Chapitre 2 · Semestre 5

La balance des paiements

Introduction à l'Économie Internationale

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • définir la balance des paiements et ses principes d'enregistrement ;
  • décrire la structure de la balance selon la sixième édition du manuel du FMI (MBP6) ;
  • calculer les soldes : biens, services, transactions courantes, capacité ou besoin de financement ;
  • relier le solde courant à l'épargne et à l'investissement ;
  • analyser la balance des paiements du Maroc.

2.1 Définition et principes d'enregistrement

Définition — Balance des paiements : document statistique qui retrace, pour une période donnée (le trimestre ou l'année), l'ensemble des opérations économiques et financières entre les résidents d'un pays et les non-résidents.

Un résident est une personne ou une entreprise dont le centre d'intérêt économique se trouve sur le territoire depuis au moins un an, quelle que soit sa nationalité. Une filiale d'un groupe français installée à Tanger est résidente marocaine ; un Marocain installé depuis plusieurs années en Espagne est non-résident, d'où l'enregistrement de ses envois d'argent à sa famille comme une opération avec l'extérieur.

Au Maroc, la balance des paiements est établie par l'Office des changes, selon le Manuel de la balance des paiements et de la position extérieure globale du FMI, sixième édition (MBP6, 2009). Elle repose sur la partie double : chaque opération est inscrite deux fois, une fois au crédit et une fois au débit, de sorte que la balance est toujours équilibrée comptablement.

Au crédit (ressources) Au débit (emplois)
Exportations de biens et de services Importations de biens et de services
Revenus et transferts reçus de l'étranger Revenus et transferts versés à l'étranger
Contrepartie financière d'une exportation (créance ou devises reçues) Contrepartie financière d'une importation

Exemple : une entreprise d'Agadir exporte pour 10 millions de DH d'agrumes payés par virement. On inscrit 10 millions au crédit du poste « biens » et, en contrepartie, une augmentation de 10 millions des avoirs de l'entreprise (dépôts en devises) dans le compte financier.

2.2 La structure de la balance (MBP6)

Compte Contenu Exemples marocains
1. Compte des transactions courantes Biens ; services ; revenus primaires ; revenus secondaires Exportations d'automobiles, recettes de voyages, intérêts de la dette, transferts des MRE
2. Compte de capital Transferts en capital (remises de dette, dons d'investissement) ; achats et ventes d'actifs non financiers non produits (brevets, licences) Don destiné à financer une infrastructure
3. Compte financier Investissements directs ; investissements de portefeuille ; dérivés financiers ; autres investissements ; avoirs de réserve Implantation d'une usine étrangère, achat d'obligations du Trésor par un non-résident, emprunt extérieur
Erreurs et omissions nettes Écart statistique dû aux sources imparfaites —

Les revenus primaires rémunèrent les facteurs de production : salaires des travailleurs frontaliers ou saisonniers, intérêts, dividendes et bénéfices réinvestis. Quand une filiale étrangère installée au Maroc verse des dividendes à sa maison mère, le Maroc enregistre un débit de revenus primaires.

Les revenus secondaires sont des transferts courants sans contrepartie : envois des MRE à leurs familles, aides internationales courantes. Le Maroc y dégage un fort excédent : les transferts des MRE ont atteint environ 122 milliards de DH en 2025 (Office des changes).

Le compte financier est présenté en MBP6 par acquisitions nettes d'actifs et accroissements nets de passifs. Les avoirs de réserve sont les actifs extérieurs détenus par la banque centrale (devises, or, droits de tirage spéciaux, position au FMI). Fin 2025, les avoirs officiels de réserve de Bank Al-Maghrib atteignaient 442,9 milliards de DH, soit plus de cinq mois d'importations.

2.3 L'équilibre comptable et les soldes

La partie double impose l'identité :

$$\underbrace{CTC}_{\text{transactions courantes}} + \underbrace{CK}_{\text{capital}} - \underbrace{CF}_{\text{financier}} + EO = 0$$

où le solde du compte financier est $CF = \text{acquisitions nettes d'actifs} - \text{accroissements nets de passifs}$. Autrement dit, $CTC + CK + EO = CF$.

