Chapitre 1 · Droit S3 · Tronc commun

Le droit de la famille : sources, principes et fiançailles

Droit de la famille

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • retracer l'évolution du droit marocain de la famille, de la Moudawana de 1957-1958 au Code de 2004 ;
  • identifier les sources du droit de la famille et le rôle du rite malékite (article 400) ;
  • présenter les principes directeurs du Code de la famille ;
  • définir les fiançailles et en tirer les conséquences juridiques ;
  • résoudre un cas de rupture de fiançailles.

1.1 Le droit de la famille : définition et place

Définition — Droit de la famille : ensemble des règles qui régissent la formation, les effets et la dissolution du mariage, la filiation et ses effets (garde, pension), la capacité et la représentation légale des personnes, ainsi que, dans le Code marocain, le testament et les successions.

Le droit de la famille relève du statut personnel. Il présente une forte dimension religieuse, morale et sociale : il touche à l'intimité des personnes, aux équilibres entre hommes et femmes, à la protection des enfants. Il est en grande partie d'ordre public : les époux ne peuvent pas, par exemple, renoncer par contrat au contrôle judiciaire du divorce.

1.2 L'évolution historique

Date Étape
Avant 1957 Application du fiqh malékite par les cadis, avec le droit hébraïque pour les Marocains de confession juive et des coutumes locales
1957-1958 Moudawana (Code du statut personnel et des successions), rédigée par une commission d'oulémas, codification fidèle du rite malékite
1993 Réforme limitée (dahir du 10 septembre 1993) : consentement de la femme exprimé dans l'acte, information de la première épouse en cas de polygamie, intervention du juge dans le divorce
1999-2003 Débat national intense (plan national d'intégration de la femme au développement, marches de mars 2000) ; commission royale consultative (2001)
2004 Code de la famille, promulgué par le dahir du 3 février 2004 portant loi 70-03, adopté par le Parlement, entré en vigueur le 5 février 2004
Depuis 2023 Nouvelle réforme engagée : instance chargée de la révision (2023), propositions présentées en décembre 2024 ; vérifiez si le nouveau texte est adopté et entré en vigueur à la date de votre examen

Le Code de 2004 est un tournant : il a été adopté par une loi votée au Parlement (et non par un simple dahir), et il combine fidélité aux finalités de la charia et ouverture aux engagements internationaux du Maroc en matière de droits de l'homme. Le préambule insiste sur l'ijtihad (effort d'interprétation) pour concilier ces exigences.

1.3 Les sources du droit de la famille

  • Le Code de la famille (loi 70-03), qui comprend un livre préliminaire et six livres : le mariage, la dissolution du pacte de mariage, la naissance et ses effets, la capacité et la représentation légale, le testament, la succession.
  • Le rite malékite et l'ijtihad : selon l'article 400, pour toute question non réglée expressément par le Code, il est fait référence aux prescriptions du rite malékite et/ou aux conclusions de l'effort jurisprudentiel (ijtihad), qui tiennent compte des valeurs de l'islam en matière de justice, d'égalité et de coexistence harmonieuse.
  • La Constitution de 2011 : l'article 19 consacre l'égalité entre les hommes et les femmes et la recherche de la parité ; l'article 32 fait de la famille, fondée sur le lien légal du mariage, la cellule de base de la société, et prévoit la protection de la famille, de la mère et de l'enfant.
  • Les conventions internationales ratifiées : convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW, réserves levées en 2011 pour l'essentiel), convention relative aux droits de l'enfant.
  • Les lois connexes : loi 15-01 sur la kafala des enfants abandonnés, loi 37-99 sur l'état civil, Code de procédure civile (procédure devant les sections de la justice de la famille), loi 41-10 sur le fonds d'entraide familiale.
  • La jurisprudence des sections de la famille et de la Cour de cassation.

Champ d'application (article 2) : le Code s'applique à tous les Marocains, même ceux qui ont une autre nationalité, aux réfugiés, aux relations entre deux personnes dont l'une est marocaine. Les Marocains de confession juive restent soumis aux règles du statut personnel hébraïque marocain.

Les juridictions : les sections de la justice de la famille, créées au sein des tribunaux de première instance, sont compétentes pour les affaires familiales ; le ministère public est partie principale dans toutes les actions relatives au Code (article 3).

