Classiques et keynésiens : deux visions de l'équilibre macroéconomique
Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :
- énoncer la loi des débouchés de Say et en tirer les conséquences ;
- décrire le fonctionnement des marchés du travail, des fonds prêtables et de la monnaie dans le modèle classique ;
- appliquer la théorie quantitative de la monnaie et expliquer la neutralité de la monnaie ;
- expliquer le principe de la demande effective, l'équilibre de sous-emploi et le paradoxe de l'épargne ;
- comparer les deux approches et leurs recommandations de politique économique.
5.1 Une question de fond : l'économie s'autorégule-t-elle ?
Les chapitres précédents ont appris à mesurer l'activité (PIB, revenu, épargne, investissement). Reste une question décisive : si l'économie connaît du chômage ou une production insuffisante, les marchés corrigent-ils seuls la situation, ou faut-il une intervention de l'État ?
Deux grandes réponses s'opposent depuis près d'un siècle :
- les classiques (Adam Smith, David Ricardo, Jean-Baptiste Say, John Stuart Mill) et leurs successeurs néoclassiques (Léon Walras, Arthur Pigou) pensent que des prix flexibles ramènent spontanément l'économie au plein emploi ;
- John Maynard Keynes, dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), écrite après la crise de 1929, montre qu'une économie peut rester durablement en sous-emploi, faute d'une demande suffisante.
Le contexte explique le débat. Après le krach d'octobre 1929, la production industrielle des États-Unis recule fortement et le chômage y atteint environ un quart de la population active en 1933. La théorie classique, qui prévoyait un retour rapide au plein emploi par la baisse des salaires, ne parvient pas à expliquer un chômage aussi massif et aussi durable.
5.2 La loi des débouchés de Say
Définition — Loi des débouchés (J.-B. Say, 1803) : « les produits s'échangent contre des produits ». Toute production distribue des revenus (salaires, profits, rentes) d'un montant égal à sa valeur ; ces revenus sont entièrement dépensés, en consommation ou en investissement. L'offre crée donc sa propre demande.
Le raisonnement repose sur une conception précise de la monnaie : elle n'est qu'un voile qui facilite les échanges. Personne ne la garde pour elle-même ; celui qui vend un bien utilise aussitôt l'argent reçu pour en acheter un autre. Il en découle trois conséquences :
- une surproduction générale durable est impossible : il peut y avoir trop de chaussures et pas assez de blé, mais ces déséquilibres sectoriels se corrigent par les prix ;
- l'épargne n'est pas une fuite : elle est prêtée et finance l'investissement ;
- la croissance dépend de l'offre (travail, capital, progrès technique), non de la demande.
5.3 Le modèle classique : des marchés qui s'équilibrent
Le marché du travail
Dans le modèle classique, l'emploi se fixe sur un marché où se rencontrent les entreprises et les ménages, en fonction du salaire réel $w = W / P$ (salaire nominal $W$ divisé par le niveau des prix $P$) :
- la demande de travail des entreprises est décroissante : une entreprise embauche tant qu'un salarié supplémentaire rapporte plus qu'il ne coûte, c'est-à-dire jusqu'à ce que la productivité marginale du travail (PmL) soit égale au salaire réel ;
- l'offre de travail des ménages est croissante : un salaire réel plus élevé incite à renoncer à du loisir.
Exemple chiffré. Une économie fictive produit $Y = 100\sqrt{N}$ (Y en milliards de DH, N en centaines de milliers de travailleurs). La productivité marginale est $PmL = 50 / \sqrt{N}$ ; l'égalité $PmL = w$ donne la demande de travail $N^d = 2\,500 / w^2$. L'offre de travail est $N^s = 50 + 10\,w$ (w en milliers de DH). Pour $w = 5$ : $N^d = 2\,500 / 25 = 100$ et $N^s = 50 + 50 = 100$. Le marché s'équilibre avec 10 millions d'emplois et la production de plein emploi vaut $Y = 100 \times \sqrt{100} = 1\,000$ milliards de DH.