Définition — Capacité ou besoin de financement de la nation : somme du solde des transactions courantes et du solde du compte de capital ($CTC + CK$). Positive, elle mesure le montant que le pays prête au reste du monde ; négative, le montant qu'il doit emprunter ou financer par l'entrée de capitaux.

Un pays en besoin de financement doit donc, au choix ou en combinaison : attirer des investissements directs étrangers, vendre des titres à des non-résidents, emprunter à l'étranger ou puiser dans ses réserves de change. Le solde global de la balance est donc toujours nul ; ce qui est analysé, ce sont les soldes partiels :

Solde Calcul
Balance commerciale (biens) Exportations − importations de biens
Balance des biens et services Solde biens + solde services
Solde des transactions courantes Biens et services + revenus primaires + revenus secondaires
Capacité (+) ou besoin (−) de financement Transactions courantes + compte de capital

2.4 Solde courant, épargne et investissement

La comptabilité nationale relie le solde extérieur aux comportements intérieurs. En économie ouverte, le revenu national disponible $Y$ se répartit entre consommation $C$ et épargne $S$, et :

$$Y = C + I + G + (X - M) \quad \Rightarrow \quad CTC \approx S - I$$

où $S$ est l'épargne nationale (privée et publique) et $I$ l'investissement. Un déficit courant signifie que le pays investit plus qu'il n'épargne : il complète son épargne par celle du reste du monde. En séparant l'épargne publique ($T - G$) de l'épargne privée :

$$CTC = (S_{\text{privée}} - I) + (T - G)$$

Si le secteur privé est à l'équilibre, un déficit budgétaire se traduit par un déficit courant : c'est la thèse des déficits jumeaux. Elle n'est qu'une tendance : un déficit courant qui finance des investissements productifs (usines, ports, énergie renouvelable) prépare des capacités d'exportation futures, alors qu'un déficit qui finance de la consommation accroît l'endettement sans contrepartie.

2.5 La balance des paiements du Maroc : une structure caractéristique

La balance marocaine présente une structure stable :

  • un déficit commercial des biens important, lié aux achats d'énergie, de biens d'équipement, de produits intermédiaires et de céréales en année de sécheresse ;
  • un excédent des services, porté par les voyages (recettes touristiques d'environ 138,6 milliards de DH en 2025), les services aux entreprises (offshoring) et le transport ;
  • un déficit des revenus primaires, car les entreprises étrangères implantées au Maroc rapatrient des dividendes et l'État paie des intérêts sur sa dette extérieure ;
  • un excédent des revenus secondaires, grâce aux transferts des MRE.

Au total, le déficit du compte courant reste modéré, autour de 2,4 % du PIB en 2025 selon Bank Al-Maghrib. Il est financé par les investissements directs étrangers, par des emprunts extérieurs du Trésor et des entreprises publiques, et, selon les années, par une variation des réserves.

2.6 Méthode : construire et analyser une balance des paiements

  1. Classer chaque opération dans son compte (courant, capital, financier) en se demandant : y a-t-il une contrepartie ? s'agit-il d'un revenu ou d'un actif ?
  2. Calculer les soldes partiels dans l'ordre : biens, services, revenus primaires, revenus secondaires, transactions courantes, capacité ou besoin de financement.
  3. Vérifier l'identité $CTC + CK + EO = CF$ et en déduire, si besoin, les erreurs et omissions.
  4. Interpréter : d'où vient le déficit (biens, revenus) ? comment est-il financé (IDE stables, dettes, réserves) ?
  5. Rapporter au PIB : un déficit courant de 2 à 3 % du PIB financé par des IDE est soutenable ; un déficit plus élevé financé par des capitaux courts expose à une crise de change.

