Chapitre 6 · Semestre 5

Le tableau des ressources et des emplois et le tableau économique d'ensemble

Comptabilité Nationale

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • écrire l'équilibre ressources-emplois d'un produit et de l'économie ;
  • lire et compléter un tableau des ressources et des emplois (TRE) ;
  • présenter la structure du tableau économique d'ensemble (TEE) ;
  • vérifier la cohérence d'un TEE : équilibre de chaque opération et soldes des secteurs ;
  • analyser les besoins et capacités de financement des secteurs et leur contrepartie dans le reste du monde.

6.1 L'équilibre ressources-emplois

Pour chaque produit, et donc pour l'ensemble de l'économie, ce qui est disponible (les ressources) est égal à ce qui est utilisé (les emplois). Au prix d'acquisition :

$$\underbrace{P + M + \text{marges} + \text{impôts nets sur les produits}}_{\text{Ressources}} = \underbrace{CI + CF + FBCF + \Delta S + X}_{\text{Emplois}}$$

Pour l'économie entière, les marges commerciales s'annulent (elles sont une ressource du produit vendu et un emploi en moins pour les services de commerce). En retranchant la consommation intermédiaire des deux côtés, on retrouve l'égalité de l'optique dépenses du chapitre 3 :

$$PIB + M = CF + FBC + X$$

C'est l'équilibre emplois-ressources de l'économie : l'offre globale (production intérieure + importations) est égale à la demande globale (demande intérieure + exportations).

6.2 Le tableau des ressources et des emplois (TRE)

Définition — TRE : tableau qui présente, par produit (en lignes), l'ensemble des ressources (production par branche, importations, marges, impôts) et des emplois (consommations intermédiaires par branche, consommation finale, FBCF, variation des stocks, exportations).

Il comprend trois parties :

  • le tableau des ressources : qui produit quoi (production des branches par produit) et ce qui est importé ;
  • le tableau des entrées intermédiaires : ce que chaque branche consomme de chaque produit ;
  • le tableau des emplois finals : consommation, investissement, exportations par produit.

Le TRE garantit la cohérence entre les trois optiques du PIB : la somme des valeurs ajoutées des branches (colonnes) est égale à la somme des emplois finals moins les importations (lignes). Il sert de base au tableau entrées-sorties du chapitre 7. Le HCP l'établit chaque année en même temps que les comptes des secteurs.

La variation des stocks sert souvent de solde dans la pratique : faute de statistique directe fiable, on la déduit comme l'écart entre ressources et autres emplois.

6.3 Le tableau économique d'ensemble (TEE)

Définition — TEE : tableau de synthèse qui présente, pour tous les secteurs institutionnels et le reste du monde, l'ensemble des comptes de la séquence (production, exploitation, revenus, utilisation, capital), avec leurs soldes.

Sa présentation est la suivante :

  • en colonnes : à gauche les emplois, à droite les ressources, pour chaque secteur (SNF, SF, APU, ménages, ISBLSM), l'économie nationale (total des secteurs), le reste du monde et une colonne « biens et services » ;
  • en lignes : les opérations (production, CI, rémunération des salariés, impôts, revenus de la propriété, transferts, consommation, FBCF…) et les soldes, dans l'ordre de la séquence des comptes.

Le TEE permet de lire d'un coup d'œil la création de la richesse (qui produit la valeur ajoutée), sa répartition (qui reçoit les revenus), sa redistribution (le rôle des APU), son utilisation (consommation et épargne de chacun) et son financement (qui prête, qui emprunte).

6.4 Les règles de cohérence

  1. Chaque opération est équilibrée : pour une opération de répartition, la somme des emplois de tous les secteurs et du reste du monde est égale à la somme des ressources. Les salaires versés par les employeurs (SNF, SF, APU, ménages employeurs, reste du monde) sont reçus par les ménages résidents ou non résidents.
  2. Les soldes s'additionnent : la valeur ajoutée de l'économie est la somme des valeurs ajoutées des secteurs ; l'épargne nationale, la somme des épargnes.
  3. Les capacités et besoins de financement se compensent : la somme des capacités et besoins de financement des secteurs résidents est égale à la capacité ou au besoin de la nation, qui est exactement l'opposé de celui du reste du monde :

$$\sum_{\text{secteurs}} CBF_i = CBF_{nation} = -\,CBF_{RDM}$$

Si la nation a un besoin de financement de 20, le reste du monde a une capacité de 20 vis-à-vis d'elle : il lui prête (ou investit chez elle) 20.

