent des établissements publics chargés d'accompagner les investisseurs et de présider des commissions régionales unifiées d'investissement capables de délivrer rapidement les autorisations.

3.6 Déconcentration et décentralisation : une relation complémentaire

Les deux principes ne s'opposent pas : la décentralisation donne aux collectivités élues la gestion des affaires locales ; la déconcentration rapproche les décisions de l'État du terrain. Le gouverneur est à la fois contrôleur de la légalité des actes des collectivités et partenaire de leurs projets (article 145). La qualité du dialogue entre le wali et le président du conseil régional conditionne souvent la réussite des programmes de développement (contrats-programmes État-régions, plans de développement régional).

Des critiques persistent : poids du ministère de l'Intérieur, chevauchement des compétences, lenteur des transferts de moyens. Le Nouveau modèle de développement (rapport de la commission spéciale, 2021) a recommandé d'approfondir la déconcentration et de clarifier les responsabilités.

3.7 Méthode : traiter une question sur la déconcentration

  1. Identifier l'autorité en cause : wali, gouverneur, agent d'autorité, service extérieur.
  2. Préciser son statut (nomination, appartenance à l'État, soumission hiérarchique).
  3. Déterminer la compétence exercée et son fondement (article 145, texte sectoriel, délégation).
  4. Distinguer la décision prise au nom de l'État de celle d'une collectivité territoriale.
  5. Situer la question dans la réforme de 2018 (charte) et la régionalisation avancée.

Les pièges à éviter

  • Confondre la circonscription administrative (sans personnalité morale) et la collectivité territoriale (personne morale).
  • Confondre le wali (représentant de l'État) et le président du conseil régional (élu).
  • Croire que le gouverneur dirige la commune : il exerce un contrôle administratif et assiste son président, il ne l'administre pas.
  • Oublier que les services extérieurs restent soumis au pouvoir hiérarchique de leur ministre.
  • Ignorer la charte de 2018 et le rôle pivot de la région.

Exercice 1 — Un projet d'hôpital régional

Le conseil de la région Drâa-Tafilalet souhaite construire un hôpital régional à Errachidia. Le projet suppose l'intervention du ministère de la Santé, l'acquisition d'un terrain, des autorisations d'urbanisme et un financement partagé.

  1. Quels sont les acteurs déconcentrés de l'État concernés ?
  2. Quel rôle le wali de la région peut-il jouer ?
  3. En quoi la charte de la déconcentration de 2018 peut-elle faciliter le projet ?
  4. Le wali peut-il imposer au conseil régional un autre emplacement ?
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1. Les acteurs déconcentrés. Le wali de la région (gouverneur de la province d'Errachidia), les gouverneurs des provinces concernées, la direction régionale de la santé (service extérieur du ministère de la Santé), les services régionaux de l'équipement, des domaines de l'État (pour le terrain) et de l'urbanisme (agence urbaine et services déconcentrés). L'agent d'autorité local peut intervenir pour les questions d'occupation du sol et d'ordre public.

2. Le rôle du wali. Selon l'article 145 de la Constitution, il assiste le président du conseil régional dans la mise en œuvre des programmes de développement et coordonne les services déconcentrés. Il peut réunir les services de l'État, faciliter l'acquisition du terrain et préparer une convention de partenariat entre l'État (ministère de la Santé) et la région. Il exerce aussi le contrôle administratif sur les délibérations du conseil régional relatives au projet.

3. L'apport de la charte. La charte fait de la région l'échelon pivot de l'action de l'État et prévoit le transfert de compétences et de crédits aux services régionaux, les délégations aux responsables régionaux et la coordination par le wali. Les décisions (affectation du personnel, engagement des crédits, autorisations) peuvent ainsi être prises sur place, sans attendre l'accord de chaque administration centrale à Rabat.

4. L'emplacement. Non. Le wali n'est pas le supérieur hiérarchique du conseil régional, collectivité décentralisée qui s'administre librement (article 136). Il exerce un contrôle de légalité : s'il estime une délibération illégale (par exemple contraire à un document d'urbanisme), il peut demander une nouvelle lecture ou saisir le tribunal administratif ; il ne peut pas substituer son choix d'opportunité à celui du conseil élu. La négociation reste évidemment possible, car l'hôpital exige l'accord du ministère de la Santé.

Exercice 2 — Qui est qui ?

Associez : 1) le moqaddem ; 2) le président du conseil régional ; 3) le wali ; 4) le caïd ; 5) le directeur régional de l'agriculture. a) Élu, organe exécutif d'une collectivité territoriale ; b) agent d'autorité dans un caïdat ; c) auxiliaire d'autorité de proximité ; d) responsable d'un service extérieur d'un ministère ; e) représentant du pouvoir central à l'échelle régionale.

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1-c ; 2-a ; 3-e ; 4-b ; 5-d.

Exercice 3 — Commentaire de l'article 145

Dégagez les deux fonctions du gouverneur résultant de l'article 145 de la Constitution et montrez qu'elles peuvent entrer en tension.

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Fonction de contrôle : le gouverneur exerce, au nom du gouvernement, le contrôle administratif sur les collectivités territoriales ; il veille à la légalité de leurs actes et peut saisir le juge. Fonction d'appui : il assiste les présidents des collectivités dans la mise en œuvre des plans et programmes de développement et coordonne les services de l'État. La tension vient de ce que le même agent est à la fois juge de la légalité et partenaire des projets : un contrôle trop pesant peut freiner l'autonomie des collectivités, un appui trop étroit peut affaiblir le contrôle. La Constitution et les lois organiques de 2015 tranchent en faveur d'un contrôle de légalité exercé principalement par le juge, ce qui renforce la libre administration.

L'essentiel — Administration déconcentrée

  • Circonscription administrative : cadre d'action de l'État, sans personnalité morale.
  • Échelons : région (wali), préfecture ou province (gouverneur), cercle (chef de cercle), pachalik ou caïdat (pacha, caïd), arrondissement et annexe (khalifas), douar et quartier (cheikh, moqaddem).
  • Walis et gouverneurs : nommés par dahir en Conseil des ministres (article 49), soumis au ministère de l'Intérieur.
  • Article 145 : représenter le pouvoir central, appliquer les lois, exercer le contrôle administratif, assister les présidents des collectivités, coordonner les services déconcentrés.
  • Autres missions : ordre public, élections, INDH (2005), CRI (loi 47-18, 2019).
  • Agents d'autorité (formés à l'Institut royal de l'administration territoriale) et auxiliaires d'autorité (chioukh, moqaddemine).
  • Services extérieurs des ministères : soumis au pouvoir hiérarchique ; déconcentration longtemps faible.
  • Charte nationale de la déconcentration : décret 2-17-618 du 26 décembre 2018 ; région pivot, schémas directeurs, transfert de compétences et de crédits, représentations régionales communes, coordination du wali, commission interministérielle.
  • Déconcentration et décentralisation sont complémentaires ; Nouveau modèle de développement (2021).
1Une circonscription administrative :
2Les attributions des walis et gouverneurs figurent à l'article :
3Le wali de région est :
4Le moqaddem est :
5La charte nationale de la déconcentration administrative a été adoptée par décret en :
6Selon la charte de 2018, l'échelon pivot de la déconcentration est :
7Les centres régionaux d'investissement ont été réformés par la loi :
8Le gouverneur, à l'égard d'un conseil communal, exerce :
9L'INDH a été lancée en :
10Les agents d'autorité sont formés notamment à :