Les pièges à éviter

  • Dire que « la balance des paiements est déficitaire » : elle est toujours équilibrée comptablement ; seuls ses soldes partiels le sont.
  • Classer les transferts des MRE dans le compte financier : ce sont des revenus secondaires (transferts courants sans contrepartie).
  • Classer les dividendes versés à une maison mère étrangère dans le compte financier : ce sont des revenus primaires. Seul l'apport en capital initial relève de l'investissement direct.
  • Confondre résident et national.
  • Oublier qu'en MBP6 une hausse des réserves de change est une acquisition d'actifs (elle augmente le solde du compte financier).

Exercice 1 — Établir et analyser une balance des paiements

Un pays présente les opérations suivantes pour l'année N (en milliards de DH, chiffres à but pédagogique) :

Opérations Montant
Exportations de biens 470
Importations de biens 820
Recettes de services (voyages, transport, offshoring) 290
Dépenses de services 140
Revenus primaires reçus 20
Revenus primaires versés (intérêts, dividendes) 50
Transferts courants reçus (MRE, aides) 130
Transferts courants versés 10
Solde du compte de capital + 2
Investissements directs : acquisitions d'actifs à l'étranger / engagements envers l'étranger 10 / 30
Investissements de portefeuille : actifs / passifs 5 / 25
Autres investissements (prêts, crédits) : actifs / passifs 15 / 75
Variation des avoirs de réserve − 5

Travail à faire :

  1. Calculez les soldes des biens, des services, des revenus primaires et des revenus secondaires, puis le solde des transactions courantes.
  2. Calculez la capacité ou le besoin de financement de la nation.
  3. Calculez le solde du compte financier et déduisez-en les erreurs et omissions nettes.
  4. Commentez la structure de cette balance et le mode de financement du déficit.
Voir le corrigé

1) Soldes partiels :

  • biens : $470 - 820 = \mathbf{-350}$ ;
  • services : $290 - 140 = \mathbf{+150}$ ;
  • revenus primaires : $20 - 50 = \mathbf{-30}$ ;
  • revenus secondaires : $130 - 10 = \mathbf{+120}$ ;
  • transactions courantes : $-350 + 150 - 30 + 120 = \mathbf{-110}$.

2) $CTC + CK = -110 + 2 = \mathbf{-108}$ : le pays a un besoin de financement de 108 milliards de DH.

3) Solde de chaque ligne du compte financier (actifs − passifs) :

  • investissements directs : $10 - 30 = -20$ ;
  • portefeuille : $5 - 25 = -20$ ;
  • autres investissements : $15 - 75 = -60$ ;
  • avoirs de réserve : $-5$.

$CF = -20 - 20 - 60 - 5 = \mathbf{-105}$. D'après $CTC + CK + EO = CF$ : $EO = -105 - (-108) = \mathbf{+3}$ milliards de DH.

4) La structure est celle d'un pays émergent importateur d'énergie et de biens d'équipement : lourd déficit des biens, en partie compensé par l'excédent des services (tourisme) et des transferts des migrants. Le besoin de financement (108) est couvert par des entrées nettes de capitaux de 100 milliards (passifs de 130 moins actifs de 30, dont seulement 20 d'IDE nets, la ressource la plus stable, et 60 d'emprunts) et par une baisse des réserves de 5 milliards ; les 3 milliards restants correspondent aux erreurs et omissions. Le financement par la dette accroît la charge future d'intérêts (revenus primaires) : le pays devrait chercher à attirer davantage d'IDE et à réduire sa facture énergétique.