6.5 La lecture économique des soldes

Dans la plupart des économies :

  • les ménages dégagent une capacité de financement (leur épargne dépasse leurs achats de logements) ;
  • les sociétés non financières ont un besoin de financement (elles investissent plus que leur épargne) ;
  • les APU ont souvent un besoin de financement (déficit public) ;
  • les sociétés financières ont un solde proche de zéro : elles sont des intermédiaires.

L'économie nationale se finance donc d'abord par l'épargne des ménages, puis par le reste du monde si celle-ci ne suffit pas. Un besoin de financement durable de la nation se traduit par une hausse de la dette extérieure ou des engagements envers les investisseurs étrangers.

6.6 Méthode : compléter un TRE et analyser un TEE

  1. TRE d'un produit : calculer le total des ressources, puis déduire l'emploi manquant comme solde.
  2. TEE : vérifier, pour chaque opération, l'égalité entre total des emplois et total des ressources (secteurs + reste du monde).
  3. Calculer les soldes de chaque secteur dans l'ordre de la séquence.
  4. Additionner les capacités et besoins de financement ; vérifier qu'ils s'opposent à celui du reste du monde.
  5. Commenter : quel secteur finance les autres, rôle du reste du monde.

Les pièges à éviter

  • Oublier les importations dans les ressources, ou les exportations dans les emplois.
  • Compter les marges commerciales deux fois dans l'équilibre de l'ensemble de l'économie.
  • Confondre le signe du solde du reste du monde : une capacité du reste du monde correspond à un besoin de la nation.
  • Additionner des soldes de comptes différents (l'EBE d'un secteur et l'épargne d'un autre).
  • Oublier les transferts en capital entre secteurs dans le calcul des capacités de financement.

Exercice 1 — TRE d'un produit et compte de capital du TEE

Partie A. Pour les produits agricoles d'une économie, on connaît (milliards de DH) : production 180, importations 60, marges commerciales et de transport 25, impôts nets sur les produits 5 ; consommation intermédiaire (industries alimentaires, élevage) 110, consommation finale des ménages 120, variation des stocks 10.

  1. Calculez le total des ressources et déduisez les exportations.

Partie B. On dispose des comptes de capital simplifiés des secteurs résidents (milliards de DH) :

Secteur Épargne brute FBC Transferts en capital nets reçus
SNF 160 240 + 15
SF 30 10 0
APU 40 80 − 20
Ménages (y compris ISBLSM) 140 60 + 5
  1. Calculez la capacité ou le besoin de financement de chaque secteur et de la nation.
  2. Déduisez le solde du reste du monde et le solde des transactions courantes. Vérifiez par l'écart entre l'épargne et l'investissement de la nation.
  3. Commentez les flux de financement entre secteurs.
Voir le corrigé

1) Ressources $= 180 + 60 + 25 + 5 = \mathbf{270}$. Emplois connus $= 110 + 120 + 10 = 240$, d'où exportations $= 270 - 240 = \mathbf{30}$ milliards de DH. Le pays importe deux fois plus de produits agricoles qu'il n'en exporte (dans cet exemple), ce qui reflète une forte demande intérieure de céréales.

2) Capacité (+) ou besoin (−) $=$ épargne $+$ transferts en capital nets $-$ FBC :

  • SNF : $160 + 15 - 240 = \mathbf{-65}$ ;
  • SF : $30 + 0 - 10 = \mathbf{+20}$ ;
  • APU : $40 - 20 - 80 = \mathbf{-60}$ ;
  • Ménages : $140 + 5 - 60 = \mathbf{+85}$ ;
  • Nation : $-65 + 20 - 60 + 85 = \mathbf{-20}$.

Les transferts en capital entre résidents s'annulent ($15 + 0 - 20 + 5 = 0$) : ils redistribuent sans créer de ressources.

