Chapitre 2 · Droit S2 · Tronc commun

La formation du contrat : le consentement

Théorie générale des obligations

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • citer les quatre conditions de validité du contrat (article 2 du DOC) ;
  • analyser la rencontre de l'offre et de l'acceptation, entre présents, à distance et par voie électronique ;
  • identifier les vices du consentement : erreur, dol, violence, lésion ;
  • distinguer les avant-contrats (pourparlers, promesse, pacte de préférence) ;
  • résoudre un cas pratique sur la formation d'un contrat.

2.1 Les conditions de validité du contrat

L'article 2 du DOC énumère les éléments nécessaires à la validité des obligations qui dérivent d'une déclaration de volonté :

  1. la capacité de s'obliger ;
  2. une déclaration valable de volonté portant sur les éléments essentiels de l'obligation ;
  3. un objet certain pouvant former objet d'obligation ;
  4. une cause licite de s'obliger.

Ce chapitre étudie la deuxième condition, le consentement ; le chapitre 3 traite la capacité, l'objet et la cause ainsi que la sanction des conditions manquantes.

Le principe de base est le consensualisme : le contrat se forme par le seul échange des consentements, sans forme particulière, sauf si la loi en exige une. L'article 19 précise que la convention n'est parfaite que par l'accord des parties sur les éléments essentiels de l'obligation (la chose et le prix dans une vente, par exemple) et sur les autres clauses licites que les parties considèrent comme essentielles. Les éléments accessoires peuvent être réglés plus tard ou par la loi.

2.2 L'offre

Définition — Offre (ou pollicitation) : proposition ferme et précise de conclure un contrat à des conditions déterminées, de sorte que la simple acceptation du destinataire suffit à former le contrat.

Pour valoir offre, la proposition doit être :

  • ferme : sans réserve qui permettrait à son auteur de refuser une acceptation. « Je vous vends ma voiture 90 000 DH » est une offre ; « je pourrais envisager de vendre » est une simple invitation à entrer en pourparlers ;
  • précise : elle contient les éléments essentiels du contrat projeté.

L'offre peut être faite à une personne déterminée ou au public : l'étiquette de prix dans la vitrine d'un magasin de Marrakech, l'annonce d'un site de vente en ligne. La loi 31-08 sur la protection du consommateur impose d'ailleurs l'affichage des prix.

Durée de l'offre. Le DOC distingue :

  • l'offre faite à une personne présente sans délai : elle tombe si elle n'est pas acceptée immédiatement (article 23). Les échanges par téléphone sont assimilés aux échanges entre présents ;
  • l'offre assortie d'un délai : son auteur reste engagé jusqu'à l'expiration du délai (article 29) ; il ne peut la retirer avant ;
  • l'offre faite par correspondance sans délai : elle reste valable le temps moralement nécessaire pour que la réponse parvienne, selon les usages.

2.3 L'acceptation

Définition — Acceptation : manifestation de la volonté du destinataire de l'offre de conclure le contrat aux conditions proposées.

  • L'acceptation doit être pure et simple, conforme à l'offre. Une réponse qui modifie l'offre (« d'accord, mais à 80 000 DH ») est un refus accompagné d'une contre-offre.
  • Elle peut être expresse (écrit, parole, geste) ou tacite : le fait d'exécuter le contrat vaut acceptation (article 25).
  • En principe, le silence ne vaut pas acceptation. Le DOC admet une exception lorsque la réponse se rapporte à des relations d'affaires déjà engagées entre les parties : le silence vaut alors consentement. Les usages du commerce peuvent aussi donner au silence la valeur d'une acceptation.

Contrat entre absents. Lorsque les parties ne sont pas en présence l'une de l'autre, il faut déterminer le moment et le lieu de formation du contrat, qui commandent la loi applicable, la juridiction compétente et le point de départ de certains délais. L'article 24 du DOC retient le système de l'émission : le contrat est parfait au moment et au lieu où celui qui a reçu l'offre répond en l'acceptant.

Contrat électronique. La loi 53-05 relative à l'échange électronique de données juridiques (2007) a inséré dans le DOC les articles 65-1 et suivants. Pour un contrat conclu en ligne, l'offre doit indiquer notamment les étapes à suivre pour conclure le contrat et les moyens de corriger les erreurs de saisie ; le contrat n'est valablement conclu que si le destinataire a pu vérifier le détail de sa commande et son prix total avant de confirmer (principe du « double clic »). L'écrit électronique et la signature électronique sécurisée ont, sous conditions, la même force probante que l'écrit sur papier.

2.4 Les avant-contrats

Beaucoup de contrats importants (vente d'un immeuble, cession d'un fonds de commerce) sont précédés d'une phase de préparation.

