Concours d'accès au Master

Financement Banques et Investissement (FBI)

FSJES Oujda2020Difficulté3/5Corrigé disponible

Matières : Macroéconomie, Analyse Financière

Énoncé

Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales Oujda — Université Mohammed Premier
Master : Financement Banques et Investissement (FBI)
Concours d'accès au cycle du Master au titre de l'année universitaire 2020-2021
Durée d'examen : 1H 30 MIN

Analysez et discutez la citation suivante :

« La monnaie occupe une place centrale dans le bon fonctionnement du système financier et dans la stabilité économique des pays. Le régime de change de la monnaie a connu un grand changement au cours du vingtième siècle, ce qui a influencé d'une façon remarquable l'économie mondiale. Avec l'apparition et le développement des cryptomonnaies, ce système est en cours de connaître une autre transformation majeure qui bouleversera les rapports de forces entre les différents acteurs financiers. »

Bonne chance.

Sujet original scanné

Extrait scanné — FSJES Oujda 2020

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Dissertation — Monnaie, régimes de change et cryptomonnaies

Introduction

La citation articule trois idées : la place centrale de la monnaie dans la stabilité économique, l'évolution des régimes de change au XXᵉ siècle, et la transformation annoncée par les cryptomonnaies. Ces affirmations sont largement fondées, mais méritent d'être nuancées : la « révolution » crypto, si elle est réelle sur le plan technologique, n'a pas encore bouleversé les rapports de forces financiers établis.

I. La monnaie au cœur du système financier

La monnaie remplit trois fonctions (intermédiaire des échanges, unité de compte, réserve de valeur) qui conditionnent le fonctionnement des économies monétaires modernes. Sa création et sa régulation — confiées aux banques centrales depuis le XIXᵉ-XXᵉ siècle — sont des leviers majeurs de politique économique : la gestion de la masse monétaire et des taux d'intérêt influence l'inflation, la croissance et l'emploi (théorie quantitative, politiques keynésiennes ou monétaristes). Les crises financières (1929, 2008) rappellent qu'un système monétaire mal maîtrisé déstabilise l'ensemble de l'économie réelle.

II. L'évolution des régimes de change au XXᵉ siècle

Le siècle a connu trois âges :

  1. L'étalon-or (jusqu'en 1914 puis entre-deux-guerres) : parités fixes en or, discipline externe mais rigidité macroéconomique ;
  2. Les accords de Bretton Woods (1944-1971/73) : changes fixes mais ajustables autour du dollar lui-même convertible en or — ordre monétaire international stabilisant tant que les États-Unis garantissaient la convertibilité ;
  3. Les changes flottants généralisés (depuis 1973) : parités déterminées par le marché, autonomie des politiques nationales retrouvée, mais volatilité accrue des taux de change, source de crises (Asie 1997, Amérique latine).

Cette évolution a profondément influencé l'économie mondiale : mondialisation financière, développement des marchés des changes (le plus grand marché mondial), montée des réserves de diversification. Le Maroc illustre une trajectoire intermédiaire : dirham arrimé à un panneau euro-dollar avec une flexibilisation graduelle engagée en 2018.

III. Les cryptomonnaies : transformation majeure ou disruption limitée ?

Ce qui change vraiment : la blockchain introduit un transfert de valeur décentralisé sans tiers de confiance ; Bitcoin (2009) a créé le premier actif monétaire non souverain ; la finance décentralisée (DeFi) reproduit hors banques des services traditionnels. Les banques centrales réagissent en développant leurs propres monnaies numériques (MNBC), signe que le phénomène est pris au sérieux — le Maroc explore lui aussi un dirham numérique.

Les nuances nécessaires :

  • les cryptomonnaies remplissent mal les fonctions de la monnaie : volatilité extrême (mauvaise réserve de valeur et unité de compte), acceptation limitée comme moyen de paiement ;
  • leur capitalisation, bien que considérable, reste faible devant la monnaie scripturale souveraine ;
  • les risques (blanchiment, absence de protection des investisseurs, empreinte énergétique) appellent une régulation croissante qui les réintègre... dans le cadre étatique ;
  • le pouvoir des acteurs établis (banques centrales, réseaux de paiement) demeure dominant.

Conclusion

La citation est fondée sur ses deux premiers points : la monnaie structure la stabilité économique et le passage des changes fixes aux changes flottants a redessiné l'économie mondiale. Sur les cryptomonnaies, la prudence s'impose : elles constituent une innovation technologique profonde qui pousse le système monétaire à se transformer (MNBC, régulation, tokenisation), mais rien n'indique à ce jour qu'elles renverseront les rapports de forces financiers ; plus probablement, elles coexisteront avec — et seront absorbées partiellement par — la monnaie souveraine.

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