Matières : Management de Projet, Développement Territorial, Évaluation de Projets
Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès — Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales
Concours d'accès au cycle du Master : Management des Projets de Développement Territorial — Année universitaire 2024-2025
Épreuve écrite en trois dossiers (étude de cas, dissertation, questions de management de projet)
Important : vous traitez impérativement les trois dossiers.
L'association « Eau pour tous » a constaté que dans une région rurale, la plupart des villages disposent de puits, puisards et marigots qui, bien qu'ils fournissent de l'eau en quantité suffisante, sont de mauvaise qualité sur le plan bactériologique. Suite à cette observation, l'association, en collaboration avec la commune, a élaboré un projet dont les objectifs, résultats, effets et impacts sont les suivants :
| Objectifs | Résultats réalisés | Effets | Impact |
|---|---|---|---|
| Réaliser 12 puits répondant aux normes techniques | 10 puits 60 m3 ; 1 forage | La population continue de puiser l'eau au marigot sauf en saison sèche | Les résultats correspondent aux objectifs du projet, mais il n'a pas amélioré la situation sanitaire des populations. |
| Réduire le travail des femmes | Diminution des temps d'attente aux puits | Le temps libéré permet des activités productives : culture, tissage,… | Par contre, les nouvelles activités productives des femmes produisent des revenus, dont une partie sert à améliorer la santé |
| Améliorer la santé des habitants en éliminant les maladies liées à l'eau polluée. | Bonne qualité bactériologique de l'eau des puits | Les villageois stockent l'eau dans des récipients contaminés par l'eau du marigot | (case commune avec la ligne précédente) |
Avant le lancement du projet, l'association a procédé à une étude financière pour estimer les coûts des éléments indispensables à sa mise en œuvre sur une période de six mois, détaillés comme suit :
Questions :
Selon un mémorandum économique publié par la Banque mondiale intitulé « Le Maroc à l'horizon 2040 : Investir dans le capital immatériel pour accélérer l'émergence économique », le Maroc fait figure d'exception dans un monde arabe en effervescence. Il dispose d'atouts considérables pour renforcer sa singularité et devenir à l'horizon de la prochaine génération le premier pays d'Afrique du Nord non producteur de pétrole à rejoindre le club des pays émergents.
Pour cela, le pays peut s'appuyer sur des leviers réels de changement à la fois sur le plan politique (la stabilité de son leadership), sur le plan institutionnel (les valeurs et les principes entérinés par la Constitution de 2011) et sur les plans économique, social et environnemental (la convergence normative vers l'Union européenne) pour renforcer son capital immatériel, qui est la source principale de toute prospérité future partagée.
Le capital immatériel est un concept novateur qui désigne les ressources intangibles. Selon la Banque mondiale, le capital immatériel se base sur trois piliers fondamentaux : le capital humain (l'ensemble des connaissances, compétences et données d'expérience, que possèdent les individus et qui les rendent économiquement productifs), le capital social (la stabilité politique du pays, la cohésion sociale, le respect des normes, des valeurs culturelles…) et le capital institutionnel (fonctionnement des institutions et leur qualité).
Comment peut-on, à votre avis, faire du capital immatériel un levier du développement soutenu, durable et inclusif des régions au Maroc ?
Dans le management de projet, l'une des difficultés majeures est de déterminer si un projet est considéré comme un succès ou non. Traditionnellement, la réussite d'un projet se mesurait par le respect des délais, des coûts, du périmètre et de la qualité de la gestion de projet. Cependant, de plus en plus de professionnels et d'experts soulignent que le succès d'un projet doit également être évalué en fonction de l'atteinte des objectifs fixés.
Les parties prenantes d'un projet peuvent avoir des perceptions différentes du succès ou des priorités à accorder à certains critères. Il est donc essentiel de définir clairement les objectifs du projet et de privilégier des objectifs mesurables pour évaluer la performance.
En tant que manager de projet :


Corrigé indicatif rédigé par SaadConcours, pas une correction officielle de la FSJES Fès. Le sujet ne donne ni durée ni barème. Les calculs du dossier 1 ont été refaits. Le sujet laisse une ambiguïté sur le nombre de puits à budgéter (12 prévus, 10 réalisés) : la lecture retenue est indiquée, et la variante est donnée.
Les trois dossiers sont obligatoires et très différents : un petit cas chiffré suivi d'une analyse de projet (dossier 1), une dissertation sur le développement régional (dossier 2), trois questions de cours de management de projet (dossier 3). Le dossier 1 se calcule en 15 minutes si vous listez chaque poste de coût avec sa quantité. Gardez le plus de temps pour la dissertation, puis traitez le dossier 3 de façon structurée (définition, critères, indicateurs, facteurs).
L'étude financière a été faite avant le lancement du projet : le budget prévisionnel se calcule donc sur les quantités prévues, soit les 12 puits de l'objectif. Le forage figure aussi dans la prévision, puisque l'étude chiffre son coût, ses 20 panneaux solaires et ses frais supplémentaires.
| Poste | Calcul | Montant (DH) |
|---|---|---|
| Construction des puits | 12 × 40 000 | 480 000 |
| Forage | 1 × 30 000 | 30 000 |
| Panneaux solaires | (12 × 10 + 20) = 140 panneaux × 1 000 | 140 000 |
| Installation des panneaux (ensemble du projet) | forfait | 30 000 |
| Coordinateur | 5 000 × 6 mois | 30 000 |
| Déplacements | (4 + 8) = 12 visites × 1 000 | 12 000 |
| Étude technique des puits | forfait | 28 000 |
| Frais supplémentaires du forage | forfait | 4 000 |
| Budget total | 754 000 |
Budget total prévisionnel : 754 000 DH.