Mécanisme Effet Sanction de la rupture
Pourparlers Discussions libres, aucune obligation de conclure Responsabilité délictuelle seulement en cas de rupture fautive (mauvaise foi, rupture brutale après avoir fait engager des frais)
Pacte de préférence Le promettant s'engage, s'il vend, à proposer d'abord la chose au bénéficiaire Dommages-intérêts si la chose est vendue à un tiers
Promesse unilatérale Le promettant consent déjà au contrat ; le bénéficiaire dispose d'une option pendant un délai Le promettant ne peut se rétracter pendant le délai
Promesse synallagmatique (compromis) Les deux parties s'engagent ; vaut souvent contrat définitif si les éléments essentiels sont fixés Exécution forcée ou dommages-intérêts

2.5 Les vices du consentement

Il ne suffit pas que le consentement existe : il doit être libre et éclairé. L'article 39 du DOC dispose qu'est annulable le consentement donné par erreur, surpris par dol ou extorqué par violence. Le DOC y ajoute la lésion, dans des cas limités. La sanction est l'annulabilité (action en rescision), étudiée au chapitre 3.

1. L'erreur. Fausse représentation de la réalité. Elle n'est cause de nullité que si elle est déterminante et porte :

  • sur la substance ou une qualité substantielle de la chose (acheter comme ancien un tapis qui est une copie récente) ;
  • sur la personne lorsque sa considération a été la cause principale de l'engagement (contrats conclus intuitu personae : choisir un architecte réputé) ;
  • l'erreur de droit n'est admise que si elle est la cause unique ou principale de l'engagement et si elle est excusable (article 40). L'erreur sur la simple valeur, ou sur les motifs, ne suffit pas, sauf à constituer une lésion dans les cas prévus.

2. Le dol. Manœuvres ou mensonges d'une partie (ou de son représentant) destinés à tromper l'autre. Il donne lieu à rescision lorsque, sans lui, l'autre partie n'aurait pas contracté (article 52). La réticence dolosive, c'est-à-dire le silence volontaire sur une information déterminante, est assimilée au dol : le vendeur d'une voiture qui cache qu'elle a été gravement accidentée commet un dol. Le dol est sanctionné plus largement que l'erreur, car il suppose une faute de l'autre partie.

3. La violence. Contrainte exercée sans l'autorité de la loi, qui inspire à la victime la crainte d'un mal important pour sa personne, ses biens, ou ceux de ses proches, et qui la détermine à contracter (articles 46 et 47). La violence peut venir d'un tiers. La simple crainte révérencielle envers un parent ou un supérieur ne suffit pas, sauf si elle s'accompagne de menaces (article 50).

4. La lésion. Déséquilibre de valeur entre les prestations. En principe, elle n'est pas une cause de rescision, sauf si elle est causée par le dol de l'autre partie (article 55). Exception : lorsque la partie lésée est un mineur ou un incapable, la lésion de plus du tiers entre le prix et la valeur réelle ouvre droit à rescision, même sans dol (article 56).

2.6 Méthode : analyser la formation d'un contrat

  1. Y a-t-il une offre ferme et précise ? Si non : pourparlers.
  2. Y a-t-il une acceptation pure et simple, dans le délai ? Si elle modifie l'offre : contre-offre.
  3. Où et quand le contrat s'est-il formé (présents, correspondance, électronique) ?
  4. Le consentement est-il vicié ? Pour chaque vice, vérifier ses conditions (caractère déterminant, auteur, gravité).
  5. Conclure : contrat valable, contrat annulable (rescision) ou absence de contrat.

Les pièges à éviter

  • Confondre une invitation à négocier avec une offre : sans prix ni élément essentiel, il n'y a pas d'offre.
  • Prendre une acceptation modifiée pour une acceptation : c'est une contre-offre.
  • Affirmer que le silence vaut acceptation : c'est l'exception.
  • Invoquer l'erreur sur la valeur : elle ne suffit pas seule.
  • Oublier que la lésion n'annule le contrat que si elle est due au dol ou si la victime est mineure ou incapable.
  • Confondre dol et erreur : le dol suppose des manœuvres de l'autre partie.

Exercice 1 — L'appartement de Tanger

Le 3 mars, Nadia publie sur un site d'annonces : « Vends appartement 80 m², quartier Malabata, Tanger, 1 200 000 DH. » Le 5 mars, Omar lui écrit : « J'accepte, mais à 1 100 000 DH. » Nadia ne répond pas. Le 8 mars, Hamza visite l'appartement ; Nadia lui affirme que l'immeuble dispose d'un ascenseur « en cours d'installation », ce qui est faux, aucun projet n'existant. Hamza, qui a un enfant handicapé et qui avait dit que l'ascenseur était décisif pour lui, signe un compromis de vente au prix de 1 200 000 DH. Le 20 mars, Omar écrit à nouveau : « Finalement, j'accepte votre prix. »

  1. L'annonce du 3 mars constitue-t-elle une offre ?
  2. Un contrat s'est-il formé avec Omar ?
  3. Hamza peut-il remettre en cause son engagement ? Sur quel fondement ?
Voir le corrigé

1. L'annonce. Elle désigne précisément la chose (appartement de 80 m² à Malabata) et fixe le prix : elle contient les éléments essentiels d'une vente. C'est une offre au public. Elle reste valable tant qu'elle n'est pas retirée et, faute de délai, pendant un temps raisonnable ; elle devient caduque, en toute hypothèse, quand le bien est vendu à un autre.

