Concours d'accès au Master

Economie et Management Internationaux / Economie et Stratégies des Institutions Financières / Economie Spatiale et Gouvernance Territoriale / Finance, Audit et Contrôle de Gestion (épreuve commune)

FSJES Meknès2014Difficulté2/5Corrigé disponible

Matières : Contrôle de Gestion, Analyse Financière

Énoncé

UNIVERSITÉ MOULAY ISMAIL — FACULTÉ DES SCIENCES JURIDIQUES, ÉCONOMIQUES ET SOCIALES — MEKNÈS
Concours d'accès au cycle de Master en Sciences Économiques
Session 22 Novembre 2014 — Durée : 3h

Masters concernés : Economie et Management Internationaux ; Economie et Stratégies des Institutions Financières ; Economie Spatiale et Gouvernance Territoriale ; Finance, Audit et Contrôle de Gestion.

Traitez le sujet suivant :

Dans les pays en développement, la Petite et Moyenne Entreprise est assimilée à un levier de croissance, mais celle-ci n'accorde que rarement d'importance à la protection de l'environnement et à la justice sociale.

À votre avis, la Petite et Moyenne Entreprise marocaine peut-elle concilier entre performance financière et développement durable ?

Sujet original scanné

Extrait scanné — FSJES Meknès 2014

Corrigé

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Dissertation — La PME marocaine peut-elle concilier performance financière et développement durable ?

Introduction

Dans les pays en développement, la PME est présentée comme un levier de croissance et de création d'emplois ; au Maroc, elle représente la quasi-totalité du tissu productif. Pourtant, elle néglige fréquemment l'environnement et la justice sociale, perçus comme des coûts et non comme des investissements. Peut-on raisonnablement attendre d'une PME marocaine, souvent fragiles financièrement, qu'elle concilie performance financière et développement durable — ou s'agit-il d'une exigence réservée aux grandes entreprises ?

I. Une conciliation difficile en apparence…

1. Des contraintes structurelles lourdes. Faiblesse des fonds propres, accès limité au financement, gestion informelle : la PME marocaine dispose rarement des marges financières nécessaires pour investir dans des équipements propres, des audits environnementaux ou des politiques sociales volontaristes.

2. Des coûts immédiats contre des bénéfices différés. L'efficacité énergétique, le traitement des déchets ou la formalisation de l'emploi engendrent des charges à court terme dont le retour sur investissement est long — incompatible avec une logique de survie quotidienne.

3. Un environnement incitatif insuffisant. Contrôles peu fréquents, sensibilisation limitée, absence de pression des donneurs d'ordre locaux : l'incitation externe à la responsabilité sociétale reste faible pour une entreprise qui ne dépend ni des exportateurs ni de grands groupes.

II. …mais une conciliation possible et même stratégique

1. Le développement durable comme économie, pas seulement comme coût. L'éco-efficacité (réduction des consommations d'énergie, d'eau et de matières) réduit directement les charges d'exploitation ; la prévention des risques évite amendes, litiges et arrêts d'activité. Pour une PME, chaque dirham économisé pèse davantage que pour une grande entreprise.

2. Un accès conditionnel aux marchés. Les filières d'exportation (textile, agroalimentaire, automobile) imposent désormais des standards sociaux et environnementaux à leurs sous-traitants : la conformité RSE devient un passeport commercial, donc un facteur de performance financière. Les fonds ISR et lignes de financement vertes offrent également des ressources accessibles aux PME labellisées.

3. Un capital humain différenciant. Formaliser l'emploi, sécuriser et former les salariés améliorent la productivité et réduisent le turn-over — un avantage décisif là où la compétence est rare.

4. Des conditions de réussite précises. La conciliation exige : une démarche progressive et adaptée à la taille (gestion de l'énergie avant certification coûteuse), un accompagnement public effectif (conseil, subventions, garantie bancaire), l'appropriation par le dirigeant lui-même — car dans la PME, la RSE se confond avec l'éthique de son patron — et le soutien des fédérations professionnelles et des grandes entreprises clientes.

Conclusion

La PME marocaine peut concilier performance financière et développement durable, à condition de ne pas importer tel quel le modèle des grandes entreprises : la démarche doit être graduée, rentabilisable et accompagnée. Le développement durable y apparaît alors non comme une contrainte supplémentaire, mais comme un levier de compétitivité et de pérennisation — encore faut-il que l'État, les banques et les donneurs d'ordre transforment cette possibilité économique en réalité institutionnelle.

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