Exercice 2 — Classer des opérations

Pour un pays résident « Maroc », indiquez le compte et le poste de chaque opération :

  1. Une famille de Fès reçoit 20 000 DH d'un fils installé en Belgique.
  2. Un groupe espagnol crée une usine de câblage à Kénitra en apportant 300 millions de DH de capital.
  3. Cette filiale verse l'année suivante 25 millions de DH de dividendes à sa maison mère.
  4. Un fonds britannique achète des obligations émises par le Trésor marocain.
  5. Bank Al-Maghrib augmente ses avoirs en devises.
  6. Des touristes allemands dépensent leurs devises à Marrakech.
Voir le corrigé
  1. Compte des transactions courantes, revenus secondaires (transfert courant sans contrepartie), au crédit.
  2. Compte financier, investissements directs : accroissement des passifs du Maroc envers l'étranger.
  3. Compte des transactions courantes, revenus primaires (revenus d'investissement), au débit.
  4. Compte financier, investissements de portefeuille : accroissement des passifs.
  5. Compte financier, avoirs de réserve : acquisition nette d'actifs.
  6. Compte des transactions courantes, services (voyages), au crédit : c'est une exportation de services.

Exercice 3 — Épargne, investissement et solde courant

Dans une économie, l'épargne privée représente 22 % du PIB, l'investissement 30 % du PIB et le solde budgétaire est un déficit de 4 % du PIB.

  1. Calculez le solde des transactions courantes en % du PIB.
  2. Le gouvernement ramène le déficit budgétaire à 2 % du PIB, les autres données étant inchangées. Quel est le nouveau solde courant ?
  3. Un déficit courant est-il toujours un problème ?
Voir le corrigé

1) $CTC = (S_{\text{privée}} - I) + (T - G) = (22 - 30) + (-4) = \mathbf{-12\,\%}$ du PIB.

2) $CTC = (22 - 30) + (-2) = \mathbf{-10\,\%}$ du PIB : la réduction du déficit public améliore le solde courant de 2 points, si le comportement privé ne change pas (thèse des déficits jumeaux).

3) Non. Un déficit courant traduit un recours à l'épargne étrangère. S'il finance des investissements productifs qui augmenteront les exportations futures, et s'il est couvert par des IDE stables, il est soutenable. Il devient dangereux s'il finance la consommation, s'il est durablement élevé (12 % du PIB ici est très élevé) et s'il repose sur des capitaux de court terme qui peuvent sortir brutalement.

L'essentiel — La balance des paiements

  • Document qui retrace les opérations entre résidents et non-résidents ; un résident a son centre d'intérêt économique sur le territoire depuis au moins un an.
  • Établie au Maroc par l'Office des changes, selon le MBP6 du FMI ; enregistrement en partie double.
  • Compte des transactions courantes : biens, services, revenus primaires (salaires, intérêts, dividendes), revenus secondaires (transferts sans contrepartie : MRE).
  • Compte de capital : transferts en capital, actifs non financiers non produits.
  • Compte financier : investissements directs, portefeuille, dérivés, autres investissements, avoirs de réserve ; solde = actifs nets acquis − passifs nets contractés.
  • Identité : $CTC + CK + EO = CF$ ; la balance est toujours équilibrée, seuls les soldes partiels sont analysés.
  • Capacité / besoin de financement $= CTC + CK$.
  • $CTC = (S_{\text{privée}} - I) + (T - G)$ : un déficit courant signifie que l'investissement dépasse l'épargne nationale ; thèse des déficits jumeaux.
  • Maroc : déficit des biens, excédent des services (tourisme 138,6 milliards de DH en 2025), excédent des transferts MRE (122 milliards), déficit courant d'environ 2,4 % du PIB en 2025, réserves de 442,9 milliards de DH.
1Au Maroc, la balance des paiements est établie par :
2Les transferts des MRE à leurs familles sont enregistrés dans :
3Les dividendes versés par une filiale à sa maison mère étrangère relèvent :
4La capacité ou le besoin de financement de la nation est égal à :
5Un déficit des transactions courantes signifie que :
6Les dépenses de touristes étrangers au Maroc sont :
7En MBP6, une hausse des réserves de change de la banque centrale est :
8Un résident est défini par :
9Selon la thèse des déficits jumeaux, un déficit budgétaire tend à provoquer :
10Le solde global de la balance des paiements est :

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