Si le salaire réel est flexible, tout excès d'offre de travail fait baisser le salaire jusqu'à l'équilibre. Le seul chômage possible est alors volontaire (personnes qui refusent de travailler au salaire du marché) ou frictionnel (délai de recherche). Un chômage durable s'explique par un salaire maintenu au-dessus de l'équilibre (salaire minimum, pouvoir syndical) : c'est le chômage classique.
Le marché des fonds prêtables
L'épargne et l'investissement se rencontrent sur le marché des fonds prêtables, et c'est le taux d'intérêt qui les égalise :
- l'épargne $S(r)$ est croissante du taux : un taux élevé récompense le renoncement à la consommation présente ;
- l'investissement $I(r)$ est décroissant du taux : un taux élevé rend moins rentables les projets.
Exemple : $S = 150 + 10\,r$ et $I = 250 - 15\,r$ ($r$ en %). L'égalité donne $25\,r = 100$, soit $r^* = 4\,\%$ et $S = I = 190$. Toute l'épargne est investie : il n'y a pas de fuite hors du circuit, conformément à la loi de Say.
Le marché de la monnaie : la théorie quantitative
La production étant fixée par l'emploi, la monnaie ne détermine que le niveau des prix, selon l'équation des échanges d'Irving Fisher :
$$\boxed{M \times V = P \times Y}$$
où $M$ est la masse monétaire et $V$ la vitesse de circulation, supposée stable. Avec $M = 250$, $V = 4$ et $Y = 1\,000$ : $P = 250 \times 4 / 1\,000 = 1$. Si la masse monétaire augmente de 10 %, $P$ passe à 1,1 : les prix et le salaire nominal montent de 10 %, mais le salaire réel, l'emploi et la production ne changent pas.
Définition — Dichotomie classique : séparation entre la sphère réelle (emploi, production, salaire réel, taux d'intérêt), qui se détermine sans la monnaie, et la sphère monétaire, qui ne fixe que les prix nominaux. La monnaie est dite neutre.
Dans ce cadre, l'État doit se limiter à ses fonctions régaliennes (justice, police, défense) et garantir une monnaie stable : une relance par la dépense publique ne peut pas créer d'emplois durables, puisque l'économie est déjà au plein emploi.
5.4 La révolution keynésienne : le principe de la demande effective
Keynes renverse la causalité : ce n'est plus l'offre qui crée la demande, c'est la demande anticipée qui détermine la production.
Définition — Demande effective : niveau de la demande (consommation et investissement) que les entrepreneurs anticipent et sur lequel ils fixent leur production et leurs embauches. Rien ne garantit que ce niveau corresponde au plein emploi.
Quatre ruptures avec les classiques :
- La consommation dépend du revenu, pas du taux d'intérêt (fonction de consommation du chapitre 4) ; l'épargne est le résidu du revenu non consommé.
- Le taux d'intérêt est un phénomène monétaire : il rémunère la renonciation à la liquidité (préférence pour la liquidité). Ce n'est donc pas lui qui égalise l'épargne et l'investissement, mais une variation du revenu.
- L'investissement dépend des anticipations des entrepreneurs (les « esprits animaux »), très instables, et pas seulement du taux d'intérêt.
- Le salaire nominal est rigide à la baisse, et une baisse des salaires ne résorberait pas le chômage : le salaire est aussi un revenu, sa baisse réduit la consommation, donc la demande et l'emploi.
