Concours d'accès au Master

Finance-Banque et Marchés

FSJES Tanger2014Difficulté3/5Corrigé disponible

Matières : Macroéconomie, Analyse Financière

Énoncé

Université Abdelmalek Essaâdi — Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales - Tanger

Concours d'accès au Master : Finance-Banque et Marchés
Examen écrit — Octobre 2014 — Durée : 2h

Répondez aux questions qui vous sont posées et non à des questions imaginaires.

Expliquez et commentez, en utilisant des arguments économiques, la citation suivante :

« Une fois admis que l'augmentation des inégalités nationales, en partie attribuable à la mondialisation, pouvait nuire à l'efficacité économique, il reste à corriger ces inégalités. Il y a plusieurs façons de procéder, chacune comportant des contraintes et des coûts. La première porte sur les revenus courants, par le biais des impôts et des transferts ; la deuxième, sur l'accumulation d'actifs productifs dans des groupes sociaux initialement défavorisés ; la troisième, sur les revenus primaires, par la modification des mécanismes des marchés. »

François BOURGUINON (Ancien Économiste en chef de la Banque Mondiale, Directeur de l'École d'économie de Paris), La mondialisation de l'inégalité, 2012, Seuil, p.86.

Sujet original scanné

Extrait scanné — FSJES Tanger 2014

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Commentaire de citation — F. Bourguignon, La mondialisation de l'inégalité (2012)

Introduction

François Bourguignon part d'un constat : la mondialisation a contribué à creuser les inégalités internes aux nations (salaires qualifiés/non qualifiés, capital/travail, territoires), ce qui peut nuire à l'efficacité économique — par la perte de cohésion sociale, la sous-investissement en capital humain des plus pauvres et l'instabilité politique. Reste la question centrale du texte : comment corriger ces inégalités ? L'auteur distingue trois voies, que nous analyserons successivement avant de discuter leurs limites et leur complémentarité.

I. La redistribution des revenus courants : impôts et transferts

C'est le levier classique de l'État-providence : taxer les revenus élevés (impôt progressif sur le revenu, IS, patrimoine) pour financer des transferts (allocations, subventions, protection sociale).

  • Efficacité : c'est l'instrument le plus direct et le plus rapide ; il corrige le résultat final du marché sans toucher à son fonctionnement.
  • Coûts et contraintes : impôts trop lourds découragent l'offre de travail et l'investissement (arbitrage équité/incitation) ; fraude et évasion fiscale, facilitées par la mobilité internationale des capitaux qu'accompagne précisément la mondialisation ; dans les pays en développement comme le Maroc, assiettes étroites et informalité réduisent fortement la capacité redistributive.

II. L'accumulation d'actifs productifs chez les défavorisés

Deuxième voie : agir sur le stock de richesse plutôt que sur les flux — éducation, santé, accès au logement et au crédit, aide au démarrage entrepreneurial.

  • Fondement : les inégalités persistent surtout parce que le capital humain et financier se transmet inégalement. Donner aux groupes initialement défavorisés des actifs productifs modifie durablement leurs capacités productives (« empowerment »).
  • Coûts et contraintes : effets longs à matérialiser, exigence budgétaire forte, qualité des services publics déterminante ; le rendement dépend de la formation effective (risque de dépenses improductives). C'est pourtant la voie la plus compatible avec l'efficacité économique, puisqu'elle augmente le potentiel productif national.

III. La correction des revenus primaires : modifier les mécanismes des marchés

Troisième voie : intervenir en amont, sur la formation même des revenus — salaire minimum, droit du travail et négociation collective, régulation concurrentielle, encadrement des rentes (monopoles, immobilier, finance).

  • Intérêt : elle réduit les inégalités sans passer par un prélèvement postérieur, et peut améliorer l'efficience quand elle supprime des rentes injustifiées.
  • Contraintes : risque de rigidités (chômage si le salaire minimum excède la productivité), capture de la régulation par les intérêts organisés, difficulté de calibrage dans une économie ouverte où le capital est mobile.

Conclusion

Les trois voies présentent des arbitrages différents : la première corrige a posteriori mais heurte les incitations ; la deuxième est la plus vertueuse à long terme mais coûteuse et lente ; la troisième agit à la source mais menace les flexibilités. Bourguignon suggère implicitement qu'aucune ne suffit seule : une stratégie crédible combine redistribution ciblée, investissement massif dans le capital humain et régulation des marchés. Pour les pays émergents, l'enjeu est redoublé par la mondialisation, qui limite la fiscalité nationale tout en rendant la cohésion sociale plus indispensable que jamais.

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