2. Omar. Sa réponse du 5 mars modifie le prix : ce n'est pas une acceptation mais une contre-offre, qui vaut refus de l'offre initiale. Le silence de Nadia ne vaut pas acceptation de la contre-offre : il n'existe entre eux aucune relation d'affaires antérieure qui justifierait l'exception. Le 20 mars, Omar « accepte » le prix initial ; mais l'offre était devenue caduque puisque le bien avait été promis à Hamza le 8 mars. Aucun contrat n'est formé avec Omar.

3. Hamza. Le compromis (promesse synallagmatique) fixe la chose et le prix : il est en principe obligatoire. Mais Nadia a affirmé un fait faux (l'ascenseur « en cours d'installation ») pour obtenir son accord : ce sont des manœuvres dolosives (mensonge) émanant du cocontractant. Le dol est déterminant : Hamza avait dit que l'ascenseur était décisif, et sans ce mensonge il n'aurait pas contracté (article 52 du DOC). Hamza peut donc demander la rescision du compromis pour dol. Il pourrait aussi invoquer l'erreur sur une qualité substantielle, mais le dol est plus facile à établir ici, car il est prouvé par les échanges. Il peut en outre demander des dommages-intérêts pour les frais engagés, sur le fondement de la faute de Nadia.

Exercice 2 — Offre ou pas ?

Dites s'il y a offre : 1) un catalogue d'un magasin d'électroménager de Casablanca avec les prix ; 2) un message « je cherche à vendre mon terrain à Settat, faites-moi une proposition » ; 3) une annonce d'emploi « recrute comptable, salaire selon profil » ; 4) un distributeur automatique de boissons.

Voir le corrigé
  1. Offre au public : chose et prix déterminés (dans la limite des stocks). 2) Pas d'offre : pas de prix, c'est une invitation à négocier. 3) Pas d'offre : le salaire n'est pas fixé et le contrat de travail est conclu en considération de la personne. 4) Offre au public permanente : l'introduction des pièces vaut acceptation tacite.

Exercice 3 — Quel vice ?

Identifiez le vice éventuel : a) Ali achète un tableau en croyant qu'il est d'un peintre célèbre ; le vendeur, de bonne foi, le croyait aussi ; b) un commerçant signe un contrat de fourniture parce qu'un concurrent a menacé de brûler son entrepôt ; c) un mineur de 16 ans vend pour 3 000 DH une moto qui en vaut 9 000 ; d) Sara paie un smartphone 1 000 DH de plus que dans le magasin voisin.

Voir le corrigé

a) Erreur sur la substance (l'authenticité), commune aux deux parties : rescision possible si elle a été déterminante. b) Violence, même exercée par un tiers : menace d'un mal grave sur les biens ; rescision possible. c) Lésion au profit d'un mineur : la différence (6 000 DH) dépasse le tiers de la valeur ; rescision possible même sans dol (article 56). De plus, l'acte d'un mineur est lui-même annulable pour incapacité. d) Aucun vice : l'erreur sur la valeur ne suffit pas, et la lésion entre majeurs capables n'est pas sanctionnée sans dol.

L'essentiel — Le consentement

  • Article 2 du DOC : capacité, déclaration valable de volonté, objet certain, cause licite.
  • Consensualisme : accord sur les éléments essentiels (article 19), sauf forme imposée par la loi.
  • Offre : ferme et précise ; à personne déterminée ou au public ; entre présents sans délai, elle tombe faute d'acceptation immédiate (article 23) ; avec délai, elle lie son auteur (article 29).
  • Acceptation : pure et simple, expresse ou tacite ; une réponse modifiée = contre-offre ; le silence ne vaut pas acceptation, sauf relations d'affaires antérieures.
  • Entre absents : contrat formé au lieu et au moment de la réponse acceptant l'offre (article 24).
  • Contrat électronique : articles 65-1 et suivants (loi 53-05), vérification de la commande avant confirmation.
  • Avant-contrats : pourparlers (rupture fautive seulement), pacte de préférence, promesse unilatérale, promesse synallagmatique.
  • Vices (article 39) : erreur sur la substance ou la personne, dol déterminant (article 52), violence (articles 46-47, pas la crainte révérencielle seule, article 50).
  • Lésion : rescision seulement si dol (article 55) ou si la victime est mineure ou incapable et la lésion dépasse le tiers (article 56).
1Les conditions de validité du contrat sont énumérées par l'article :
2Une réponse qui accepte l'offre en modifiant le prix est :
3En principe, le silence :
4Entre absents, le DOC fixe la formation du contrat :
5Les règles du contrat électronique ont été introduites dans le DOC par la loi :
6Le mensonge d'un cocontractant qui détermine l'autre à contracter est :
7Le silence volontaire sur une information déterminante est :
8La crainte révérencielle seule :
9Entre majeurs capables, la lésion sans dol :
10La lésion ouvre droit à rescision au profit d'un mineur lorsqu'elle dépasse :