Exemple chiffré. Reprenons l'économie du 5.3 (production de plein emploi : 1 000). Les ménages consomment $C = 80 + 0{,}75\,Y$ et les entreprises investissent $I = 150$. La production s'ajuste à la demande : $Y = 80 + 0{,}75\,Y + 150$, soit $0{,}25\,Y = 230$ et $Y = 920$. Pour produire 920, il suffit de $N = (920 / 100)^2 = 84{,}64$ centaines de milliers de travailleurs, alors que 100 souhaitent travailler au salaire en vigueur : 1,54 million de personnes sont au chômage involontaire. À $Y = 1\,000$, la demande ne serait que de $80 + 750 + 150 = 980$ : il manque 20 milliards de dépense pour atteindre le plein emploi.
C'est un équilibre de sous-emploi : les entreprises vendent tout ce qu'elles produisent, elles n'ont aucune raison d'embaucher, et le chômage peut durer. La solution est de soutenir la demande : hausse des dépenses publiques, baisse des impôts, baisse des taux d'intérêt. L'effet de ces mesures est amplifié par le multiplicateur, étudié en détail dans le cours de Macroéconomie 2.
Le paradoxe de l'épargne
Supposons que les ménages, inquiets, décident d'épargner 20 de plus à chaque niveau de revenu : la consommation devient $C = 60 + 0{,}75\,Y$. Le nouvel équilibre est $Y = 210 / 0{,}25 = 840$. L'épargne totale vaut $840 - (60 + 630) = 150$, exactement comme avant ($920 - 770 = 150$) : elle reste égale à l'investissement, qui n'a pas changé. Le revenu, lui, a baissé de 80. Vouloir épargner davantage, comportement raisonnable pour chaque ménage, appauvrit la collectivité sans augmenter l'épargne : c'est le paradoxe de l'épargne, impossible dans le modèle classique où le taux d'intérêt aurait baissé et transformé l'épargne supplémentaire en investissement.
5.5 Tableau de synthèse et prolongements
| Question | Classiques et néoclassiques | Keynes |
|---|---|---|
| Moteur de l'activité | L'offre (loi de Say) | La demande effective |
| Horizon privilégié | Long terme | Court terme (« à long terme, nous serons tous morts ») |
| Marché du travail | Salaire réel flexible, plein emploi | Salaire nominal rigide, sous-emploi possible |
| Nature du chômage | Volontaire, frictionnel ou classique | Involontaire, dû à l'insuffisance de la demande |
| Épargne | Fonction du taux d'intérêt, toujours investie | Fonction du revenu, peut être une fuite |
| Taux d'intérêt | Égalise épargne et investissement | Prix de la liquidité, fixé sur le marché monétaire |
| Monnaie | Neutre (dichotomie) | Active : agit sur le taux, donc sur l'activité |
| Rôle de l'État | Minimal : État gendarme | Régulateur de la demande : État providence |
Le débat ne s'est pas arrêté en 1936. Après la guerre, Hicks et Hansen intègrent les idées de Keynes dans le modèle IS-LM (la « synthèse »). Dans les années 1970, la stagflation relance la critique : les monétaristes (Milton Friedman) défendent une croissance régulière de la masse monétaire, la nouvelle économie classique (Robert Lucas) met en avant les anticipations rationnelles qui rendent la relance inefficace, et les nouveaux keynésiens expliquent les rigidités de prix et de salaires par le comportement rationnel des agents.
Au Maroc, la politique économique emprunte aux deux traditions. Face au choc de la pandémie en 2020, l'État a créé un Fonds spécial de gestion de la pandémie, alimenté par plus de 30 milliards de DH de contributions, versé des aides directes aux ménages privés de revenus et garanti des crédits aux entreprises par la Caisse centrale de garantie, tandis que Bank Al-Maghrib abaissait son taux directeur de 2,25 % à 1,5 % : une réponse de soutien à la demande d'inspiration keynésienne. À l'inverse, l'indépendance de Bank Al-Maghrib, son objectif prioritaire de stabilité des prix et les réformes structurelles (formation, climat des affaires) relèvent d'une logique d'offre.
5.6 Méthode : traiter une question « classiques contre Keynes »
- Situer les auteurs et le contexte : Say (1803), crise de 1929, Théorie générale (1936).
