Chapitre 2 · Droit S4 · Tronc commun

La protection internationale des droits de l'homme

Droits de l'homme et libertés publiques

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • présenter la Charte internationale des droits de l'homme (DUDH et Pactes de 1966) ;
  • énumérer les principales conventions spécialisées et leur ratification par le Maroc ;
  • décrire les mécanismes onusiens : Conseil des droits de l'homme, Examen périodique universel, organes de traités ;
  • comparer les systèmes régionaux européen, interaméricain, africain et arabe ;
  • identifier le mécanisme à saisir dans un cas de violation.

2.1 La Charte internationale des droits de l'homme

La Charte des Nations unies (1945) fait du respect des droits de l'homme l'un des buts de l'Organisation (article 1, paragraphe 3) et engage les États membres à agir pour leur respect universel (articles 55 et 56). Mais elle ne définit pas ces droits.

La Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH), adoptée par l'Assemblée générale le 10 décembre 1948 à Paris, énonce en 30 articles les droits civils et politiques (vie, liberté, sûreté, interdiction de la torture, égalité devant la loi, procès équitable, liberté de pensée, d'expression, de réunion, participation aux affaires publiques) et les droits économiques, sociaux et culturels (sécurité sociale, travail, repos, niveau de vie suffisant, éducation, vie culturelle). Résolution de l'Assemblée générale, elle n'a pas de force obligatoire en tant que telle ; mais nombre de ses dispositions ont acquis une valeur coutumière, et elle sert de référence aux constitutions et aux juges.

Les deux Pactes internationaux du 16 décembre 1966, entrés en vigueur en 1976, traduisent la Déclaration en traités obligatoires :

  • le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) : droit à la vie, interdiction de la torture, liberté et sécurité, procès équitable, vie privée, liberté de pensée, d'expression, de réunion, d'association, participation politique, droits des minorités ; il prévoit des dérogations en cas de danger public exceptionnel, sauf pour les droits intangibles (article 4) ; il est assorti de deux protocoles facultatifs (plaintes individuelles ; abolition de la peine de mort) ;
  • le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) : droit au travail, droits syndicaux, sécurité sociale, protection de la famille, niveau de vie suffisant, santé, éducation, culture ; les États s'engagent à agir « au maximum de leurs ressources disponibles » en vue d'assurer progressivement le plein exercice de ces droits (article 2). La Déclaration et les deux Pactes forment la Charte internationale des droits de l'homme.

Le Maroc a ratifié les deux Pactes en 1979. Il n'a pas adhéré au deuxième protocole facultatif sur l'abolition de la peine de mort ; la peine capitale reste prévue par le Code pénal mais n'est plus exécutée depuis 1993 (moratoire de fait).

2.2 Les conventions spécialisées

Les Nations unies ont adopté des conventions qui protègent des droits particuliers ou des catégories de personnes :

Convention Année Ratification par le Maroc (indicative)
Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide 1948 1958
Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale 1965 1970
Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) 1979 1993, réserves en partie levées en 2011
Convention contre la torture (CAT) 1984 1993 ; Protocole facultatif en 2014
Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) 1989 1993
Convention sur les droits des travailleurs migrants et de leur famille 1990 1993
Convention relative aux droits des personnes handicapées 2006 2009
Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées 2006 2013

Les réserves : lors de la ratification, un État peut formuler des réserves pour exclure ou modifier l'effet de certaines dispositions, à condition qu'elles ne soient pas contraires à l'objet et au but du traité (Convention de Vienne de 1969, Droit international public, S3). Le Maroc avait formulé des réserves à la CEDAW (notamment sur l'égalité dans le mariage et la transmission de la nationalité) ; plusieurs ont été levées après la réforme du Code de la famille (2004) et du Code de la nationalité (2007), et le retrait a été annoncé en 2008 et notifié en 2011.