1.4 Les principes directeurs du Code de 2004

  • L'égalité et la responsabilité conjointe : la famille est placée sous la direction des deux époux (article 4), alors que la Moudawana de 1957 consacrait l'obéissance de l'épouse ; les droits et devoirs sont réciproques (article 51).
  • La protection de l'enfant : intérêt de l'enfant dans la garde, la pension, la filiation.
  • Le contrôle judiciaire : le juge intervient pour autoriser le mariage des mineurs et la polygamie, pour contrôler et autoriser le divorce.
  • L'élévation de l'âge du mariage à 18 ans pour les deux sexes (article 19).
  • La tutelle matrimoniale devenue un droit de la femme majeure, qui l'exerce selon son choix (article 24).
  • La conciliation : tentative de réconciliation obligatoire dans les procédures de divorce.

1.5 Les fiançailles

Définition — Fiançailles : promesse mutuelle de mariage entre un homme et une femme (article 5).

Elles se réalisent lorsque les deux parties expriment, par tout moyen communément admis, leur promesse mutuelle de contracter mariage, y compris par la récitation de la Fatiha et l'échange de présents selon l'usage.

Ce n'est pas un mariage : les fiancés restent libres. L'article 6 dispose que les fiançailles sont une période de promesse et que chacune des deux parties a le droit d'y mettre fin. La rupture n'est donc pas, en elle-même, une faute.

Les conséquences de la rupture :

  • la réparation du préjudice : si la rupture s'accompagne d'un acte de l'un des fiancés ayant causé un préjudice à l'autre (par exemple, exiger que la fiancée quitte son emploi, puis rompre), la victime peut réclamer réparation (article 7) ;
  • les présents (article 8) : chacun des fiancés peut réclamer les présents qu'il a faits, sauf si la rupture lui est imputable ; les présents sont restitués en nature ou, à défaut, en valeur ;
  • la dot (sadaq) déjà versée : le fiancé peut la récupérer (article 9) ; si la fiancée l'a utilisée pour l'achat du trousseau, et que la rupture est du fait du fiancé, elle peut restituer le trousseau ou en supporter la valeur selon des règles précises.

La grossesse pendant les fiançailles : l'article 156 permet, sous conditions (fiançailles connues des deux familles, empêchement de conclure l'acte, grossesse survenue pendant les fiançailles, reconnaissance des deux fiancés), de rattacher l'enfant au fiancé « pour cause de rapports par erreur » (chapitre 6).

1.6 Méthode : traiter une question de droit de la famille

  1. Vérifier le champ d'application du Code (nationalité, religion).
  2. Qualifier la situation : fiançailles, mariage, dissolution, filiation, garde, capacité.
  3. Citer l'article du Code de la famille applicable.
  4. Rechercher l'intervention du juge et du ministère public.
  5. Compléter, si le Code est muet, par le rite malékite et l'ijtihad (article 400).

Les pièges à éviter

  • Parler de « Moudawana de 2004 » sans préciser qu'il s'agit du Code de la famille (loi 70-03), différent du texte de 1957-1958.
  • Confondre fiançailles et mariage : les fiançailles n'obligent pas à se marier.
  • Considérer toute rupture de fiançailles comme fautive : seul un acte causant un préjudice ouvre droit à réparation.
  • Oublier l'article 400 et le renvoi au rite malékite.
  • Oublier que le ministère public est partie principale.

Exercice 1 — Les fiançailles rompues de Salé

Ayoub et Imane se sont fiancés en présence des deux familles, avec récitation de la Fatiha. Ayoub a offert à Imane une bague de 6 000 DH et lui a versé 20 000 DH au titre du sadaq. À la demande d'Ayoub, qui voulait qu'elle s'occupe de la future maison, Imane a démissionné de son emploi de comptable. Trois mois plus tard, Ayoub rompt les fiançailles sans motif.

  1. Ayoub a-t-il commis une faute en rompant les fiançailles ?
  2. Imane peut-elle obtenir réparation ?
  3. Que devient la bague ? Et les 20 000 DH ?
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1. La rupture. Les fiançailles ne sont qu'une promesse de mariage ; selon l'article 6 du Code de la famille, chacun des fiancés a le droit d'y mettre fin. La rupture en elle-même n'est pas une faute, même sans motif.

2. La réparation. L'article 7 permet à la victime de demander réparation lorsque la rupture s'accompagne d'un acte de l'autre fiancé qui lui a causé un préjudice. Ici, Ayoub a demandé à Imane de démissionner, puis a rompu : le préjudice (perte d'emploi et de revenus) est lié à un acte d'Ayoub. Imane peut donc réclamer des dommages-intérêts, en prouvant la demande d'Ayoub (témoins, messages) et l'étendue de son préjudice.