- Comparer marché par marché (travail, fonds prêtables, monnaie) plutôt que par auteur : la copie gagne en clarté.
- Calculer dans l'ordre classique : marché du travail ($w$ et $N$), production ($Y$), fonds prêtables ($r$), théorie quantitative ($P$, puis $W = w \times P$).
- Calculer dans l'ordre keynésien : demande effective ($Y = C + I$), emploi nécessaire, comparaison avec l'offre de travail pour mesurer le chômage involontaire.
- Conclure sur la politique économique recommandée par chaque école, en l'illustrant par un exemple (1929, 2008, 2020).
Les pièges à éviter
- Résumer la loi de Say par « tout ce qui est produit est vendu » sans expliquer le mécanisme : les revenus distribués sont entièrement dépensés, l'épargne étant investie.
- Confondre salaire nominal $W$ et salaire réel $W / P$ : chez les classiques, l'emploi dépend du salaire réel.
- Croire que Keynes rejette les marchés : il montre seulement qu'ils ne garantissent pas le plein emploi.
- Faire du taux d'intérêt le prix de l'épargne chez Keynes : c'est le prix de la liquidité.
- Oublier que, dans le modèle classique, une hausse de la masse monétaire ne change ni l'emploi ni la production.
- Présenter le chômage keynésien comme volontaire : il est involontaire, les chômeurs accepteraient de travailler au salaire en vigueur.
Exercice 1 — Économie de Tazrout : lecture classique et lecture keynésienne
L'économie fictive de Tazrout produit selon la fonction $Y = 60\sqrt{N}$ (Y en milliards de DH, N en centaines de milliers de travailleurs). Sur le marché du travail, la demande des entreprises est $N^d = 66 - 6\,w$ et l'offre des ménages $N^s = 6 + 6\,w$, où $w = W / P$ est le salaire réel en milliers de DH. La masse monétaire vaut $M = 180$ et la vitesse de circulation $V = 2$.
Travail à faire :
- Déterminez le salaire réel et l'emploi d'équilibre, puis la production de plein emploi. Vérifiez qu'à l'équilibre la productivité marginale du travail ($PmL = 30 / \sqrt{N}$) est égale au salaire réel.
- Calculez le niveau général des prix et le salaire nominal.
- La banque centrale augmente la masse monétaire de 20 %. Calculez le nouveau niveau des prix, le salaire nominal, le salaire réel et la production. Que montre ce résultat ?
- Un salaire réel minimum est fixé à $w = 6$. Calculez l'emploi, l'offre de travail, le nombre de chômeurs, le taux de chômage et la production. De quel type de chômage s'agit-il ?
- On adopte maintenant le point de vue de Keynes : le salaire réel reste à 5, la consommation est $C = 40 + 0{,}8\,Y$ et l'investissement $I = 24$. Calculez la production d'équilibre, l'emploi nécessaire et le chômage involontaire.
- Quelle politique chaque école recommande-t-elle face au chômage des questions 4 et 5 ?
Voir le corrigé
1) Équilibre du marché du travail
$$66 - 6\,w = 6 + 6\,w \;\Rightarrow\; 12\,w = 60 \;\Rightarrow\; w^* = \mathbf{5} \qquad N^* = 66 - 30 = \mathbf{36}$$
L'emploi d'équilibre est de 3,6 millions de travailleurs et la production de plein emploi vaut $Y = 60 \times \sqrt{36} = 60 \times 6 = \mathbf{360}$ milliards de DH. Vérification : $PmL = 30 / \sqrt{36} = 5 = w^*$ ; les entreprises embauchent jusqu'au point où le dernier salarié rapporte ce qu'il coûte.