2.3 Les mécanismes des Nations unies

Le Conseil des droits de l'homme (مجلس حقوق الإنسان), créé en 2006 par l'Assemblée générale pour remplacer la Commission des droits de l'homme (1946), siège à Genève. Il est composé de 47 États élus pour trois ans par l'Assemblée générale. Il adopte des résolutions, crée des commissions d'enquête et supervise les procédures spéciales. Le Maroc en a été membre à plusieurs reprises et en a assuré la présidence en 2024.

L'Examen périodique universel (EPU) : tous les États membres de l'ONU voient leur situation des droits de l'homme examinée tous les quatre ans et demi environ par leurs pairs, sur la base d'un rapport national, d'informations des Nations unies et de contributions de la société civile et des institutions nationales. L'examen aboutit à des recommandations que l'État accepte ou dont il prend note. Le Maroc a été examiné à plusieurs cycles (2008, 2012, 2017, 2022).

Les procédures spéciales : des rapporteurs spéciaux, experts indépendants et groupes de travail sont chargés d'un thème (torture, liberté d'expression, détention arbitraire, défenseurs des droits) ou d'un pays. Ils effectuent des visites, reçoivent des communications et adressent des rapports.

Les organes de traités : chaque grande convention institue un comité d'experts indépendants (Comité des droits de l'homme pour le PIDCP, Comité contre la torture, Comité des droits de l'enfant, Comité CEDAW…), qui :

  • examine les rapports périodiques des États parties et adopte des observations finales ;
  • adopte des observations générales qui interprètent la convention ;
  • examine, lorsque l'État l'a accepté, des communications individuelles (plaintes de particuliers), qui aboutissent à des constatations non contraignantes juridiquement mais d'une grande autorité.

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (1993), à Genève, coordonne l'action de l'ONU et apporte une assistance technique aux États.

La Cour pénale internationale (Statut de Rome, 1998) juge les personnes responsables des crimes les plus graves (génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre, agression) ; le Maroc a signé le Statut mais ne l'a pas ratifié.

2.4 Les systèmes régionaux

Le système européen : la Convention européenne des droits de l'homme (1950), adoptée dans le cadre du Conseil de l'Europe, est protégée par la Cour européenne des droits de l'homme (Strasbourg), juridiction permanente que tout particulier relevant de la juridiction d'un État partie peut saisir, après épuisement des voies de recours internes. Ses arrêts sont obligatoires et leur exécution est surveillée par le Comité des ministres. C'est le système le plus abouti. Le Maroc n'est pas partie à la Convention, mais il a le statut de partenaire pour la démocratie auprès de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (2011) et est partie à certaines conventions du Conseil de l'Europe (notamment sur la cybercriminalité, la protection des données ou la lutte contre la traite, selon les ratifications).

Le système interaméricain : Convention américaine relative aux droits de l'homme (1969), Commission et Cour interaméricaines (San José).

Le système africain : la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (1981, Nairobi) consacre les droits individuels, les droits des peuples (autodétermination, développement) et les devoirs de l'individu. Elle est protégée par la Commission africaine (Banjul) et la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (Arusha, protocole de 1998). Le Maroc, qui a réintégré l'Union africaine en 2017, est concerné par ce système ; l'état de ses ratifications des instruments africains doit être vérifié.

Le système arabe : la Charte arabe des droits de l'homme, adoptée par la Ligue des États arabes en 2004 et entrée en vigueur en 2008, est surveillée par un Comité arabe des droits de l'homme qui examine les rapports des États. Le Maroc l'a signée ; sa ratification doit être vérifiée.

2.5 Le droit international humanitaire

Le droit international humanitaire (DIH) protège les personnes en période de conflit armé : les quatre Conventions de Genève de 1949 (blessés et malades, naufragés, prisonniers de guerre, civils) et leurs Protocoles additionnels de 1977, ratifiés par le Maroc. Le Comité international de la Croix-Rouge en est le gardien. Le DIH et le droit des droits de l'homme sont complémentaires : le second continue de s'appliquer en temps de guerre, sous réserve des dérogations permises. Le Maroc a créé une Commission nationale du droit international humanitaire (2008).