3. Les biens. La bague est un présent : selon l'article 8, celui qui a offert les présents peut les réclamer, sauf si la rupture lui est imputable. La rupture étant le fait d'Ayoub, il ne peut pas récupérer la bague. Les 20 000 DH versés au titre du sadaq doivent en principe être restitués à Ayoub (article 9), le mariage n'ayant pas été conclu ; si Imane avait utilisé la somme pour préparer son trousseau, des règles particulières s'appliqueraient. La créance de restitution d'Ayoub pourra se compenser avec les dommages-intérêts dus à Imane.

Exercice 2 — Vrai ou faux ?

  1. Le Code de la famille a été adopté par le Parlement. 2) Les fiancés sont obligés de se marier. 3) Le Code s'applique aux Marocains de confession juive. 4) Le ministère public est partie principale dans les actions relatives au Code. 5) En cas de silence du Code, le juge applique le droit français.
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  1. Vrai : loi 70-03, promulguée en février 2004. 2) Faux : chacun peut mettre fin aux fiançailles (article 6). 3) Faux : ils restent soumis au statut personnel hébraïque marocain (article 2). 4) Vrai (article 3). 5) Faux : il se réfère au rite malékite et à l'ijtihad (article 400).

Exercice 3 — Dissertation : plan détaillé

Proposez un plan pour le sujet : « Le Code de la famille de 2004 : rupture ou continuité ? »

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Introduction : contexte (débat national, commission royale, adoption par le Parlement) ; problématique : le Code rompt-il avec la Moudawana ou la prolonge-t-il ? I. Une rupture dans les principes — A. L'égalité et la direction conjointe de la famille (article 4), la fin du devoir d'obéissance, la tutelle matrimoniale facultative pour la femme majeure. B. Le renforcement du contrôle judiciaire : âge du mariage, polygamie, divorce, protection des enfants. II. Une continuité dans les références — A. L'ancrage dans la charia et le rite malékite (préambule, article 400) ; le maintien de la polygamie encadrée et des règles successorales. B. Une réforme par l'ijtihad, qui appelle de nouvelles évolutions (réforme engagée en 2023). Conclusion : une réforme profonde réalisée dans le cadre du référentiel religieux, illustrant la méthode marocaine de conciliation.

L'essentiel — Sources et fiançailles

  • Droit de la famille : mariage, dissolution, filiation, capacité, testament et successions ; statut personnel, largement d'ordre public.
  • Étapes : fiqh malékite ; Moudawana de 1957-1958 ; réforme de 1993 ; Code de la famille, loi 70-03, en vigueur le 5 février 2004 ; réforme engagée en 2023 (propositions de décembre 2024).
  • Sources : Code, article 400 (rite malékite et ijtihad), Constitution (articles 19 et 32), conventions (CEDAW, droits de l'enfant), lois 15-01 (kafala), 37-99 (état civil), 41-10 (fonds d'entraide familiale), jurisprudence.
  • Champ (article 2) : Marocains, réfugiés, couples mixtes ; Marocains juifs : statut personnel hébraïque.
  • Sections de la justice de la famille ; ministère public partie principale (article 3).
  • Principes : direction conjointe de la famille (article 4), réciprocité (article 51), protection de l'enfant, contrôle judiciaire, mariage à 18 ans, tutelle matrimoniale droit de la femme majeure (article 24), conciliation.
  • Fiançailles (article 5) : promesse mutuelle ; libre rupture (article 6).
  • Réparation si un acte a causé un préjudice (article 7) ; présents restituables sauf rupture imputable au demandeur (article 8) ; sadaq restitué (article 9).
  • Grossesse pendant les fiançailles : article 156.
1Le Code de la famille porte le numéro de loi :
2La première Moudawana date de :
3En cas de silence du Code de la famille, il est fait référence :
4Selon l'article 4, la famille est placée sous la direction :
5Le ministère public dans les affaires de famille est :
6Les fiançailles sont :
7Chacun des fiancés peut-il rompre les fiançailles ?
8La rupture de fiançailles ouvre droit à réparation lorsque :
9Les Marocains de confession juive sont soumis :
10L'égalité entre les hommes et les femmes est consacrée par l'article :