Variante : si l'on budgète les ouvrages effectivement réalisés (10 puits et 1 forage), la construction passe à 400 000 DH et les panneaux à 120 000 DH (120 panneaux), soit un budget de 654 000 DH. Indiquez sur votre copie l'hypothèse choisie : un correcteur accepte les deux si elle est justifiée.
Piège à éviter : l'indemnité du coordinateur est mensuelle (× 6 mois), et les déplacements comptent les deux phases (préparation et suivi).
Le coût d'un puits se construit comme un coût complet : charges directes du puits, puis quote-part des charges communes.
Coût complet prévu d'un puits : 52 333,33 + 5 538,46 ≈ 57 871,79 DH.
Contrôle : le forage coûte 30 000 + 20 000 (panneaux) + 4 000 + 5 538,46 = 59 538,46 DH ; 12 × 57 871,79 + 59 538,46 = 754 000 DH, on retrouve bien le budget total.
Ce qu'il ne faut pas faire : diviser simplement 754 000 par 12 (= 62 833,33 DH), car ce calcul fait porter aux puits le coût du forage. Vous pouvez le citer comme coût moyen « par puits » du projet, en précisant qu'il inclut le forage.
Variante 10 puits : 40 000 + 10 000 + 28 000 / 10 + 72 000 / 11 ≈ 59 345,45 DH par puits.
Utilisez la chaîne de résultats (cadre logique) : réalisations → effets → impact, puis les critères d'évaluation classiques (pertinence, efficacité, efficience, impact, durabilité).
a) Résultats (réalisations) : un objectif physique presque atteint.
b) Effets : des usages qui ne suivent pas.
c) Impact : un objectif final de santé manqué, un impact économique imprévu.
d) Diagnostic : l'erreur de conception.
e) Recommandations. Campagne de sensibilisation à l'hygiène et au stockage de l'eau, avec les femmes comme relais. Récipients fermés et propres. Suivi de la qualité de l'eau au point de consommation, et plus seulement au puits. Indicateurs d'impact : incidence des diarrhées, fréquentation du marigot, part des ménages utilisant les puits. Achèvement des 2 puits manquants si la demande le justifie.
Plan détaillé de dissertation (à rédiger sur la copie).
Accroche. En 2014, le discours du Trône a demandé d'évaluer la richesse globale du Maroc en intégrant son capital immatériel. La Banque mondiale a prolongé cette réflexion dans son mémorandum « Le Maroc à l'horizon 2040 ».
Définitions.
Contexte. La Constitution de 2011 consacre la régionalisation avancée : lois organiques de 2015 sur les régions, les provinces et préfectures, et les communes (111-14, 112-14, 113-14). Pourtant, les écarts restent forts : selon les comptes régionaux du HCP, trois régions (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma) produisent à elles seules près de 60 % du PIB.
Problématique. Comment les régions peuvent-elles transformer leurs ressources intangibles (compétences, confiance, gouvernance) en moteur d'une croissance qui réduit, au lieu de creuser, les disparités territoriales ?
Annonce du plan. I. Le capital immatériel, un gisement de croissance encore sous-exploité dans les régions. II. Les leviers pour en faire un moteur du développement régional.
A. Pourquoi c'est le facteur décisif du développement territorial
B. Des déficits qui freinent les régions
A. Investir dans le capital humain des territoires
B. Renforcer le capital institutionnel et social
Bilan. Le capital immatériel est la condition pour que les investissements physiques produisent un développement régional durable et partagé. Il exige des politiques de long terme : éducation, santé, gouvernance et confiance.
Ouverture. Ce développement doit pouvoir se mesurer : les régions devraient se doter d'indicateurs de capital immatériel (niveau de compétences, qualité des services publics, participation citoyenne) pour piloter leurs plans de développement.
On distingue deux niveaux :
S'y ajoute la satisfaction des parties prenantes (client, financeurs, bénéficiaires, équipe, collectivité), qui n'ont pas toutes les mêmes priorités. D'où l'importance d'objectifs clairs, partagés et SMART : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes, temporellement définis.
Facteurs liés au projet et à sa conception : clarté des objectifs, réalisme du budget et du calendrier, qualité des études préalables (faisabilité, besoins réels des bénéficiaires), maîtrise des changements de périmètre.
Facteurs humains et organisationnels : soutien de la direction ou du commanditaire, compétences et leadership du chef de projet, motivation et stabilité de l'équipe, communication interne, implication des bénéficiaires dès la conception.
Facteurs de pilotage : planification, suivi régulier et indicateurs, gestion des risques (identification, plan de réponse), gestion des parties prenantes et de leurs attentes.
Facteurs externes : contexte économique (inflation, coût des matériaux), cadre réglementaire, conditions climatiques, contexte social et culturel (acceptation du projet par la population), disponibilité des financements.
Conseil : appuyez-vous sur les facteurs clés de succès de Pinto et Slevin (1987) : mission claire, soutien de la direction, planification, consultation et acceptation du client, équipe compétente, suivi, communication, résolution des problèmes. Citez un exemple concret, comme le projet du dossier 1, où l'oubli des comportements des usagers a compromis l'impact.