2) Prix et salaire nominal
$$P = \frac{M \times V}{Y} = \frac{180 \times 2}{360} = \mathbf{1} \qquad W = w \times P = 5 \times 1 = \mathbf{5} \text{ milliers de DH}$$
3) Hausse de la masse monétaire
$M = 180 \times 1{,}2 = 216$, donc $P = 216 \times 2 / 360 = \mathbf{1{,}2}$. Le salaire réel d'équilibre reste $w = 5$ (le marché du travail ne dépend pas de la monnaie), donc $W = 5 \times 1{,}2 = \mathbf{6}$. L'emploi (36) et la production (360) sont inchangés. La hausse de 20 % de la monnaie se traduit intégralement par une hausse de 20 % des prix et des salaires nominaux : c'est la neutralité de la monnaie et la dichotomie classique.
4) Salaire réel minimum
- Demande de travail : $N^d = 66 - 36 = \mathbf{30}$ ; offre de travail : $N^s = 6 + 36 = \mathbf{42}$.
- Chômeurs : $42 - 30 = \mathbf{12}$ centaines de milliers, soit 1,2 million ; taux de chômage : $12 / 42 \approx \mathbf{28{,}57\,\%}$.
- Production : seuls 30 travailleurs sont employés, $Y = 60\sqrt{30} \approx \mathbf{328{,}63}$ milliards de DH.
Le chômage vient d'un salaire réel trop élevé par rapport à la productivité : c'est un chômage classique. Il est durable tant que le salaire ne peut pas baisser.
5) Lecture keynésienne
$$Y = 40 + 0{,}8\,Y + 24 \;\Rightarrow\; 0{,}2\,Y = 64 \;\Rightarrow\; Y = \mathbf{320} < 360$$
La demande effective ne permet de vendre que 320. Emploi nécessaire : $\sqrt{N} = 320 / 60$, soit $N = (5{,}333)^2 \approx \mathbf{28{,}44}$. Au salaire réel de 5, 36 personnes souhaitent travailler : le chômage involontaire touche $36 - 28{,}44 \approx \mathbf{7{,}56}$ centaines de milliers de personnes (taux d'environ 21 %). À la production de plein emploi, la demande ne serait que de $40 + 288 + 24 = 352$ : il manque 8 milliards de dépense.
6) Recommandations
- Classiques (question 4) : supprimer ou réduire le salaire minimum, flexibiliser le marché du travail, ou augmenter la productivité (formation, investissement) pour que le salaire de 6 corresponde à la productivité.
- Keynes (question 5) : la baisse des salaires réduirait encore la demande ; il faut relancer la demande (dépenses publiques, baisse des impôts, baisse des taux) pour combler le manque de 8 milliards. Le multiplicateur rend cette relance plus efficace que son montant initial (Macroéconomie 2).
Exercice 2 — Une hausse de l'épargne : deux lectures
Dans une économie au plein emploi ($Y = 1\,000$ milliards de DH), l'épargne et l'investissement s'écrivent, selon les classiques, $S = 150 + 10\,r$ et $I = 250 - 15\,r$ ($r$ en %).
- Calculez le taux d'intérêt d'équilibre, l'épargne, l'investissement et la consommation.
- Les ménages décident d'épargner 25 de plus à chaque taux : $S = 175 + 10\,r$. Calculez le nouvel équilibre et la nouvelle consommation. La production change-t-elle ?
- Un keynésien décrit la même économie par $C = 80 + 0{,}75\,Y$ et $I = 150$. Calculez la production et l'épargne. Les ménages réduisent leur consommation autonome de 20 ($C = 60 + 0{,}75\,Y$) : calculez la nouvelle production et la nouvelle épargne.
- Comparez les deux résultats.
Voir le corrigé
1) $150 + 10\,r = 250 - 15\,r$, soit $r = \mathbf{4\,\%}$ et $S = I = \mathbf{190}$. Consommation : $C = Y - S = 1\,000 - 190 = \mathbf{810}$.