2.6 La portée de la protection internationale

La protection internationale reste subsidiaire : elle n'intervient qu'après l'échec de la protection nationale (règle de l'épuisement des voies de recours internes). Ses mécanismes, sauf les cours régionales, ne produisent pas de décisions contraignantes ; leur efficacité repose sur la pression diplomatique, la publicité des rapports et la volonté des États. Mais ils ont une influence réelle : de nombreuses réformes marocaines (Code de la famille, Constitution de 2011, création du mécanisme national de prévention de la torture en 2019 au sein du CNDH) ont été liées aux engagements et recommandations internationaux.

2.7 Méthode : identifier le mécanisme international à saisir

  1. Identifier le droit violé et la convention qui le protège.
  2. Vérifier la ratification par l'État et les réserves éventuelles.
  3. Vérifier l'acceptation des plaintes individuelles (protocole facultatif, déclaration de l'État).
  4. Vérifier l'épuisement des voies de recours internes.
  5. Choisir le mécanisme : comité conventionnel (communication), procédure spéciale (appel urgent), contribution à l'EPU, juridiction régionale si l'État y est soumis.

Les pièges à éviter

  • Attribuer à la DUDH une force obligatoire de traité : c'est une résolution, dont certaines dispositions sont devenues coutumières.
  • Confondre le Conseil des droits de l'homme (organe intergouvernemental, 47 États) et le Comité des droits de l'homme (experts indépendants, PIDCP).
  • Affirmer que le Maroc est partie à la Convention européenne des droits de l'homme : il ne l'est pas.
  • Oublier la règle de l'épuisement des voies de recours internes.
  • Présenter les constatations des comités comme des jugements obligatoires.

Exercice 1 — Le cas de M. Driss

M. Driss affirme avoir été frappé lors de sa garde à vue pour lui extorquer des aveux, sur la base desquels il a été condamné. Ses recours devant les juridictions marocaines, jusqu'à la Cour de cassation, ont été rejetés. Son avocat envisage : a) de saisir la Cour européenne des droits de l'homme ; b) de saisir le Comité contre la torture ; c) d'alerter le rapporteur spécial sur la torture ; d) de demander à une ONG d'évoquer le cas lors de l'Examen périodique universel du Maroc.

Appréciez chacune de ces options.

Voir le corrigé

a) La Cour européenne des droits de l'homme. Elle n'est compétente qu'à l'égard des États parties à la Convention européenne. Le Maroc n'en fait pas partie : la requête serait irrecevable.

b) Le Comité contre la torture. Le Maroc a ratifié la Convention contre la torture (1993). Le Comité peut examiner des communications individuelles si l'État a fait la déclaration prévue par l'article 22 de la Convention reconnaissant cette compétence ; le Maroc a fait cette déclaration (à vérifier dans l'état des ratifications). Les voies de recours internes ont été épuisées (Cour de cassation). M. Driss peut donc présenter une communication. Le Comité examinera si les mauvais traitements sont établis et si les aveux ainsi obtenus ont été utilisés, ce qui violerait l'article 15 de la Convention (interdiction d'invoquer des déclarations obtenues par la torture). Ses constatations ne sont pas juridiquement contraignantes, mais l'État est invité à informer le Comité des mesures prises (réparation, révision, enquête).

c) Le rapporteur spécial sur la torture. Le rapporteur spécial du Conseil des droits de l'homme peut recevoir des informations sur des cas individuels, sans condition de ratification ni d'épuisement des recours, et adresser une communication (lettre d'allégation) au gouvernement. Cette démarche est possible et complémentaire, mais elle n'aboutit pas à une décision.

d) L'Examen périodique universel. Une ONG peut soumettre une contribution écrite au Haut-Commissariat lors du prochain cycle de l'EPU du Maroc ; le cas peut alimenter des recommandations des États sur la prévention de la torture en garde à vue. C'est un levier politique général, non une voie de réparation individuelle.

