Chapitre 1 · Semestre 1

Introduction à la macroéconomie et comptabilité nationale

Macroéconomie 1

Objectifs du chapitre — À la fin de ce chapitre, vous saurez :

  • définir l'objet de la macroéconomie et la distinguer de la microéconomie ;
  • citer les grands objectifs de la politique économique (carré magique) ;
  • identifier les secteurs institutionnels et les opérations de la comptabilité nationale ;
  • construire et lire un circuit économique ;
  • distinguer une grandeur de stock et une grandeur de flux.

1.1 L'objet de la macroéconomie

La macroéconomie étudie le fonctionnement de l'économie dans son ensemble, à travers des grandeurs agrégées : la production nationale, le revenu, la consommation totale, l'investissement, le niveau général des prix, l'emploi, les échanges extérieurs. La microéconomie, au contraire, analyse les décisions individuelles d'un consommateur ou d'une entreprise et la formation du prix sur un marché particulier.

Le passage du micro au macro n'est pas une simple addition : un comportement raisonnable pour un individu peut produire un résultat collectif inattendu. C'est le paradoxe de l'épargne : si tous les ménages décident d'épargner davantage au même moment, la demande baisse, la production et les revenus reculent, et l'épargne totale peut finalement ne pas augmenter (chapitre 5).

La macroéconomie cherche à répondre à des questions concrètes : pourquoi la croissance marocaine est-elle si sensible à la pluviométrie ? Pourquoi l'inflation a-t-elle fortement augmenté en 2022 ? Une hausse des dépenses publiques réduit-elle le chômage ? Quel est l'effet d'une hausse du taux directeur de Bank Al-Maghrib ?

1.2 Les grands objectifs : le carré magique

L'économiste Nicholas Kaldor a résumé les objectifs de la politique économique sous la forme d'un carré magique, ainsi nommé parce qu'il est très difficile de les atteindre tous en même temps :

Objectif Indicateur Source au Maroc
Croissance Taux de croissance du PIB en volume HCP
Plein emploi Taux de chômage HCP (enquête nationale sur l'emploi)
Stabilité des prix Taux d'inflation (indice des prix à la consommation) HCP ; objectif suivi par Bank Al-Maghrib
Équilibre extérieur Solde du compte courant de la balance des paiements Office des changes

Ces objectifs peuvent entrer en conflit : une relance forte de la demande réduit le chômage mais peut accélérer l'inflation et creuser le déficit extérieur (hausse des importations).

1.3 Les grands courants de pensée

  • Les classiques (Smith, Ricardo, Say) : les marchés s'équilibrent spontanément grâce à la flexibilité des prix et des salaires ; « l'offre crée sa propre demande » (loi de Say) ; la monnaie est neutre.
  • Keynes (Théorie générale, 1936) : la production est déterminée par la demande effective ; un équilibre de sous-emploi durable est possible ; l'État doit intervenir pour soutenir la demande. La macroéconomie moderne naît avec lui.
  • Les monétaristes (Friedman) : l'inflation est avant tout un phénomène monétaire ; la politique de relance est inefficace à long terme.
  • La nouvelle économie classique (Lucas) et les nouveaux keynésiens : débat sur les anticipations rationnelles et la rigidité des prix, qui inspire aujourd'hui les banques centrales.

1.4 Les secteurs institutionnels

La comptabilité nationale regroupe les unités institutionnelles (agents ayant une autonomie de décision) en secteurs selon leur fonction principale et l'origine de leurs ressources :

Secteur institutionnel Fonction principale Ressources principales
Sociétés non financières (SNF) Produire des biens et services marchands non financiers Ventes
Sociétés financières (SF) Financer l'économie (banques), assurer Intérêts, commissions, primes
Administrations publiques (APU) Produire des services non marchands, redistribuer Impôts, cotisations sociales
Ménages (y compris les entrepreneurs individuels) Consommer ; produire pour les entrepreneurs individuels Salaires, revenus de la propriété, revenus mixtes, prestations
Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM) Services non marchands aux ménages (associations) Cotisations, dons
Reste du monde (RDM) Regroupe les opérations des unités non résidentes avec les résidents —

Une unité est résidente si son centre d'intérêt économique se trouve sur le territoire depuis au moins un an, quelle que soit sa nationalité : une filiale marocaine d'un groupe étranger est résidente ; un Marocain installé en Europe depuis plusieurs années ne l'est pas.

1.5 Les opérations économiques

Catégorie Exemples
Opérations sur biens et services Production, consommation intermédiaire, consommation finale, formation brute de capital fixe (FBCF), variation des stocks, exportations, importations
Opérations de répartition Salaires, cotisations sociales, impôts, subventions, intérêts, dividendes, prestations sociales, transferts
Opérations financières Crédits, émission d'actions et d'obligations, dépôts, variation de la monnaie

Les opérations sur biens et services décrivent la création et l'utilisation des richesses ; les opérations de répartition, la façon dont les revenus sont distribués puis redistribués ; les opérations financières, la manière dont les besoins de financement sont couverts.