3) Le reste du monde a une capacité de financement de + 20 vis-à-vis de la nation. Le solde des transactions courantes de la balance des paiements est de − 20. Vérification : épargne nationale $= 160 + 30 + 40 + 140 = 370$ ; FBC $= 240 + 10 + 80 + 60 = 390$ ; $370 - 390 = -20$ .

4) Les ménages (+ 85) et les sociétés financières (+ 20) dégagent 105 milliards de DH de capacité, qui financent une partie des besoins des SNF (− 65) et des APU (− 60), soit 125. Le reste, 20 milliards de DH, est apporté par le reste du monde (emprunts extérieurs ou investissements étrangers). Les banques et les marchés financiers organisent ces transferts : le compte financier (chapitre 8) en montre les instruments.

Exercice 2 — Équilibrer une opération du TEE

Dans le TEE d'une économie, la rémunération des salariés est versée par les SNF (300), les SF (40), les APU (150), les ménages employeurs (20) et le reste du monde (10, salaires de travailleurs saisonniers résidents). Les non-résidents employés au Maroc reçoivent 5.

  1. Quel est le total des emplois de cette opération ?
  2. Combien reçoivent les ménages résidents ? Dans quel compte cette ressource apparaît-elle ?
Voir le corrigé

1) Emplois $= 300 + 40 + 150 + 20 + 10 = \mathbf{520}$.

2) Ressources $=$ ménages résidents $+$ reste du monde $= 520$, d'où ménages $= 520 - 5 = \mathbf{515}$. Pour les employeurs résidents, les salaires sont un emploi du compte d'exploitation ; pour les ménages, une ressource du compte d'affectation des revenus primaires (ils ne naissent pas de leur propre production).

Exercice 3 — L'équilibre emplois-ressources

Une économie présente (milliards de DH) : consommation finale 760, FBCF 290, variation des stocks 10, exportations 380, importations 460.

  1. Calculez le PIB et l'offre globale.
  2. Les importations augmentent de 20, tous les autres emplois étant inchangés. Que devient le PIB ? Interprétez.
Voir le corrigé

1) $PIB = 760 + 300 + 380 - 460 = \mathbf{980}$. Offre globale $= PIB + M = 980 + 460 = \mathbf{1\,440}$, égale à la demande globale $760 + 300 + 380 = 1\,440$ .

2) Si les mêmes emplois sont satisfaits par davantage d'importations, le PIB baisse de 20, à 960 : une partie de la demande est servie par la production étrangère au lieu de la production intérieure. Les importations ne « détruisent » pas le PIB par nature ; elles se substituent ici à de la production nationale.

L'essentiel — TRE et TEE

  • Équilibre d'un produit : $P + M +$ marges $+$ impôts nets $= CI + CF + FBCF + \Delta S + X$.
  • Pour l'économie : $PIB + M = CF + FBC + X$ (offre globale = demande globale).
  • TRE : par produit, tableau des ressources, des entrées intermédiaires (par branche) et des emplois finals ; il garantit la cohérence des trois optiques du PIB.
  • TEE : tous les secteurs + économie nationale + reste du monde + biens et services ; emplois à gauche, ressources à droite ; opérations et soldes en lignes.
  • Cohérence : chaque opération équilibrée (emplois = ressources, secteurs + RDM) ; soldes additifs.
  • $\sum CBF_{secteurs} = CBF_{nation} = -\,CBF_{RDM}$ = solde des transactions courantes (+ capital).
  • La variation des stocks est souvent calculée comme solde de l'équilibre d'un produit.
  • Schéma habituel : ménages en capacité, SNF et APU en besoin, SF proches de l'équilibre, RDM en complément.
1Pour un produit, les ressources comprennent :
2L'équilibre emplois-ressources de l'économie s'écrit :
3Le TRE présente les données :
4Le TEE présente les comptes :
5Dans le TEE, pour chaque opération de répartition :
6La somme des capacités et besoins de financement des secteurs résidents est égale :
7Si la nation a un besoin de financement de 30, le reste du monde a :
8Le secteur qui dégage habituellement une capacité de financement est :
9Les transferts en capital entre secteurs résidents, pour la nation :
10Dans la pratique, la variation des stocks d'un produit est souvent obtenue :

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