2) $175 + 10\,r = 250 - 15\,r$, soit $r = \mathbf{3\,\%}$ ; $S = I = \mathbf{205}$ ; $C = 1\,000 - 205 = \mathbf{795}$. La production reste de 1 000 : la baisse du taux transforme l'épargne supplémentaire en investissement. La consommation baisse de 15, l'investissement augmente de 15.
3) $Y = 80 + 0{,}75\,Y + 150$ donne $Y = 230 / 0{,}25 = \mathbf{920}$ et $S = 920 - (80 + 690) = \mathbf{150} = I$. Après le choc : $Y = 210 / 0{,}25 = \mathbf{840}$ et $S = 840 - (60 + 630) = \mathbf{150}$.
4) Chez les classiques, épargner plus finance plus d'investissement sans perte de production. Chez Keynes, l'épargne totale ne bouge pas (elle reste égale à un investissement inchangé) mais le revenu chute de 80 : c'est le paradoxe de l'épargne. La différence vient du rôle du taux d'intérêt : prix de l'épargne chez les classiques, prix de la liquidité chez Keynes.
Exercice 3 — Classique ou keynésien ?
Attribuez chaque proposition à l'approche classique (C) ou keynésienne (K) et justifiez en une phrase :
- « Une baisse des salaires réduit la consommation et peut aggraver le chômage. »
- « La monnaie est un voile. »
- « Le taux d'intérêt rémunère la renonciation à la liquidité. »
- « Le chômage durable vient d'un salaire réel supérieur à la productivité marginale. »
- « Les entrepreneurs produisent ce qu'ils pensent pouvoir vendre. »
- « L'offre crée sa propre demande. »
- « Une hausse de la masse monétaire de 5 % fait monter les prix de 5 %. »
- « En période de crise, l'État doit augmenter ses dépenses, même au prix d'un déficit. »
Voir le corrigé
- K : le salaire est aussi un revenu ; sa baisse réduit la demande effective.
- C : la monnaie ne sert qu'aux échanges et n'influence pas la sphère réelle (dichotomie).
- K : théorie de la préférence pour la liquidité.
- C : c'est le chômage classique, lié à un coût du travail trop élevé.
- K : principe de la demande effective.
- C : loi des débouchés de Say.
- C : théorie quantitative avec $V$ stable et production de plein emploi.
- K : la dépense publique soutient la demande insuffisante ; les classiques prônent l'équilibre budgétaire.
L'essentiel — Classiques et keynésiens
- Loi de Say (1803) : les produits s'échangent contre des produits ; les revenus distribués sont entièrement dépensés, pas de surproduction générale durable.
- Marché du travail classique : demande de travail décroissante ($PmL = w = W/P$), offre croissante ; salaire réel flexible donc plein emploi ; chômage seulement volontaire, frictionnel ou classique (salaire trop élevé).
- Fonds prêtables : $S(r)$ croissante, $I(r)$ décroissante ; le taux d'intérêt égalise épargne et investissement, toute l'épargne est investie.
- Théorie quantitative : $M V = P Y$ ; avec $V$ stable et $Y$ de plein emploi, la monnaie ne fixe que $P$.
- Dichotomie et neutralité de la monnaie : sphère réelle et sphère monétaire séparées.
- Keynes (1936) : la demande effective anticipée fixe la production et l'emploi ; équilibre de sous-emploi possible, chômage involontaire.
- Chez Keynes, l'épargne dépend du revenu, le taux d'intérêt est le prix de la liquidité, le salaire nominal est rigide et sa baisse réduirait la demande.
- Paradoxe de l'épargne : vouloir épargner plus fait baisser le revenu sans augmenter l'épargne totale (égale à l'investissement).
- Politique : État minimal chez les classiques ; régulation de la demande chez Keynes (dépenses publiques, impôts, taux).
- Prolongements : synthèse IS-LM, monétaristes (Friedman), nouvelle économie classique (Lucas), nouveaux keynésiens.
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