1.6 Le circuit économique

Le circuit économique représente les flux entre agents. Dans le circuit le plus simple (ménages et entreprises, sans État ni extérieur) :

  • les entreprises produisent et versent des revenus (salaires, profits distribués) aux ménages ;
  • les ménages dépensent leur revenu en consommation ou l'épargnent ;
  • l'épargne, collectée par les banques, finance l'investissement des entreprises.

$$\text{Production} = \text{Revenu} = \text{Dépense} \qquad Y = C + I \quad \text{et} \quad Y = C + S \;\Rightarrow\; S = I$$

À chaque flux réel (biens, travail) correspond un flux monétaire de sens inverse (paiement, salaire). L'introduction de l'État (impôts $T$, dépenses $G$) et du reste du monde (exportations $X$, importations $M$) complète le circuit :

$$Y = C + I + G + X - M \qquad \text{et} \qquad (S - I) + (T - G) = X - M$$

Cette dernière égalité montre que l'excédent d'épargne privée et le solde budgétaire se reflètent dans le solde extérieur (chapitre 3).

1.7 Stocks et flux

Notion Définition Exemples
Flux Grandeur mesurée sur une période PIB annuel, revenu mensuel, investissement de l'année, déficit budgétaire
Stock Grandeur mesurée à une date Patrimoine, capital productif, dette publique au 31 décembre, réserves de change, masse monétaire à fin de mois

Les flux modifient les stocks : $\text{Stock}_{fin} = \text{Stock}_{\text{début}} + \text{flux entrants} - \text{flux sortants}$. Ainsi, la dette publique de fin d'année est égale à la dette de début d'année augmentée du déficit de l'année (en simplifiant).

1.8 La comptabilité nationale au Maroc

Au Maroc, les comptes nationaux sont établis par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) selon le Système de comptabilité nationale des Nations unies (SCN 2008). Ils comprennent notamment :

  • le tableau des ressources et des emplois (TRE), qui décrit l'équilibre de chaque produit (chapitre 3) ;
  • le tableau économique d'ensemble (TEE), qui présente les comptes de chaque secteur institutionnel ;
  • des comptes trimestriels, qui permettent de suivre la conjoncture.

D'autres institutions produisent des statistiques macroéconomiques : Bank Al-Maghrib (statistiques monétaires), l'Office des changes (commerce extérieur, balance des paiements), le ministère de l'Économie et des Finances (finances publiques).

1.9 Méthode : analyser une grandeur économique

  1. Qui ? Identifier l'agent ou le secteur institutionnel concerné (et vérifier sa résidence).
  2. Quoi ? Classer l'opération : biens et services, répartition ou financière.
  3. Quand ? Préciser s'il s'agit d'un flux (période) ou d'un stock (date).
  4. Où dans le circuit ? Situer le flux entre les agents et vérifier les égalités $Y = C + I + G + X - M$ et $(S - I) + (T - G) = X - M$.

Les pièges à éviter

  • Confondre nationalité et résidence : c'est la résidence qui compte en comptabilité nationale.
  • Additionner des stocks et des flux (par exemple la dette publique et le déficit de l'année).
  • Croire que la macroéconomie est la simple somme des comportements individuels (paradoxe de l'épargne).
  • Attribuer la comptabilité nationale à Bank Al-Maghrib : c'est le HCP.
  • Classer une association (ISBLSM) parmi les administrations publiques.

Exercice 1 — Le circuit d'une économie simplifiée

Une économie fermée comprend trois agents : les entreprises, les ménages et l'État. Sur l'année (en milliards de DH) :

  • les entreprises produisent une valeur ajoutée de 1 000 ; elles versent 700 de salaires et distribuent 200 de profits aux ménages ; elles conservent le reste ;
  • les ménages paient 150 d'impôts et consomment 650 ;
  • l'État dépense 150 en achats aux entreprises ;
  • l'investissement des entreprises s'élève à 200.

Travail à faire :

  1. Calculez le revenu des ménages, leur revenu disponible et leur épargne.
  2. Calculez l'épargne des entreprises et le solde budgétaire de l'État.
  3. Vérifiez l'égalité entre la production et la demande globale.
  4. Vérifiez l'égalité entre l'épargne totale et l'investissement.
  5. Classez en flux ou en stock : la valeur ajoutée de l'année, l'épargne accumulée par les ménages depuis dix ans, l'investissement de l'année.
Voir le corrigé

1) Ménages

$$\text{Revenu} = 700 + 200 = 900 \qquad Y_d = 900 - 150 = 750 \qquad S_m = 750 - 650 = \mathbf{100}$$

2) Entreprises et État

  • Épargne des entreprises (profits non distribués) : $1\,000 - 700 - 200 = \mathbf{100}$ ;
  • Solde budgétaire : $T - G = 150 - 150 = \mathbf{0}$ (budget équilibré).