Conclusion : la voie la plus adaptée pour obtenir un examen du cas individuel est la communication au Comité contre la torture, complétée par l'alerte au rapporteur spécial. En droit interne, M. Driss pourrait aussi saisir le CNDH et, au titre du mécanisme national de prévention de la torture, signaler les pratiques en garde à vue (chapitre 3).

Exercice 2 — Organe ou État ?

Classez : Conseil des droits de l'homme ; Comité des droits de l'homme ; Comité contre la torture ; Examen périodique universel ; rapporteur spécial sur la liberté d'expression. Indiquez s'il s'agit d'un mécanisme fondé sur la Charte des Nations unies ou sur un traité, et s'il est composé d'États ou d'experts.

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Conseil des droits de l'homme : fondé sur la Charte (résolution de l'Assemblée générale), composé d'États. Comité des droits de l'homme : organe de traité (PIDCP), experts indépendants. Comité contre la torture : organe de traité (CAT), experts. Examen périodique universel : mécanisme du Conseil, examen par les États pairs. Rapporteur spécial : procédure spéciale du Conseil, expert indépendant.

Exercice 3 — Vrai ou faux ?

  1. La DUDH est un traité ratifié par les États. 2) Le PIDESC impose une réalisation immédiate de tous les droits. 3) Le Maroc a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant. 4) Un Marocain peut saisir la Cour européenne des droits de l'homme contre le Maroc. 5) Les constatations du Comité des droits de l'homme sont des jugements obligatoires.
Voir le corrigé
  1. Faux : résolution de l'Assemblée générale. 2) Faux : réalisation progressive au maximum des ressources disponibles. 3) Vrai (1993). 4) Faux : le Maroc n'est pas partie à la Convention européenne. 5) Faux : elles ne sont pas juridiquement contraignantes, mais font autorité.

L'essentiel — Protection internationale

  • Charte des Nations unies (articles 1-3, 55, 56) ; DUDH (10 décembre 1948, 30 articles, résolution sans force obligatoire, valeur coutumière partielle).
  • Pactes de 1966 (en vigueur en 1976) : PIDCP (dérogations sauf droits intangibles, article 4 ; protocoles facultatifs) et PIDESC (réalisation progressive, article 2) ; ratifiés par le Maroc en 1979 ; peine de mort maintenue, non exécutée depuis 1993.
  • Conventions spécialisées : génocide, discrimination raciale, CEDAW (réserves en partie levées en 2011), torture (1993, protocole en 2014), enfant (1993), migrants, handicap (2009), disparitions forcées (2013).
  • Conseil des droits de l'homme (2006, Genève, 47 États ; présidence marocaine en 2024) ; Examen périodique universel (Maroc : 2008, 2012, 2017, 2022) ; procédures spéciales (rapporteurs).
  • Organes de traités : rapports, observations finales et générales, communications individuelles (constatations non contraignantes) ; Haut-Commissariat (1993) ; CPI (Maroc signataire non partie).
  • Régional : CEDH (Cour de Strasbourg, arrêts obligatoires ; Maroc non partie, partenaire pour la démocratie) ; interaméricain ; Charte africaine (1981, Commission, Cour) ; Charte arabe (2004).
  • DIH : Conventions de Genève (1949) et protocoles (1977), complémentarité ; commission nationale (2008).
  • Protection subsidiaire : épuisement des voies de recours internes ; efficacité par la pression et la publicité ; influence sur les réformes (mécanisme national de prévention de la torture, 2019).
1La Déclaration universelle des droits de l'homme compte :
2Les deux Pactes internationaux ont été adoptés en :
3Le Maroc a ratifié les deux Pactes en :
4Le PIDESC prévoit une réalisation des droits :
5Le Conseil des droits de l'homme a été créé en :
6Le Conseil des droits de l'homme est composé de :
7L'Examen périodique universel porte sur :
8Le Maroc a ratifié la Convention contre la torture en :
9La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples date de :
10La saisine d'un mécanisme international suppose en principe :