3) Production et demande globale

$$C + I + G = 650 + 200 + 150 = 1\,000 = Y \ $$

4) Épargne et investissement

$$S_m + S_e + (T - G) = 100 + 100 + 0 = 200 = I \ $$

L'épargne des ménages et des entreprises finance exactement l'investissement, ce qui est cohérent avec une économie fermée dont le budget est équilibré.

5) Classement

  • Valeur ajoutée de l'année : flux ;
  • Épargne accumulée depuis dix ans (patrimoine financier) : stock ;
  • Investissement de l'année : flux (il augmente le stock de capital).

Exercice 2 — Secteurs, opérations, résidence

Pour chaque opération, indiquez le ou les secteurs institutionnels concernés, la catégorie d'opération et, s'il y a lieu, l'intervention du reste du monde :

  1. Une famille de Meknès achète un réfrigérateur.
  2. Un transfert d'argent d'un Marocain résidant en France vers sa famille à Nador.
  3. Une banque accorde un crédit d'équipement à une PME de Tanger.
  4. L'État verse des aides sociales directes aux ménages.
  5. Une association de quartier organise des cours de soutien gratuits.
  6. Une entreprise marocaine achète une machine en Allemagne.
Voir le corrigé
  1. Ménages ; opération sur biens et services (consommation finale).
  2. Reste du monde (le Marocain résidant en France est non résident) vers les ménages ; opération de répartition (transfert courant reçu de l'extérieur).
  3. Sociétés financières et SNF ; opération financière (crédit), qui financera une FBCF.
  4. APU vers ménages ; opération de répartition (prestation sociale).
  5. ISBLSM ; production de services non marchands au profit des ménages.
  6. SNF et reste du monde ; FBCF et importation (opérations sur biens et services).

Exercice 3 — Circuit avec l'extérieur

Dans une économie ouverte (milliards de DH) : $C = 600$, $I = 250$, $G = 200$, $X = 300$, $M = 350$, $T = 180$.

  1. Calculez le PIB.
  2. Calculez l'épargne privée $S$ sachant que $Y = C + S + T$.
  3. Vérifiez l'égalité $(S - I) + (T - G) = X - M$ et interprétez.
Voir le corrigé

1) $Y = 600 + 250 + 200 + 300 - 350 = \mathbf{1\,000}$.

2) $S = 1\,000 - 600 - 180 = \mathbf{220}$.

3) $(220 - 250) + (180 - 200) = -30 - 20 = -50$ et $X - M = 300 - 350 = -50$ . Le secteur privé (besoin de 30) et l'État (déficit de 20) ont ensemble un besoin de financement de 50, couvert par le reste du monde : c'est le déficit extérieur.

L'essentiel — Macroéconomie et comptabilité nationale

  • La macroéconomie étudie les grandeurs agrégées (PIB, revenu, prix, emploi, commerce extérieur) ; la microéconomie étudie les choix individuels. Le tout n'est pas la somme des parties (paradoxe de l'épargne).
  • Carré magique de Kaldor : croissance, plein emploi, stabilité des prix, équilibre extérieur.
  • Courants : classiques (marchés autorégulés, loi de Say), Keynes (demande effective, 1936), monétaristes, nouvelle économie classique.
  • Secteurs institutionnels : SNF, SF, APU, ménages, ISBLSM, reste du monde ; critère de résidence (centre d'intérêt depuis au moins un an), pas de nationalité.
  • Opérations : sur biens et services, de répartition, financières.
  • Circuit : $Y = C + I + G + X - M$ et $(S - I) + (T - G) = X - M$.
  • Flux (période) et stocks (date) ; les flux modifient les stocks.
  • Comptes nationaux établis par le HCP (SCN 2008) : TRE, TEE, comptes trimestriels.
1La macroéconomie étudie principalement :
2Au Maroc, les comptes nationaux sont établis par :
3Parmi ces grandeurs, laquelle est un stock ?
4Le carré magique de Kaldor ne comprend pas :
5Le critère retenu pour classer une unité dans l'économie nationale est :
6Une association de quartier appartient au secteur :
7Le versement d'un dividende est une opération :
8Dans une économie fermée sans État, l'égalité comptable est :
9C = 500, I = 200, G = 150, X = 250, M = 300. Le PIB vaut :
10La macroéconomie moderne est généralement associée à :

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